Affaire de plagiat au sein de l'élite littéraire sino-canadienne

Clément Solym - 03.02.2011

Edition - Justice - plagiat - chine - canada


Une drôle d’affaire agite la communauté littéraire sino-canadienne. Une auteure est accusée de plagiat ; malheureusement pour ses détracteurs, les preuves ne sont pas légion…

La « grande querelle littéraire sino-canadienne » serait sur le point d’être consommée, selon Billy Schiller, journaliste au Toronto Star. L’auteure au centre de cette prétendue controverse est Zhang Ling, Chinoise et vivant à Toronto, dont le roman précédent (Aftershock) est devenu un best-seller en Chine une fois adapté à l’écran.

Pour son dernier roman, Gold Mountain Blues, elle est accusée d’avoir volé un groupe d’auteurs sino-canadiens, parmi lesquels Denise Chong, Wayson Choy, Sky Lee, et Paul Yee. Une traduction anglaise devait être mise en ligne sur le site canadien du Penguin (un éditeur) début 2012, mais selon le Star, le livre « a été mis dans les limbes jusqu’à ce que [Penguin] soit certain que Zhang n’a pas pillé les œuvres de l’élite littéraire sino-canadienne ». (Via Quill and Quire)

Bien que ce soit une accusation navrante, il ne semblerait pas que les mauvaises langues en aient fini avec l’auteur. Les accusations de plagiat proviennent d'une campagne de diffamation sur Internet menée par un blogueur anonyme connu sous le nom de Changjiang. Quand le Star a réussi à identifier l’homme derrière cette campagne (un certain Robert Luo) et l’a contacté, celui-ci « s’est alarmé et a raccroché ».

Un autre des détracteurs de Zhang, Cheng Xingbang, a lui aussi refusé un entretien avec le journal. Penguin n’a pas à ce jour affirmé retarder la publication de l’ouvrage, seulement déclaré attendre la traduction anglaise pour prendre une décision interne afin de gérer les accusations. Et deux des supposées victimes de plagiat, Sky Lee et Denise Chong, sont restées dans l’ombre, puisqu’aucun des deux ne lit le chinois.

Le site de Changjiang accuse Zhang d'avoir volé le personnage clé de Chong (dans son roman Les Enfants de la Concubine, paru en 1994) sa grand-mère May-Ying, la concubine du titre le modelant pour en faire un personnage de Gold Mountain Blues. Comme le rapporte le Star, Chong, dont l’éditeur est aussi Penguin, hésite à se prononcer sur la controverse. Elle a pourtant envoyé un mail pour alerter son agent quand la controverse a frappé la blogosphère chinoise.

Contactée à Montréal, Sky Lee, l’auteure canadienne recluse du roman révolutionnaire Disappearing Moon Café (1990), un classique instantané, admet avoir été « choquée et inquiétée » quand elle a appris d’un ami vivant en Colombie que quelqu’un avait volé son travail. Mais, ne lisant pas le chinois, elle a rapidement réalisé qu’elle ne pouvait pas vérifier ces allégations. Elle a donc confié ce travail à une amie, Jennifer Jay. Historienne à l'Université d'Alberta, elle parle et lit couramment le chinois et a passé une journée à lire une version en ligne de Gold Mountain Blues.

Dans un entretien téléphonique, elle était très prudente, affirmant qu’elle n’était pas une experte et avait eu un temps limité pour lire l’ouvrage, mais s’est déclarée « alarmée » par le texte. « Je ne dis pas que l’auteur a plagié, mais à ce point, c’est problématique ». En même temps, elle dit avoir « beaucoup de sympathie » pour Zhang. « Ça doit être un cauchemar pour l’auteur si elle est innocente », a-t-elle déclaré. Un exemple de bonne foi.

(via quillandquire : )