À Orléans, auteurs et lecteurs se mobilisent pour la librairie Passion Culture

Joséphine Leroy - 08.07.2016

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À Orléans, la librairie indépendante Passion Culture a été placée en liquidation judiciaire ce 22 juin. Sa directrice, Sylvie Champagne, a expliqué dès le lendemain dans un communiqué que le Groupe Casino, le bailleur, exigeait d'elle « des loyers prohibitifs » que la librairie n'était plus à même de régler. D'où la fermeture du lieu. Une pétition a été lancée et les soutiens se multiplient autour de cette affaire. Lecteurs et auteurs s’unissent pour dénoncer ce qui leur semble être une injustice. 

 

(Compte Twitter de la Librairie Passion Culture

 

 

La Librairie Passion Culture avait ouvert ses portes en 2011 sur une surface unique de 1600 m2 dans le quartier de la Halle de la Charpenterie, à Orléans. Avec les trois années de travaux entrepris dans le quartier de la Halle, un engagement du groupe Casino devait revoir à la baisse le loyer, résume Sylvie Champagne dans un communiqué.

 

Pour la directrice de la librairie, les loyers demandés par le Groupe Casino en cause

 

C’est là que le Groupe Casino, propriétaire de la Halle de la Charpenterie, n'a pas tenu ses engagements. Selon Sylvie Champagne, le groupe aurait exigé, depuis 18 mois, des « loyers prohibitifs ». Malgré une hausse du chiffre d’affaires de la librairie, le Groupe Casino n’aurait pas maintenu les renégociations concernant le prix du loyer et aurait assigné la librairie devant les tribunaux, en demandant près de « 600.000 €, dont 120.000 € de charges non justifiées ». La librairie a donc demandé la protection du Tribunal de Commerce Orléanais et s’est placée en redressement judiciaire le 2 février 2016. En période d’observation, il a été demandé au groupe Casino « la possibilité de baisser le loyer à un niveau raisonnable ». Refus net et catégorique du côté du groupe. 

 

« J’ai tout fait pour sauver la librairie et ses 12 salariés qui se retrouvent aujourd’hui au chômage. Face à une telle injustice, le combat ne fait que commencer et j’entamerai à titre personnel toutes les procédures nécessaires pour obtenir réparation. Je me battrai jusqu’au bout », prévient Sylvie Champagne dans son communiqué intitulé « Naouri [actuel PDG du groupe Casino, NdR] m’a tuer ». Elle avait dû licencier cinq salariés en mai. 

 

Coups de griffe entre Sylvie Champagne et Olivier Carré, maire d’Orléans 

 

Sylvie Champagne avait vivement critiqué l’inaction et le silence de la mairie quant à cette affaire : « Depuis 18 mois, ils n’ont pas bougé le petit doigt », regrettait-elle alors. Fin juin, sur France Bleu Orléans, le maire de la ville avait répondu que Sylvie Champagne était seule responsable de cette situation. Il a exposé les raisons de ce « silence assourdissant ». « On s’est suffisamment battu à l’époque pour qu’il y ait une librairie à cet endroit pour ne pas regretter la façon dont cela s’est passé », commençait-il par dire, avant de pointer du doigt la mauvaise gestion de Sylvie Champagne : « Quand on est libraire, on n’en est pas moins commerçant, chef d’entreprise, avec un minimum d’obligations. Je ne suis pas certain qu’elles aient été toutes remplies. » C'est, pour lui, un « projet que l’on a fait capoté ». 

 

 

Seulement, Sylvie Champagne n’est pas la seule à se plaindre de loyers trop élevés dans la rue des Halles. D'autres commerçants en viennent au même constat, avec des actions en justice enregistrées. Mais cela n'a pas l'air de convaincre le maire : « Il ne fait pas exagérer. Cette rue, c’était un taudis, un no man’s land. Maintenant, il y a de la vie, et les commerçants investissent. La seule chose que je regrette, c’est que le groupe Casino n’assure pas assez l’animation dans ce quartier. »  

 

La directrice de la librairie dément toute victimisation et suggère que la mairie a volontairement nié le problème : « Il y a quelques mois, elle [la ville, NdR] a racheté un local vide dans les Halles, l’ancien magasin La Vie Claire, pour plus d’un million d’euros [1,1 million € exactement, NdR]. Pour en faire quoi ? On ne sait pas. Il n’y a pas de projet. En revanche, elle n’a pas levé le petit doigt pour sauver une librairie. » 

 

 

 

ActuaLitté a tenté de contacter Sylvie Champagne pour en savoir davantage, sans succès pour le moment. 

 

Pétition, rassemblements : auteurs et lecteurs se mobilisent 

 

Une pétition avait donc été lancée au mois de juin. À ce jour, elle a obtenu 11.022 signatures, se rapprochant progressivement de l’objectif des 15.000. Ce 2 juillet, un rassemblement devant la librairie a été organisé Place de Loire, après que la pétition a atteint les 10.000 signataires. 

 

L’affaire prend de l’ampleur avec les marques de soutien à la chaîne des écrivains, telles que celle de l’auteur de best-sellers américains Douglas Kennedy :

 

 

Ou bien Tatiana de Rosnay : 

 

 

Et plus récemment Marc Levy :