Accessibilité : Les sites des bibliothèques restent peu accueillants

Antoine Oury - 02.12.2014

Edition - Bibliothèques - accessibilité bibliothèques - portail numérique étude - handicap publics empêchés


Le ministère de la Culture et de la Communication, en collaboration avec l'association BrailleNet, ont chargé Tosa Consultants, conseil en systèmes d'information et PixFL, conseil en accessibilité numérique, d'examiner les différents portails numériques de bibliothèques françaises. L'étude se découpe en deux volets, quantitatifs et qualitatifs, qui font partie d'une observation au long cours, pour faire évoluer la situation. Les premiers résultats, ceux du volet quantitatif, laissent imaginer le travail à accomplir.

 


Monumentale infrastructure

Gare centrale de Kyoto (Caroline de Francqueville, CC BY 2.0)

 

 

C'est un point régulièrement rappelé par les organisations qui sensibilisent à ces questions d'accessibilité : s'il est important que les documents prêtés en bibliothèque, tout comme les bâtiments, soient accessibles, il ne faut pas oublier l'accessibilité des sites Internet. Afin de fournir un aperçu de la situation, dans un premier temps, cette étude va « évaluer le niveau de prise en compte des exigences réglementaires par les bibliothèques de lecture publique et de suivre régulièrement les évolutions de cette prise en compte ».

 

Un panel de 120 bibliothèques avec 2/3 de bibliothèques municipales (80 établissements) et 40 bibliothèques intercommunales a été établi, et anonymisé, auquel s'ajoutent 10 bibliothèques départementales de prêt tirées au sort, et enfin les portails de la BnF, de la BPI et des bibliothèques de la Ville de Paris. Les bibliothèques municipales sont représentatives des différentes tailles de communes, à l'exception de celles de moins de 2000 habitants, qui ne disposent généralement pas d'un portail.

 

Au total, 133 portails ont donc été passés au crible, avec dans l'idée de vérifier leur conformité à la législation française : depuis l'arrêté publié au journal officiel le 29 octobre 2009, « les services de communication publique en ligne des services de l‘État, des collectivités territoriales et des établissements publics qui en dépendent doivent être accessibles aux personnes handicapées ». Pour les services de l'État, la mise en conformité devait être effective en mai 2011 et pour les collectivités en mai 2012, précise l'étude.

 

Pour mesurer l'accessibilité d'un service de communication publique en ligne, l'étude se réfère au RGAA, ou Référentiel Général d'Accessibilité pour les Administrations, qui définit l'attestation de conformité, et notamment à la présence de ce label sur le site. Sur ce dernier point, les résultats se passent de commentaires.

 

 

 

Malgré cette absence de mise en conformité avec les obligations légales, quelques sites révèlent des initiatives encourageantes, en matière d'accueil des publics handicapés.

 

  • 40 sites disposent d'aides diverses
  • 23 sites ont un éditeur de style
  • 9 sites incluent un système de gestion du thème des pages
  • 3 sites sont web responsive
  • 2 sites proposent un outil de vocalisation embarqué (dont la B.n.F.)
  • 1 site propose l'ajustement de la présentation des pages
  • 1 site propose un mode contraste élevé
  • 1 site propose le changement de la couleur du thème de la page
  • 1 site propose un mode malvoyant
  • 9 sites ont une page dédiées à l'accueil du public handicapé (dont la Ville de Paris, la BPI et la BnF)
  • 9 sites mentionnent des référentiels d'accessibilité (2 RGAA, 2 WCAG, 2 ADAE, 3 loi février 2005)

« Ces résultats ne sont pas bons », souligne l'étude, qui déplore que les grands établissements ne montrent pas l'exemple en ne respectant pas les obligations légales. Malheureusement, ils suivent une tendance plus générale du Web, puisque BrailleNet avait, en juin dernier, observé 602 sites publics divers et variés, et n'avait relevé que 22 RGAA.

 

Quant aux quelques outils proposés ci-dessus, ils relèvent des « gadgets », signale l'étude, pour prétexter l'accessibilité des sites. De plus, ils sont centrés sur la surdité ou la vision déficiente, au risque de négliger les autres handicaps. La partie éditoriale des sites repose sur des CMS grand public, type Joomla, Drupal ou encore Wordpress, qui peuvent produire de la qualité accessible, qui n'est donc pas... inaccessible pour les portails utilisant ces technologies.

 

Pour améliorer la situation, le rapport préconise pour l'instant d'informer au maximum les professionnels, au cours de leur formation. Il recommande également de concentrer l'effort de mise en conformité des portails de bibliothèque départementale, qui pourront ensuite devenir des relais pour les autres établissements.

 

Les résultats du volet qualitatif de l'étude, qui mettra en place l'expérience d'un utilisateur fictif dans l'utilisation d'un panel de portails de bibliothèque, seront dévoilés dans quelques jours.

 

L'intégralité du rapport est disponible ci-dessous.

 

  L'accessibilité des portails de bibliothèque - Volet quantitatif by ActuaLitté