Affaire Hansel et Gretel : les auteurs en soutien à Yvan Godbout

Camille Cado - 17.12.2019

Edition - Justice - Hansel et Gretel affaire - Yvan Godbout pornographie juvénile - Yvan Godbout accusation


L’auteur Yvan Godbout et les éditions AdA risquent une peine de 1 à 14 ans de prison pour la publication du livre d’horreur Hansel et Gretel de la série Contes interdits. En cause ? La page 13 de l’ouvrage qui décrit une scène d’agression sexuelle d’une fille de 9 ans par son père. À l’annonce du procès, qui se tiendra en septembre prochain, les auteurs ont souhaité se mobiliser, en soutien à leur confrère.



Pour rappel, l’affaire avait éclaté en janvier dernier, après une première plainte déposée par une enseignante de la Rive-Nord pour la page 13 de Hansel et Gretel, de la série Contes interdits des éditions AdA. Le livre d’horreur relate en effet une scène d’agression sexuelle d’une fillette de 9 ans par son père, un passage jugé « trop explicite ». Le livre avait alors été retiré des points de vente.

En avril dernier, Yvan Godbout, et le directeur général des éditions AdA, Nycolas Doucet, avaient alors comparu au palais de justice de Sorel-Tracy au Canada. Ils ont été accusés de « production et distribution de pornographie juvénile » au palais de justice de Sorel-Tracy, et ce, sans avoir la possibilité de demander la tenue d’une enquête préliminaire.

À ce moment-là, seule une pétition avait été lancée pour s’opposer aux accusations portées à l’égard de l’auteur et de sa maison d’édition. À l’annonce du procès, qui devrait se tenir en septembre 2020, nombre sont les auteurs qui ont décidé de faire entendre leur soutien à Yvan Godbout. 

« À chaque étape, on se disait que ça allait mourir dans l’œuf, puisque c’était complètement absurde », confie l’auteur Pierre-Yves Villeneuve à La Presse. « On se disait que quelqu’un allait se réveiller à un moment donné et mettre fin à cette aventure-là. »

« La semaine dernière, nous avons eu la confirmation que ça allait en procès devant jury. Quand nous avons eu la nouvelle, nous avons décidé de nous mobiliser » reprend-il. 

Pour Patrick Senécal, auteur de roman policier, cette accusation ne tient pas non plus la route. « Pourquoi juge-t-on que la scène de pédophilie de Godbout est plus criminelle qu’une scène de meurtre ou de viol que j’ai écrite ? Dans tous les cas, ce sont des crimes qui ne sont pas permis en société. »

Et si certains reconnaissent que cette fameuse page 13 est assez trash et difficile, la condamnation n’en reste pas moins illégitime, notamment parce que la collection s’adresse à « un public averti » confie à son tour Marie-Ève Bourassa.

« J’ai moi-même écrit des morceaux assez décadents, insoutenables et qui, sans appuyer sur ce fait, mettaient aussi des mineures en scène. Comment faire autrement quand ton sujet est le trafic humain ? On est loin de la pornographie. On dénonce, en fait. [...] Montrer le monstre dans toute son horreur, ce n’est pas le célébrer. Au contraire. »
 

On va revenir au temps de l'Index”


Les interviews des auteurs se succèdent sur le quotidien québécois et certains dénoncent même une certaine censure. « Avec ce procès, c’est comme si on nous disait qu’on n’a pas le droit de parler de ce genre de sujet ou qu’il faut s’autocensurer au Québec » affirme l’autrice Whitney St-Onge B.

Les auteurs mobilisés en appel également aux acteurs des autres secteurs culturels. « Il y a surtout des auteurs qui réagissent en ce moment. J’espère que ça va dépasser ce cercle. Un film ou une série télé pourrait se retrouver devant la justice. Tous les milieux artistiques devraient s’intéresser à l’affaire Godbout », estime Anne-Marie Dupras.

Avant de suggérer que l’État devrait fournir aux créateurs un guide de ce qu’ils ont « le droit d’écrire ou pas ».

Charles-André Marchand, auteur et ancien journaliste dans les actualités judiciaires, avoue n’avoir « jamais vu un cas de censure comme ça, au Québec ». Il espère ainsi une « levée des boucliers » pour cette affaire. Et « [s]i Yvan perd sa cause, ce qui me surprendrait énormément » alors, « attachons nos tuques ! On va revenir au temps de l’Index » lance-t-il. 

Le chroniqueur Richard Martineau a même publié un éditorial sur l'affaire dans Le Journal de Montréal. « Mais c’est AUSSI le rôle de l’art de traiter de sujets désagréables, d’explorer les zones d’ombre de l’âme humaine ! De nous confronter au Mal ! Malheureusement, nos petits lapins ne comprennent pas ça. Ils veulent des œuvres d’art "positives" qui "élèvent" l’âme humaine. Comme les curés dans les années 1950 ! » se révolte-t-il. 

L’Union des écrivaines et des écrivains québécois a également voulu montrer son soutien à l'auteur. Dans un communiqué, l'association affirme être « très préoccupée par la poursuite criminelle à l’encontre de l’écrivain Yvan Godbout et de son éditeur pour un passage du roman Hansel et Gretel ».

« Bien sûr, on ne peut pas tout écrire au nom de la liberté d’expression ; bien sûr, tout ne peut être dit, publié, partagé ; la loi fixe des limites et, fort heureusement, l’apologie de la pornographie juvénile en est une », déclare Laurent Dubois, directeur général de l’UNEQ. 

« Mais dans le cas d’Yvan Godbout, dans la mesure où la preuve se résume à un livre d’horreur, une œuvre de fiction dans une collection thématique pour public averti, nous sommes inquiets de la tournure des événements », poursuit-il. « Dans ces quelques lignes, aussi pénibles à lire soient-elles, l’auteur nous semble user de sa plume dans le seul but de faire d’un personnage un monstre absolu. »

« L’art a, entre autres fonctions, celle de susciter des émotions et de faire réagir. L’œuvre d’Yvan Godbout en témoigne. Nous sommes en droit de craindre qu’une telle poursuite criminelle mette en danger la liberté d’expression et puisse avoir comme conséquence de museler les créateurs », déclare à son tour Suzanne Aubry, écrivaine et présidente de l’UNEQ.



Commentaires
Ok alors c'est pour quand l'arrestation de l'auteur du livre J'AVAIS 12 ANS de Nathalie Schweighoffer et tiens aussi Elisa.T pour des FLEURS SUR LA NEIGE. Des livres acclamés et qui ont eu un impact positif sur plusieurs victimes qui ne se sont plus jamais sentient seulent qui on même mient fin à des années de CULPABILITÉ empoisonnantes. Coline où c qu'on s'en va ? On sort des placards, on ventilent les tabous, on passe de pardon à guérison avec le fait de dénoncer. OUI C'EST PAS FACILE À LIRE. Mais qui est blessé à ce point et pourquoi ça lui fait si mal?? Thérapisez moi ça, ça URGE !....
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