À Rome, Martial ou Horace piratés ne percevaient pas un sou

Clément Solym - 20.04.2009

Edition - Société - rome - auteurs - droits


« Mon livre est feuilleté par nos soldats au-delà des mers, et même les gens de Grande-Bretagne citent mes paroles. Mais qu'est-ce que cela fait ? Je ne gagne pas un sou avec. » Alors ? À quel auteur doit-on ces paroles ? Un poète négligé de Montparnasse ? Un romancier de Brooklyn ?

Rome et le droit d'auteur : une misère...

Du tout : c'est Martial, poète satiriste du Ier siècle apr. J.-C., et ardent défenseur du droit d'auteur...

Depuis que l'on sait que les Romains avaient le sens de l'humour, on se demande si finalement, nous n'avons pas plus de points communs avec nos ancêtres. Chez eux, la transmission du savoir avait quelque chose de plus laborieux : la reproduction d'un livre n'avait rien de la simplicité du copier-coller d'un fichier PDF... Et pourtant, on considère que la Rome impériale disposait d'un million d'habitants avec plus de 100.000 lecteurs.

Bien sûr, pas de livres au sens où nous l'envisageons, mais plutôt de tout ce qui ressemblerait à des rouleaux, et pour lesquels l'expérience du livre n'a rien de semblable avec celle d'un Sony Reader, ni même d'un de nos exemplaires papier. Mais un point amusera plus encore : celui de la relation aux ventes, de l'exploitation de l'oeuvre d'un auteur et de la carrière littéraire.

Le libraire, ce proxénète

Tout comme Martial - et peut-être certains auteurs s'en plaindraient aujourd'hui aussi - une grande part des bénéfices finissait dans les poches du libraire de l'époque. D'ailleurs, si l'auteur percevait même une somme forfaitaire pour son travail et le droit de le copier, il pouvait s'estimer heureux. Horace avait eu cette comparaison : les libraires sont les proxénètes dont les péripatéticiennes humiliées sont les auteurs.

Car en l'absence de droits d'auteur, les écrivains devaient obtenir la protection d'un mécène - au sens propre dans le cas d'Horace - pour survivre.


La gloire dans les prix littéraires

Si l'on trouvait facilement des librairies, du côté du Colisée, donc au sortir d'une petite gâterie dans l'arène, les anciens auteurs ne gagnaient donc rien de leurs ventes. Pline le Jeune se plaignait de ce que même les lectures publiques ne rapportaient rien. Alors, la célébrité était la seule chose qui payait : on concourrait alors à des prix littéraires pour décrocher la timbale, et pas celle des cyniques. Les représentations théâtrales grecques servaient entre autres à ce genre de mise en rivalité des auteurs...

Et s'ils n'ont pas fait fortune avec leurs textes voilà près de 2000 ans et plus, on espère qu'ils sourient quelque part de se savoir encore lus, longtemps, longtemps, bien après que les poètes ont disparu...