À Naples, Saviano obtient une petite victoire en justice contre la mafia

Nicolas Gary - 10.11.2014

Edition - Justice - Roberto Saviano - jugement Naples procès - journaliste mafia Camorra


Cela faisait des années que le journaliste et écrivain Roberto Saviano attendait ce moment. Aujourd'hui, au Palais de justice de Naples, était rendu un verdict certes tout symbolique, mais qui pouvait aboutir à une condamnation pour « menaces aggravées à des fins mafieuses ». Aux côtés de Saviano, se trouvait la journaliste, et aujourd'hui sénatrice du Parti démocratique, Rosaria Capacchione

 

 

 

 

Depuis la publication du livre, Saviano est devenu l'otage de l'organisation mafieuse la plus connue de Naples, mais également l'une des plus puissantes d'Italie, la Camorra. Un ouvrage que le public italien n'a certainement pas mesuré, dans les premiers temps de sa sortie, mais que les dirigeants de la mafia ne sont pas près d'oublier. 

 

Le sort de Saviano, après la parution de Gomorra, était scellé : une vie de solitude, et pour un tel manque de résultats, qu'il a fini par exprimer publiquement qu'il regrettait de l'avoir écrit. En quelques mois, il est devenu une menace contre la mafia, qui n'a pas manqué de lui signifier. Mais comment était-il possible, pour des Napolitains qui vivent aujourd'hui en grande partie parce que la mafia a suppléé le gouvernement italien, ou s'y est substituée, de se révolter contre l'organisation criminelle ? Ce cruel constat, Saviano a eu plusieurs années pour se le répéter, encore et encore...

 

Aujourd'hui, donc, le tribunal de Naples devait rendre un jugement sur une tentative d'intimidation, et de violation de la liberté de la presse. Et les patrons de la Camorra étaient accusés d'avoir menacé un journaliste dans son travail même. Un peu plus tôt dans la journée, Saviano avait résumé la situation : 

« réveil en caserne [NdR : métaphorique, quoique...] Pour moi, Naples ce fut cela durant huit ans : caserne et palais de justice »

 

 

 

 

La dernière audience du procès qui se déroulait ce jour n'aura pas pleinement apporté l'espoir d'un jour meilleur. Les deux patrons de la Camorra, Antonio Iovine et Francesco Bidognetti, sont sortis totalement acquittés, selon la Cour de Naples, pour n'avoir pas été à l'origine des menaces. Une décision qui excluait automatiquement celle de menaces aggravées à des fins mafieuses.

 

C'est en revanche l'avocat Michael Santonastaso qui a été reconnu coupable, à une année de prison, qu'il ne fera probablement même pas, puisqu'il a obtenu une suspension de peine immédiate. « Je suis en attente d'un jugement. En attente d'un moment essentiel de ma vie », ajoutait Saviano peu avant la sentence. Laquelle n'aura donc certainement pas tourné comme prévu, puisque les mafieux s'en sont sortis blanchis. « Ils ne sont pas imbattables. Ils ne sont pas invincibles, et le jugement le prouve. J'espère que ce jugement sera un premier pas vers la liberté. Maintenant, peut commencer ma nouvelle vie » assure Saviano au sortir du verdict. 

 

Pour la première fois, les dirigeants d'une organisation criminelle étaient accusés pour avoir porté atteinte à la liberté de la presse. Mais si leur culpabilité n'a pas été reconnue, Saviano reste optimiste, considérant que le procès va « permettre [aux journalistes] d'écrire et [leur] garantir un droit constitutionnel ». L'amertume ne se dissimule pas si facilement.

« Demi-victoire. Menaces camorristes faites par Santonastaso reconnues. Patrons criminels acquittés, monstres de papier, cachés derrière leur avocat. »

 

(via La reppublica)