À Montreuil, la CGT du livre dénonce les Gafa et “le président de l'uberisation”

Antoine Oury - 19.05.2017

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La Fédération des travailleurs des industries du Livre, du Papier et de la Communication CGT (Filpac-CGT) organisait ce jeudi 18 mai des Assises des Métiers du Livre à l'immeuble confédéral de Montreuil. En ouverture de cette journée de débats et de rencontres, le secrétaire de fédération Pascal Lefebvre a dressé un portrait inquiet du monde du livre, menacé selon lui par les Gafa, le numérique et une destruction des métiers et des acquis sociaux.

 

Pascal Lefebvre, secrétaire de fédération CGT - Assises des Métiers du Livre

Pascal Lefebvre, le 18 mai 2017 à Montreuil (ActuaLitté, CC BY SA 2.0)
 

C'est entre camarades, mais pas uniquement, au vu de la liste des intervenants, que la Filpac CGT organisait une journée complète de débats et de rencontres, avec une variété de sujets abordés, de la place du livre dans l'éducation aux bibliothèques d'entreprises, en passant par la transformation des outils et des compétences de travail. Des sujets pointus, en prise directe avec le quotidien des travailleurs et des citoyens, qui aboutissent souvent sur une critique aiguisée du numérique, souvent ramené à un destructeur d'emplois et de patrimoine écrit.

Le discours d'ouverture prononcé par le secrétaire de fédération Pascal Lefebvre incarne cette inquiétude qui monte au sein des métiers des industries du livre et du papier. « Le livre est attaqué de toutes parts, attaqué par le numérique », souligne d'emblée Pascal Lefebvre, qui assure que la Filpac a voulu « replacer le livre au coeur des débats avec cette journée ».

Le ton est franchement alarmiste, et ne s'en cache pas : « Livre et bibliodiversité sont en danger si rien n'est fait », martèle le secrétaire fédéral, « la loi Lang de 1981 n'est plus suffisante pour empêcher la captation des écrits par le marché », explique-t-il en regrettant la financiarisation toujours plus importante du monde de l'édition.

« Dans un monde globalisé où les géants du net absorbent des pans entiers de notre culture, 1984 d'Orwell n'est plus une fiction si rien ne s'oppose à la marchandisation du savoir : les Gafa, Google, Amazon et autres, ont la volonté de faire main basse sur la culture, l'information, l'éducation, en un mot, sur la pensée humaine », prévient Pascal Lefebvre.

Aux pouvoirs publics, donc, de réguler et d'encadrer, pour tenter de contraindre un peu la puissance de ces géants : mais « les gouvernements sont aveuglés par la chimère numérique, et ces oligopoles déstructurent la société pour mieux s'en emparer ». Sans surprise, la Filpac-CGT n'accorde que peu de crédit au président, celui « de l'uberisation, sur lequel je ne vais pas m'appesantir ».

Certes, la nomination de Françoise Nyssen, dirigeante d'Actes Sud, au ministère de la Culture est accueillie favorablement (« Gageons qu'elle saura préserver la chaîne du livre »), mais la CGT se prépare, de toute évidence, à de prochaines luttes autour du Code du Travail.

Pour organiser celles-ci, le secrétaire invite « à poursuivre la dynamique initiée par la création du syndicat Filpac CGT des libraires indépendants d'Île-de-France, afin de peser sur le pouvoir politique ». Et ajoute que les travailleurs du livre sont conscients des changements à venir pour leurs métiers : le Fonds social européen, qui participe au financement des Assises, vise justement à les anticiper.

Côté ministère, pas de critiques pour le moment, mais beaucoup d'attentes : si la situation sociale des auteurs reste préoccupante, celle des correcteurs n'est pas reluisante non plus. Les librairies indépendantes tiennent la barre, certes, mais leur position et leur économie s'avèrent toujours aussi délicate, surtout dans les villes de taille moyenne et réduite. Enfin, les bibliothécaires font face à une politique d'austérité nationale qui entame leurs budgets et leurs personnels, au moment où le candidat Macron avait annoncé sa volonté d'ouvrir plus les établissements.

« Il faut prendre en compte l'ensemble des acteurs de la chaîne du livre », insiste Pascal Lefebvre, « car les évolutions structurelles dans l'édition et la diffusion, par exemple, ont un impact fort sur tous les métiers de l'imprimé ». La présence de Pierre Dutilleul, pour le Syndicat national de l'édition, révèle que l'appel aura (au moins) été entendu par les éditeurs.