A peine ouverte, la bibliothèque numérique de Paris bientôt fermée ?

Nicolas Gary - 13.10.2015

Edition - Bibliothèques - bibliothèque numérique - jetons ebooks - prêt livre


Ce 13 octobre, la Ville de Paris vient de lancer sa bibliothèque numérique, basée sur l’offre de PNB (prêt numérique en bibliothèque). L’objet est simple : emprunter en ligne jusqu’à trois ouvrages chaque mois, pour charger son appareil de lecture favori. Le tout est lancé avec un catalogue de 1200 titres classiques et « des milliers de livres, des nouveautés, des essais, des romans, récemment parus », assure la Ville. Dans les faits...

 

 

 

Dans les faits, la réalité est légèrement différente : on parle en effet de 2250 ouvrages – soit 1000 titres contemporains, et le reste émanant du domaine public. Autrement dit, des livres que l’on peut trouver partout ailleurs, gratuitement et légalement, parce qu’entrés dans le domaine public. 

 

Racheter des ebooks, pour l'éternité ?

 

Le lancement, opéré sans trop de promotions, va pourtant se heurter à un petit souci. D’abord, la CGT culture, qui s’émeut de l’indigence tant du système que du modèle. Rappelons que si c’est avec PNB que la bibliothèque numérique est lancée, cela limite le nombre de prêts pour l’établissement à 30 emprunts, au terme desquels il faudra que la bibliothèque rachète les ouvrages. Et la CGT d’expliquer : 

 

Car le livre numérique (ou ebook) coûte cher. Systématiquement plus cher qu’un livre traditionnel (en papier quoi) en ce qui concerne le tarif appliqué aux bibliothèques. Très cher même, car le modèle en vigueur est celui d’une cession de licences, à la fois limitées dans le temps (six ans, pour Paris) et plafonnées au nombre d’emprunt. Avec le PNB (prêt numérique en bibliothèque) c’est fromage et dessert. Des livres électroniques qui contrairement aux bons vieux livres en papier ne sont jamais vraiment acquis. Sauf à les racheter éternellement.

 

 

Le service est réservé aux usagers de plus de 15 ans, inscrits dans l’une des bibliothèques de Paris. Dans les Conditions d’accès et de prêt, on peut lire ce qui suit : 

 

Vous pouvez emprunter jusqu’à 2 livres numériques simultanément, pour une durée maximale de 3 semaines. Au terme de ces 21 jours, vos livres ne sont plus accessibles. Le prêt est limité à 3 livres par mois.

• 2 prêts simultanés de livres numériques

• 3 prêts cumulés de livres dans le mois

• Durée du prêt : 21 jours

• Il vous est possible de télécharger chaque livre sur 5 supports de lecture différents (ordinateur, tablettes, liseuses, smartphone).

• Les systèmes de prolongation des prêts et de réservation ne sont pas encore disponibles sur la Bibliothèque numérique. Mais vous pourrez très bientôt accéder à ces services en ligne.

 

 

Kindle et iPad 1ere génération, aux z'oubliettes

 

« Si la mairie de Paris veut mettre en place une bibliothèque numérique, pourquoi pas ! Mais il faut alors un autre rapport de force avec les éditeurs et un droit de prêt numérique similaire au droit de prêt papier sans contrainte de durée ni de nombre de prêts », commente la CGT Culture. 

 

Rappelons également aux possesseurs de Kindle qu’ils pourront attendre les prochaines Calendes grecques : aucun fichier n’est proposé en KINDLE, le format propriétaire de la firme américaine. Il en va de même pour les possesseurs d’iPad de première génération : aucun support de la machine d’Apple. En soi, ne pas cautionner les écosystèmes propriétaires n’est pas un mal – on pourrait même parler de geste citoyen, voire, osons les gros mots, politique. Dans les faits... c’est plus discutable. 

 

 

@ActuaLitte c'est surtout un problème côté Apple car ils ne mettent plus à jour l'iPad de 1ere génération

— Hadrien Gardeur (@Hadrien) 13 Octobre 2015

 

 

 

 

Plus on conseille, moins il y a de livres disponibles

 

Mais le problème ne vient pas que de là : le collectif SavoirCom1 a décidé de mettre son bit de sel dans cette belle machinerie. « Comme les bibliothèques sont facturées au nombre d’emprunt de livres numériques et qu’elles ont des budgets limités, plus le public consulte les fichiers de PNB et moins la bibliothèque peut les proposer… », expliquent-ils.

 

Et d’ajouter : « Autrement dit, plus on fait notre métier de médiateurs sur ces contenus et moins on a de livres numériques à recommander, n’est-ce pas une formidable manière de construire des politiques publiques culturelles ? »

 

Revolver inversé

ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 

 

Il est ainsi proposé à tout un chacun de se lancer dans le téléchargement des livres numériques disponibles. 

 

PNB en deux mots c’est une offre de livre numériques chronodégradables pour les bibliothèques, les usagers accèdent à des livres sous droits avec des DRM mission impossible : le livre s’autodétruit au bout d’une durée de prêt. Et c’est pire que ça, puisque les bibliothèques n’achètent jamais le fichier, mais uniquement un droit temporaire d’accès par titre qui expire au bout d’un certain temps. Question enclosures, on fait difficilement pire ! Allez n’hésitez pas à télécharger des livres et à le dire sur twitter la #chasseauxjetons est lancée !

 

[NdR : Par jeton, on entend le nombre de prêts accordés par un éditeur à qui un établissement a acheté une licence d'utilisation.]

 

Et de faire référence à une étude que ActuaLitté avait copubliée, en décembre 2014, avec le collectif, démontrant toute la fragilité de cette structure économique. Car, dans son ensemble, PNB, pour les bibliothèques, représente « un coût prohibitif », expliquait-on.

 

L’investissement en argent public, pour un pareil déploiement, ne saurait avoir été mal conçu. Sauf que l'on ignore quel est le budget consacré par la ville au fameux achat de jetons, qui équivalent à un prêt, personne ne sait quand la campagne de SavoirsCom1 s’achèvera. Ni même si elle n’est pas déjà finie. 

 

Après, notons que dans une bibliothèque traditionnelle, si l'on se met à emprunter tous les livres papier... oui, il n'en reste plus non plus.