Accessibilité : le SNE promet une rentrée littéraire au format Daisy

Antoine Oury - 16.09.2013

Edition - Société - accessibilité - lecteurs empêchés - Syndicat national de l'édition


Bonne nouvelle pour l'accessibilité aux livres : le Syndicat national de l'Édition, organisation professionnelle rassemblant les plus grands éditeurs, vient de publier un communiqué annonçant une plus large offre de livres audio et braille numérique, au format standard Daisy. Ce dernier permet une lecture facilitée des textes, avec de nombreux paramètres disponibles.

 


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Les livres seront disponibles via la plateforme Platon de la BnF (Abode of Chaos, CC BY 2.0)

 

 

Une avancée significative que beaucoup attendaient avec impatience : il y a quelques semaines, l'Association Valentin Haüy attirait notre attention sur l'offre très faible en France, en matière d'accessibilité. Sur les quelque 77.000 titres publiés par an, seules quelques centaines bénéficiaient d'une version papier en braille ou gros caractères.

 

Quant à la rentrée littéraire, elle était toujours réservée aux voyants : l'AVH avait d'ailleurs préparé un service de téléchargement des livres de la rentrée littéraire, via sa plateforme Éole.  « C'est un changement très important pour les personnes déficientes visuelles qui avaient l'habitude d'avoir toujours, en la matière, un temps de retard sur le reste de la population », expliquait alors l'association.

 

Aujourd'hui, les éditeurs signalent que l'appel des nombreux professionnels du secteur a été entendu : « Les éditeurs et le Syndicat national de l'édition (SNE) ont décidé de rendre leurs titres de la rentrée littéraire 2013 accessibles aux personnes handicapées visuelles à travers une offre proposée au format numérique Daisy. »

 

Cette offre, intégralement financée par le Centre National du Livre (CNL), se compose de plus de 150 fichiers mis à disposition par 23 éditeurs, dont Gallimard, Flammarion, J-C Lattès, Fayard, Plon, Perrin, Fleuve Noir ou Le Cherche-Midi. Les éditeurs impliqués ont fait parvenir leurs fichiers numériques pour une conversion en DTBook, envoyés ensuite sur la plateforme Platon de la Bibliothèque nationale de France. L'objectif étant d'atteindre les 500 titres, sur les 550 publiés en cette rentrée littéraire.

 

Les organismes agréés pourront donc se servir au sein de cette base pour proposer à leurs adhérents des fichiers numériques mis en forme pour une lecture sur un afficher braille ou en version audio.

 

Opération spectaculaire et textes législatifs contraignants

 

« C'est une opération spectaculaire, mais aussi le signe que nous changeons d'ère : nous passons d'un modèle où les organismes demandent à un modèle d'offre, où les éditeurs fournissent les fichiers » explique Dominique Burger, président de l'association BrailleNet, chargée de recueillir les fichiers avant transmission à la BnF.

 

En vertu de l'exception culturelle instaurée par la loi du 1er août 2006 rendait déjà obligatoire la mise à disposition d'une version accessible des oeuvres éditées. « Dans les faits, nous recevons souvent des fichiers PDF alors que du XML serait bien plus simple pour révéler la structure. L'objectif, c'est que les éditeurs nous envoient eux-mêmes leurs fichiers XML », nous expliquait Luc Maumet en avril dernier.

 

Mais le traité de Marrakech, signé en juin dernier, a vraisemblablement fait pencher la balance : parmi les nouvelles mesures qu'il instaure, on compte notamment la levée des barrières transfrontalières. « C'est le système d'échange créé par le traité qui va faire la différence. Un aveugle au Sénégal ou au Maroc pourra directement demander des copies auprès d'une association en France par exemple », explique Francis Gurry, directeur général de l'OMPI (Organisation Mondiale de la Propriété Intellectuelle).

 

Mise à jour 18:15 :

 

Plusieurs précisions techniques nous ont été apportées : d'abord, le format utilisé par la plateforme Platon nécessitera donc une conversion, mais celle-ci sera uniquement réalisable par BrailleNet, l'Association Valentin Haüy et le Groupement des Intellectuels Aveugles ou Amblyopes (GIAA). Pas accessible à n'importe qui, donc.

 

Ensuite, le dispositif légal instauré par la loi du 1er août 2006 supposait que les fichiers soit remis à tous les acteurs transcripteurs, et non à un seul, un point qui fait légèrement défaut à ce projet, d'autant plus qu'il fait à nouveau de la BnF un intermédiaire obligé.