À Paris, une bibliothèque ferme ses portes face aux “conflits quotidiens”

Antoine Oury - 04.02.2019

Edition - Bibliothèques - Assia Djebar Paris - Assia Djebar bibliotheque - Assia Djebar fermeture


L'équipe de la bibliothèque Assia Djebar, située dans le 20e arrondissement de Paris, a décidé d'appliquer son droit de retrait le vendredi 1er février dernier et de ne pas rouvrir l'établissement « tant que des solutions réelles et pérennes ne seront pas proposées ». Dans une lettre ouverte envoyée à la mairie de Paris, les bibliothécaires dénoncent un manque de soutien face aux « conflits quotidiens » au sein de l'établissement, situé dans une zone dite sensible de la capitale.




Ce vendredi 1er février, la bibliothèque Assia Djebar est restée fermée : dans une lettre ouverte envoyée à Claire Germain, directrice des affaires culturelles de la ville de Paris, Véronique Astien, sous-directrice de l’éducation artistique et des pratiques culturelles et Emmanuel Aziza, chef du bureau des bibliothèques et de la lecture, l'équipe de la bibliothèque décrit des « conflits quotidiens » et dénonce un manque de soutien de la part des tutelles.

Ouverte en janvier 2018 au sein du XXe arrondissement de Paris, la bibliothèque Assia Djebar donne l'impression à son équipe d'être devenue « le réceptacle de la colère sociale, et d’être abandonnés par la mairie face à cette situation », peut-on lire dans cette lettre ouverte. 

« Les conflits quotidiens, les relations tendues avec certains usagers, sont devenus trop durs, traumatisants, la peur s’invite dans la bibliothèque et nous poursuit parfois même dans la rue. Sans soutien de la part de notre hiérarchie, que pouvons-nous faire face aux menaces (“attaques au mortier”, “balle dans la tête”, “tout casser”), aux insultes, aux bagarres, à la consommation de stupéfiants dans l’établissement ? », explique l'équipe de la bibliothèque. 

Selon cette dernière, la journée du jeudi 31 janvier a été particulièrement éprouvante : « Hier, nous avons fait face à des livres et élastiques qui volaient à travers le plateau, atteignant parfois usagers ou bibliothécaires, à des bouteilles jetées sur la façade et au refus de quitter la bibliothèque de la part des groupes en cause. »
 

Les bibliothèques dans les quartiers difficiles


Plus loin dans le courrier, l'équipe de la bibliothèque dénonce le manque de moyens ainsi que la gestion du personnel : « Cinq collègues sont partis avant même un an d’ouverture et deux autres départs sont imminents. Et désormais il semble que le nouveau mode de recrutement n’implique pas d’entretien préalable, mais le catapultage arbitraire par notre tutelle. »

Évoquant un budget d'acquisition « réduit de 30 % dès la 2e année d’ouverture » et de « multiples dysfonctionnements » du bâtiment, le personnel de la bibliothèque ne cache pas son malaise vis-à-vis du projet d'établissement derrière Assia Djebar : « Tout nous laisse croire qu’il s’agissait d’affichage politique à peu de frais, et que derrière on ne trouve que mépris. »

« La situation du quartier nous renforce dans notre conviction que la bibliothèque a du sens dans cet environnement », termine l'équipe de la bibliothèque, « mais nous sommes forcés de constater que sans moyens adaptés, sans accompagnement, nous ne pouvons assurer ce service public dans des conditions acceptables ».
La situation de la bibliothèque Assia Djebar en rappelle une autre, toujours à Paris : dans le 18e arrondissement, la bibliothèque Václav Havel a connu plusieurs épisodes de violences, en juillet 2017, janvier et mars 2018, qui avaient entrainé la fermeture de l'établissement. Là aussi, le personnel se disait « démuni face à une telle tension » et avait raconté les faits dans une lettre ouverte.

Sur son blog, le syndicat CGT Culture de la Direction des Affaires Culturelles de la Ville de Paris annonce que « tous les syndicats de la Direction des Affaires Culturelles de la Ville de Paris vont demander un CHSCT extraordinaire sur cette situation ». Par ailleurs, les syndicats SUD Culture Paris et SUD-CT 75 se disent « alertés par la souffrance chronique subie par les agents » et réclament à la Ville de Paris « un service public culturel à la hauteur de ses ambitions ».


Commentaires
Disons-le, c'est déjà un peu la routine.

Même pas de tentative d'incendie ? Pas encore, disons !

Le phénomène ne s'est pas encore étendu à tout Paris, puis au reste de la France, mais il est inéluctable, nous nous y sommes condamnés.

Un problème toujours plus envahissant que personne n'osera jamais résoudre.
Helas notre pays se degrade sous nos yeux.
Dans d'autres bibliothèques de la ville de Paris il y a des problèmes similaires.... Ce n'est malheureusement pas un cas isolé.
Ce qui est genial c est que tout le monde se renvoie la balle et considère que la mairie, les politiques...doivent faire qque chose...en omettant de dire que les responsable de ce foutoir sont certains habitants du quartier. Un détecteur de métaux et une équipe de vigiles serait probablement beaucoup plus utile qu'une équipe de médiation culturelle.et pourquoi pas une milice du quartier constituée d habitants qui veulent pouvoir utiliser la bibliothèque tranquille et qui empêchent les fauteurs de troubles d y entrer?
👍👏🏻👏🏻👏🏻👏🏻
Effectivement, vous avez entièrement raison! Tout le reste est du vent ! Soutien, médiation n'est que soupoudrage..... C'est comme nager au milieu de l'océan, vous avez peu de chance d'en voir le bout. Comment des gens peuvent encore en être là. Nous sommes dans un monde de fous complètement déconnecté de la réalité.Vous ne faites rien, vous êtes critiqués ! Vous faites dans la médiation, vous êtes des incapables ! Vous durcissement le ton, vous faites de l'acharnement ! Alors reste BASTA !
Quand on veut donner de la confiture aux cochons...
Maintenant qu'on a vu que ca ne servait à rien, on pourra peut-être les convertir en maisons de corrections. La au moins on est sûr qu'il y a des besoins.
Cette situation est préoccupante. Mais qui sont ces gens ? Que revendiquent-ils ? Quelles sont leurs motivations ?
Le projet de cette bibliothèque dûment validé par la ville de paris et "pensé" en amont avec les habitants du quartier en fait un lieu sans règles, ni respect d'autrui.On ne s'y attarde pas car l'ambiance est glauque et pesante ;les jeunes s'y invectivent,s'y comportent comme au pied du hlm. En proposant des jeux vidéos en libre service au milieu des rayonnages, on confond centre social et bibliothèque. Livrés à eux même, ces gosses qui revendiquent des logiques de territoire ont annexé les lieux. C'était perdu d'avance. Le coeur de métier du bibliothécaire n'est pas celui d'un éducateur de rue. Avec un tel projet,il fallait prévoir un éducateur pour 1 bibliothécaire. Reprenez tout du début, instaurer des règles, repenser l'organisation spaciale du lieu (coin presse) pour éviter les squatts de jeunes. Ou assumer le projet d'établissement jusqu'au bout en transformant le lieu en centre d'action sociale et d'animation à destination des moins de 21 ans proposant des livres.Peut être s'adresser à des spécialistes de la sociologie des quartiers sensibles (ou lire Lepoutre, Mucchieli etc) pour comprendre les mécanismes des rivalités de bandes et de territoires .Etonnant (& heureux) qu'il n'y ait pas eu de violences pendant presque 12 mois,avec un tel projet. Tant pis pour ceux qui n'auront pas été ciblés par le projet (les plus de 20 ans) qui sont privés d'un bel équipement (pas prêt de réouvrir)Courage aux bibliothécaires traumatisés
Le personnel des bibliothèques de Paris demande du soutien pour une situation qu'il a engendré lui-même par sa démagogie et son désir de faire des bibliothèques un espace de détente pour les ados du quartier et un espace de diffusion politique. Vous avez choisi le public que vous souhaitiez choyer, il faut assumer maintenant. Aucun soutien, assumez donc cette "colère sociale" qui d'habitude vous excite tant.
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