À Singapour, les romans érotiques de 1748 sont maintenant autorisés

Clément Solym - 27.11.2015

Edition - International - Singapour romans - interdire livres - roman érotique


Singapour, sa skyline futuriste, ses rues immaculées, et ses interdits. Si la ville a quelque chose de totalement aseptisé, elle abrite également des mesures restrictives sévères, dont certaines viennent de s’assouplir – après deux siècles et demi d’activité. Ce sont 240 livres et magazines qui étaient frappés d’interdit, et que la population peut à présent se procurer.

 

 

 

Les différentes interdictions qui sévissaient ont été remises en cause après un examen routinier de l’Autorité du Développement des Médas. Cet organisme de réglementation s’est réveillé un beau matin, considérant que nombre des publications mises à l’index étaient désormais épuisées, ou ne répondaient plus aux critères contemporains.

 

Sur les 240 titres de la liste noire, on retrouve notamment un roman érotique, Fanny Hill, publié en... 1748 par John Cleland. Tout cela relève, comme le note auprès de l’AFP le porte-parole de l’agence « plus d’un exercice de ménage que d’un changement de notre politique ou d’une libéralisation significative ». 

 

Le livre racontait la vie de Fanny, adolescente qui migre à Londres et se retrouve à mener une vie de prostitution. Clealand lui-même le fit paraître alors qu’il purgeait une peine de prison pour n’avoir pas remboursé ses débiteurs londoniens.

 

Dans une longue lettre à une amie, Fanny l'orpheline raconte les aventures qu'elle a connues après avoir quitté le village de son enfance. Avec franchise, elle évoque son expérience d'un plaisir vécu dans son évidence et sa pleine mesure. L'initiation de Fanny dans une maison , les circonstances qui la conduisent à faire commerce de son corps avant de retrouver l'amour de sa vie, l'épanouissement érotique dont elle témoigne sont sans nul doute, pour leur accent de vérité, à l'origine du succès de ces Mémoires. Fanny Hill, la fille de joie s'est en tout cas très vite imposé comme une oeuvre de première grandeur dans la littérature érotique du XVIIIe siècle.

 

En 1964, le propriétaire de la librairie Ralph Gold fut poursuivi en justice pour avoir stocké des exemplaires de ce livre, en vertu de la loi sur l’obscénité. L’éditeur de l’époque, Mayflower Books, avait financé les dépenses d’avocat pour sauver le libraire, mais l’accusation a fini par l’emporter : une scène de flagellation dans le livre a achevé de convaincre le jury. 

 

Une nouvelle édition fut tout de même publiée en 1970, non censurée. « Fanny Hill est un roman érotique publié en 1748. Donc, d’ici à 250 ans, nous pouvons nous attendre à ce que Playboy soit retiré de la liste des produits interdits », assure le journaliste et humoriste Neil Humphreys, raillant le comportement de l’organisation de censure.

 

En réalité, le MDA révise régulièrement ses mesures de classifications passées, « pour s’assurer qu’elles restent en phase avec les normes sociales ».

 

Restent alors 17 titres, toujours proscrits, parmi lesquelles des publications des Témoins de Jéhovah, interdites en 1972 alors que les membres de ce culte avaient refusé de faire leur service militaire. On retiendra également que Penthouse ou encore Playgirl, Hustler, Mayfair, Men Only, Knave et Swank font toujours partie des honnis.

 

« L’accès internet en haut débit est présent partout à Singapour, et les autorités appliquent une certaine tolérance dans la régulation du contenu en ligne, bloquant symboliquement une liste de 100 sites », poursuit l’organisation. 


Pour approfondir

Editeur : La Bourdonnaye
Genre : textes et...
Total pages :
Traducteur :
ISBN : 9782824207032

Mémoires de Fanny Hill, femme de plaisir

de Cleland John

John Cleland naquit dans une famille bourgeoise et militaire. Il mena de bonnes études et fut nommé consule à Smyrne. Puis il s'engagea dans la Compagnie des Indes. Mais on le destitua, et il revint en Angleterre pour mener une vie misérable, errant de taverne en taverne, où il fréquenta les débauchés et les prostituées. Il accumula rapidement les dettes, au point de tâter de la prison. C'est derrière les barreaux que, sur la proposition d'un libraire, il écrivit Mémoires de Fanny Hill. L'argent empoché lui offrit la libération, et le livre, publié clandestinement, connut un large succès. Il raconte l'histoire d'une jeune orpheline livrée à elle-même, que ni les hommes ni les femmes n'épargneront, et qui pour s'en sortir sera obligée de vendre ses charmes. Le roman apparaît donc comme celui de l'immoralité récompensée, mais il brosse surtout avec une grande fidélité les mours de l'Angleterre du xviiie siècle. Apollinaire en préfaça l'édition de 1914 et compara Fanny à Manon Lescaut. Peut-être, mais la complaisance en moins.

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