Accréditation : lutte contre la vente illicite de billets au Salon du Livre

Clément Solym - 17.02.2012

Edition - Société - accréditation - auteurs - professionnels


La polémique vient d'enfler à la vitesse grand V. Le Salon du livre refuse-t-il l'accréditation des auteurs ? Actualitté a été contacté par plusieurs d'entre eux, désireux de dénoncer ce qu'ils prennent pour une attaque personnelle.

 

En effet, après avoir voulu procéder à leur accréditation sur le site du Salon, ils ont pu découvrir que la rubrique Auteur, pour les professionnels, n'existait pas. « Toutes les autres professions du livre sont représentées et peuvent donc bénéficier d'une accréditation pro. Sauf les auteurs. Seuls ceux qui dédicacent seront badgés. Les autres devront payer », déplore l'un d'entre eux.

 

Et pour toute demande d'accréditation, voilà le mail-type qui est renvoyé.

 

Bonjour,

À compter de cette année, seuls les auteurs ayant une actualité et donc une dédicace sont accrédités gratuitement au Salon du livre. Cette accréditation doit passer par l'éditeur.

L'entrée est donc payante et est au tarif de 9,50 euros. 

Vous pouvez préacheter votre billet au tarif de 7 euros avant le 15/02/2012 en vous rendant sur notre site :http://www.salondulivreparis.com/Billetterie.htm

Cordialement

 

Bertrand Morisset

Commissaire général du Salon du livre

 

Nombreux sont ceux qui ont trouvé « étonnant » que ceux qui sont le premier maillon de la chaîne du livre soient ainsi écartés, voire « traités de cette façon », nous écrit l'un d'entre eux. 

 

Tout est manifestement parti du site Hublots, qui a décidé de pointer ce fait. « Donc les auteurs, pour votre accréditation, c'est pas la peine de vous chercher parmi les professionnels du livre, même dans la rubrique « création » : y a pas. C'est vrai que les auteurs, franchement, avec la thune qu'ils se font, ils peuvent payer, hein. D'ailleurs, au Salon du Livre de Paris, on accueille même des éditeurs à compte d'auteur : c'est bien la preuve que les auteurs ont les moyens. »

 

 

 

Bertrand Morisset, commissaire du Salon du Livre, reconnaît que le Salon n‘a probablement pas assez bien expliqué les raisons de cette décision. Les années passées, un simple scan de la couverture de son livre suffisait à pouvoir obtenir une accréditation gracieuse. « Cette année, nous avons effectivement décidé de resserrer les conditions d'obtention d'une accréditation. Nous nous sommes peut-être mal exprimés, mais cela n'est en rien tourné contre les auteurs. »

 

Lutter contre la sauvette

 

De fait, depuis plusieurs années, on constate la présence de vendeurs à la sauvette, qui proposent des accréditations vendues devant les portes du Salon même. Ce phénomène n'est pas nouveau, et touche plus largement toute forme de manifestation à l'entrée payante. À ce titre, signalons que ce type de vente relève du pénal, avec 15.000  d'amende, puis 30.000 € et une année de prison en cas de récidive. 

 

En avril 2010, Serge Eyrolles, alors président du Syndicat national de l'édition expliquait : « Si devant les portes du Salon, on voit des policiers passer les menottes à ces vendeurs, cela ne risque pas de donner une meilleure image du Salon, ni d'inciter le public à venir. » Et toute personne qui s'est rendue au Salon sait que ces ventes sauvages commencent dès la sortie de la rame de métro. 

 

C'est donc pour lutter activement contre cette délinquance que le Salon a décidé de prendre des mesures plus sévères. 

 

Par ailleurs, Bertrand Morisset nous explique que le Salon relève d'une organisation opérée par une société privée, « qui ne perçoit aucun financement public ». À ce titre, il n'y a aucune obligation contractuelle d'offrir aux auteurs une entrée gracieuse.

 

« Les auteurs adhérents de sociétés comme la SGDL ou la SCMA, avec lesquelles nous avons des accords particuliers pourront se rendre, à titre de professionnels, gratuitement au Salon, avec leur accréditation de professionnels. D'autre part, si une lettre motivée de l'éditeur nous est présentée par un auteur, et qu'elle justifie de la présence de l'auteur en qualité de professionnels, nous n'avons aucune raison de la refuser. Simplement, il nous faut absolument préserver notre salon des gangs de malfrats qui sévissent, mais plus encore contre les lettres falsifiées qui nous parviennent, et permettent d'enrichir un marché noir. »

 

Et de nous expliquer que des lettres de demandes venant de bibliothèques sont chaque année utilisées pour demander des accréditations. Un papier entête avec une demande officielle, pour obtenir une accréditation, qui sera par la suite revendue aux naïfs à l'entrée du Salon...

 

Un effort de sécurisation, tout simplement, qui rompt donc avec une pratique mise en place depuis plusieurs années - et cause donc une certaine émotion de la part des premiers intéressés. « Comme la maréchaussée se montre assez peu efficace pour lutter activement contre ces pratiques qui nuisent au bon déroulement de notre Salon, nous avons pris les mesures qui s'imposaient, pour garantir à l'événement un déroulement dans les meilleures conditions. »