Aborigène, vos papiers ! - sinon, pas de bourse d'écriture

Clément Solym - 22.11.2012

Edition - International - Australie - financement de la culture - Aborigène


Pour obtenir le droit de postuler à une bourse, lui permettant d'écrire son livre, Jack Charles pensait avoir toutes les cartes en main. Il lui en manquait une, que le gouvernement d'Australie lui réclame, et qui certifie ses origines d'Aborigène. L'Australia Council lui refuse en effet le droit de s'inscrire, tant qu'il n'en aura pas apporté la preuve, indispensable. Or, Jack est l'un des acteurs les plus connus en Australie, dans la défense de la cause aborigène. Les Dieux ont dû retomber sur la tête...

 

 

Australia (www.viajar24h.com)

Le déguisement fait-il l'autochtone ?

Viajar24.com,  (CC BY 2.0)

 

 

Né à Melbourne en 1943, d'une mère Bunnerong et d'un père Wiradjuri (groupe aborigène du centre de la Nouvelle-Galles du Sud), Jack Charles est une victime de l'administration. Il avait participé à la constitution de la première troupe de théâtre indigène du pays, s'est distingué à de nombreuses reprises dans des manifestations valorisant la culture aborigène.

 

En somme, c'est une personnalité publique notoire. Et s'il fallait un détail supplémentaire, oui, assure-t-il, sa couleur de peau lui donne un véritable air de ressemblance avec les Aborigènes, explique-t-il au SMH.

 

Mais pour l'Australie Council, ces éléments ne sont rien, dans le cadre du financement de la bourse d'écriture. Jack Charles doit prouver ses origines. Une première, une scandaleuse première. « Je ne veux pas d'un visa temporaire de l'Australia Council affirmant que je suis un Aborigène. J'attends d'être traité avec honneur et respect. J'ai déjà reçu de l'argent par le passé, mais personne ne m'a jamais demandé si j'étais aborigène. C'est la première fois. »

 

C'est que, depuis 1997, une législation liant l'Australia Council's Aboriginal et le Torres Strait Islander Arts Board, exige que les candidats à une bourse finançant les arts indigènes prouvent leur identité. Cela passe par une lettre d'un membre éminent et reconnu de la communauté, ou d'une organisation officielle.

 

Et Lydia Miller, directrice de la commission en charge de ces procédures, assure qu'il n'y a aucune intention d'offenser qui que ce soit. « Au contraire, tout cela est mis en place pour assurer que le financement aille bien aux artistes du Aboriginal and Torres Strait Islander », promet-elle. 

 

Une question politique, probablement, mais qui n'amuse pas du tout le principal intéressé, contraint donc, de prouver son identité. Et pourrait nuire fortement aux prochaines représentations, prévues pour décembre 2013, d'une performance qui se tiendra au Belvoir St Theatre's Coranderrk.

 

Il serait bon que l'Australia Council revoie quelque peu ses politiques, pour la santé culturelle de ses manifestations.