Accessibilité : les éditions du Patrimoine se lisent du bout des doigts

Julien Helmlinger - 23.03.2015

Edition - Les maisons - Accessibilité - Handicap - Livre en relief - braille


La Tenture de l'Apocalypse, les pierres de l'abbaye de Cluny, la coupole du Panthéon ou encore le vitrail de la Sainte-Chapelle sont désormais rendus accessibles aux non et mal voyants par les éditions du Patrimoine. À l'occasion du Salon du livre, le graveur et spécialiste des aménagements tactiles Christian Bessigneul et l'auteure des guides de lecture d'images tactiles Hoëlle Corvest présentaient la collection Sensitinéraire. Une association d'écrits en braille et d'illustrations imprimées en relief, qui « ouvre des mondes jusque-là interdits ».

 

 

 (Éditions du Patrimoine)

 

Cette collection s'appuie sur une technique innovante d'images en reliefs, par gaufrage sur papier japonais, pour aboutir à des livres tactiles destinés à ouvrir l'accès à l'art pour mal voyants et non voyants. Le graphisme en relief permet de « partager des images mentales » avec ces publics en difficulté, ce que le duo a commencé à expérimenter en premier lieu sur des sujets d'architecture.

 

Ayant assisté à une visite à l'INSHEA destinée à mieux faire connaître aux professeurs les moyens de contourner le handicap visuel, Christian Bessigneul a réalisé que les codes de représentation pouvaient varier d'un prof à l'autre. Avec la Cité des sciences, ils se sont alors attelés à créer des préconisations. Il estime qu'en une dizaine d'années, ils ont abouti à des choses plus ou moins efficaces en la matière.

 

Hoëlle Corvest, qui souffre elle-même de handicap visuel, explique que si la perspective reproduit l'illusion de la vision, « tactilement ce n'est pas le même effet : car le contact est direct avec les éléments en cours de perception. Il a donc fallu trouver le moyen de rendre compte de la perception habituelle ». En ce sens, l'Éducation nationale a cherché une correspondance, privilégiant le maintien de la géométrie.

 

Les informations auxquelles donnent accès ces images sont diverses, allant de l'architectural à la cartographie, en passant par l'ornemental. Dans la collection, il s'agit donc de présenter aux lecteurs, non seulement un monument en lui-même, mais aussi le placer en son contexte. On mise alors sur un « dialogue entre la forme et ses orientations et position au sein de son environnement ».

 

Ces ouvrages sont commercialisés avec un CD d'accompagnement au format DAISY, comprenant un guide de lecture pour chaque illustration, avec des repères et des explications. De plus, il est fait en sorte que des codes communs se retrouvent au sein de tous les ouvrages de la collection, dans l'optique de s'assurer que les lecteurs s'y familiarisent plus rapidement. 

 

Une promotion qui aurait besoin de l'aide des bibliothèques

 

« Cette forme de lecture s'installe progressivement, mais il reste un important travail à mener sur le plan cognitif pour que cela devienne plus immédiat », explique Hoëlle Corvest.

  

De telles illustrations tactiles se retrouvent à la Cité des sciences comme au Louvre. Par ailleurs, les éditions du Patrimoine proposent aussi d'autres livres aux mal voyants, avec du texte classique plutôt que du braille. Ceux-ci mettent en parallèle des images en couleurs, avec leurs versions en dégradés de gris dont les contours auront été bien mis en valeur

 

Ces livres ne sont pas chers, en comparaison au travail nécessaire à leur fabrication : 36 €, grâce au mécénat. Toutefois, le défi de la promotion auprès du public concerné nécessite le soutien du réseau des bibliothèques, où il est important d'en parler, contrairement aux librairies où ne se rendent pas les personnes non voyantes. Une initiative à encourager les yeux fermés.