Abebooks doit “respecter les libraires”, pas jouer au despote

Nicolas Gary - 07.11.2018

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Ils sont plus de 550 libraires, sur les 1000 que compte la Ligue internationale de la Librairie ancienne a avoir décrété le boycott d’Abebooks. Témoignant de leur colère, ils ont retiré leurs ouvrages de la plateforme, filiale d’Amazon, désormais amputée de 3,67 millions de livres. Un engagement inédit, qui continue de grandir.


Old Book Wall
Motilal Books - domaine public
 

 

En annonçant que des libraires situés en Russie, Corée du Sud, République tchèque, Pologne et Hongrie verraient leur compte supprimé fin novembre, Abebooks ne pouvait pas s’imaginer l’ampleur de la réaction. Un soulèvement insolite, présenté d’abord comme une grève, s’est mis en place, lançant une opération de boycott, la Banned Booksellers Week. Certes, la campagne est temporaire, prenant fin ce 11 novembre, mais tout de même. 

 

« Certains des plus grands libraires du monde sont entrés dans la danse en retirant leurs ouvrages : Clavreuil à Paris, Magg Bros à Londres, etc. Même Les Enluminures, 65 livres seulement, mais qui coûtent chacun plus cher qu’une voiture. Ils font partie des deux ou trois spécialistes mondiaux des manuscrits enluminés du Moyen Âge », se réjouit un libraire parisien. 

 

Partenaire utile, mais imparfait
 

Un mouvement de contestation international auquel a également pris part Between the Covers, librairie basée à Gloucester dans le New Jersey. Tom Congalton, son propriétaire, voit Abebooks comme « un partenaire utile, même s’il est imparfait ». Cependant, il s’est tout de même engagé par solidarité avec ses confrères, comme il l’explique à ActuaLitté.

 

« Ma société a retiré 238.767 livres d’ABE, bien que, en toute sincérité, alors qu’il s’en trouve des dizaines de milliers rares, beaucoup sont également des ouvrages anciens de moindre valeur. » Cependant, il fallait réagir, et ne pas laisser à Abebooks la possibilité de se comporter en joyeux despote. 

 

C’est que derrière l’absence d’explications fournies, on émet toute sorte d’hypothèses : des fraudes postales plus fréquentes dans les pays ciblés par la suppression de comptes que dans d’autres de la zone euro. Ou bien, un petit nombre de vendeurs qui rend l’exploitation difficile. Cependant, « ce n’est pas le seul site de vente pour les livres anciens », relève Tom Congalton. 

 

Lui n’envisage d’ailleurs pas de cesser de travailler avec la plateforme, mais encore faut-il qu’elle se montre respectueuse. D’ailleurs, pose-t-il, quelle serait « l’alternative solide », sinon une plateforme « détenue et exploitée par les libraires eux-mêmes » ? Et quand bien même, est-ce une fin en soi ? « La Ligue se sert de ViaLibri pour ses métarecherches – explorer et interroger plusieurs sites simultanément, c’est certainement une solution viable. »  

 

Rester à l'écoute des acteurs, ou se faire tirer l'oreille
 

Pour Between the Covers, ABE ne représente cependant pas un acteur capital : « Il ne réalise que 1,5 % des ventes annuelles de mon entreprise. Les 98,5 % autres proviennent de la vente de catalogues, de salon, de ventes privées à des collectionneurs, à des marchands et d’autres sources en ligne, comme mon propre site. »
 

Bras de fer international entre Abebooks
et les libraires de livres anciens

 

Une certaine protection, donc : pour certains établissements, le marché fourni par ABE pèse jusqu’à 20 % du chiffre d’affaires. Raison pour laquelle, poursuit Tom Congalton, il importe avant tout d’inciter la plateforme à rester à l’écoute de ses opérateurs. « Elle bénéficie d’une image identifiée, très répandue, qui nous permet malgré tout de rester en relation avec des collectionneurs du monde entier. Pourtant, seul un petit pourcentage d’entre eux devient une clientèle régulière. »

En effet, nous indiquait récemment un libraire ayant pris part à l'opération : « C’est là où on se tient par la barbichette : on peut difficilement se passer d’eux, mais nos livres sont pour eux le produit phare, celui qui attire la clientèle du site, et sans lequel Abe ne serait qu’un clone de la maison mère. » La nécessité de préserver le tissu de libraires anciens, garants de l'authenticité des ouvrages et de la qualité de l'offre, est essentielle. 

 

À court terme, la première étape sera de maintenir les comptes des libraires concernés d’Europe orientale et de Corée du Sud, souligne-t-il. Si l’incident doit apporter quelque chose, c’est avant tout d’inciter à explorer d’autres alternatives. 

 

La présidente de l’ILAB, Sally Burdon, doit rencontrer les responsables d’Abebooks ce 7 novembre. Il paraîtrait que l’entreprise a déjà des solutions à proposer aux libraires...




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