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Accessibilité : d'importants progrès, mais la route est longue

Antoine Oury - 28.08.2013

Edition - Société - accessibilité - ebooks - appareils de lecture


Selon une étude du Royal National Institute of Blind People (RNIB), organisme caritatif au bénéfice des personnes non ou malvoyantes, les livres numériques auraient sensiblement gagnés en accessibilité au cours des deux dernières années. Du côté des livres papier, en revanche, le RNIBP déplore une offre toujours aussi insuffisante.

 

 

Victor Reader, « mange-disques » et portable

2 appareils Victor Reader : un mange-disques et un portable (ActuaLitté, CC BY-NC-SA 2.0)

 

 

Le Royal National Institute of Blind People est formel : 84 % des 1000 ebooks les plus populaires au Royaume-Uni peuvent être lus par des personnes malvoyantes. Une hausse de 45 % par rapport à 2010, qui indique que les livres numériques et appareils sont désormais beaucoup plus performants quant à la taille des caractères, premier outil permettant à une partie des lecteurs empêchés d'accéder aux livres numériques.

 

L'organisme précise que ce sont les développements et perfectionnements des appareils en matière de réglage des caractères et de synthèse vocale qui ont permis cette amélioration sensible de l'accessibilité. Il ne fournit toutefois aucune donnée quant à l'accessibilité des livres numériques aux personnes non voyantes.

 

« En France, le développement de telles solutions est tributaire du marché du livre numérique, beaucoup plus développé dans les pays anglophones », nous explique Luc Maumet, responsable de la bibliothèque de l'Association Valentin Haüy (AVH), à Paris. « Ainsi, la situation est beaucoup plus favorable en matière de synthèse vocale en Angleterre ou aux États-Unis. »

 

Toutefois, il souligne que la situation est tout de même plus favorable qu'auparavant, notamment grâce à la mise au point de nouveaux dispositifs de lecture, smartphones, et plus particulièrement l'iPhone, très efficace en la matière, en tête. « Toutefois, il faut préciser le terme d'accessibilité, qui ne se comprend pas seulement en moyens techniques : il faut aussi maîtriser ces derniers, ce qui est plus délicat pour des usagers moins technophiles comme peuvent l'être les personnes âgées. »

 

Encore de nombreux obstacles sur le chemin du texte

 

Ajoutons à ces restrictions les inévitables DRM, qu'il faut bien souvent cracker pour bénéficier de la synthèse vocale : encore un obstacle, que seuls les plus chevronnés en informatique pourront contourner. Mais des bibliothèques spécialisées, comme celle de l'AVH, proposent depuis le 17 juillet dernier des ouvrages en synthèse vocale.

 

Le RNIB déplore toutefois l'offre très faible en papier, à destination des lecteurs malvoyants : seuls 0,23 % des titres populaires seraient ainsi disponibles en versions gros caractères. Un constat similaire peut être fait en France : sur environ 77.000 nouveaux titres par an, seuls quelques centaines sont disponibles en version papier, braille (3 exemplaires du dernier Harlan Coben sont disponibles en France) ou gros caractères. Quant au giant print, livres imprimés au format A4, l'offre n'existe pas dans l'Hexagone.

 

Rappelons que la loi DADVSI de 2006 introduisait plusieurs exceptions handicaps, permettant de contourner le droit d'auteur aux bénéfices des personnes empêchées de lire. Par ailleurs, la BnF dispose d'une plateforme Platon, qui centralise les informations en la matière et incite les éditeurs à fournir des fichiers structurés, au format XML.

 

La récente signature du traité de Marrakech pourrait ouvrir un peu plus l'accès des personnes malvoyantes et non voyantes à la lecture, avec de nouvelles exceptions et réglementations. Ce traité, « très important », a d'ailleurs été largement discuté lors du dernier congrès de la Fédération des associations de bibliothèques, à Singapour.

 

(via The Bookseller)