Affaire Kamel Daoud : la Cour d’appel d'Oran se déclare « incompétente »

Joséphine Leroy - 09.06.2016

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Ce mardi, la Cour d’appel d’Oran a signifié son incompétence dans le jugement du prédicateur salafiste qui avait engagé une fatwa contre l’écrivain — et journaliste, au moment des faits — Kamel Daoud, selon les informations que son avocat a transmises à l’AFP. L’affaire remonte à 2014. 

 

Kamel Daoud par Claude Truong-Ngoc février 2015.jpg
(Claude TRUONG-NGOC / CC BY-SA 3.0)

 

 

Plus tôt, le 8 mars, le tribunal correctionnel d’Oran (ouest d’Alger) avait condamné en première instance Abdelfatah Hamadache, l’imam salafiste. Poursuivi pour « menaces de mort », l’imam avait vu sa condamnation fixée à six mois de prison, dont trois fermes, et devait régler une amende de 50.000 dinars (l'équivalent de 450 €). Mais, mercredi 8 juin, soit deux mois très exactement après la première condamnation, la Cour d’appel a annoncé son « incompétence territoriale », selon les mots rapportés par Maître Fodil Abderrezak, annulant ainsi la peine de prison écopée par Abdelfatah Hamadache. 

 

Ce dernier avait mis en avant le fait que les menaces proférées avaient été émises depuis sa ville de résidence, Alger, et que donc le tribunal d’Oran ne pouvait pas se prononcer là-dessus. Un argument que la justice a visiblement retenu. 

 

Vice de territorialité ? 

 

L’avocat de Kamel Daoud a répondu que tous les tribunaux du pays étaient « compétents » pour examiner la plainte étant donné que la fatwa avait été diffusée sur Facebook et reprise par les médias, notamment une télévision satellitaire.

 

Dans une déclaration au journal Jeune Afrique, Maître Fodil Abderrezak  s’est dit doublement surpris, dans la mesure où l’imam n’avait pas utilisé cet argument en première instance : « Je suis d’autant plus étonné que le cheikh n’avait pas brandi ce qu’il appelle “vice de territorialité” en première instance. » 

 

Retour sur les faits 

 

Tout est parti des déclarations de Kamel Daoud dans les médias. Dans ses différentes interventions, l'auteur de Meursault, contre-enquête (éd. Actes Sud) proposait une lecture critique du monde musulman et des problématiques posées dans la société contemporaine. Il avait notamment publié un texte dans les colonnes du New York Times, intitulé «  La misère sexuelle du monde arabe » : « Le grand public en Occident découvre, dans la peur et l’agitation, que dans le monde musulman le sexe et malade et que cette maladie est en train de gagner ses propres terres. »

 

Il n’en fallait pas plus pour qu’en 2014, le prédicateur accuse Kamel Daoud de « mener une guerre contre Allah, son prophète, le Coran et les valeurs sacrées de l’Islam ». « Nous appelons le système algérien à le condamner à mort publiquement. Si la charia était appliquée en Algérie, le châtiment aurait été de le tuer », avançait le fanatique. Un « appel au meurtre » déguisé en commandement politico-religieux, avait estimé le romancier qui avait décidé de déposer plainte en cette fin d'année 2014. 

 

 

« Qu’est-ce que je peux faire ? C’est la conséquence du sentiment d’impunité dont bénéficient les islamistes en Algérie. Quand ils peuvent tenir des universités d’été, quand ils peuvent être au-dessus de la loi, pourquoi ne pas appeler au meurtre maintenant ? », interrogeait-il. 

 

L’imam, en guise de défense, avait réitéré ses propos : « Mais je n’ai pas dit que j’allais le tuer et je n’ai pas appelé les musulmans à le faire. On demande au pouvoir algérien d’appliquer al Had” (la condamnation à mort) et c’est une chose dont nous sommes fiers ! »

 

J’avais écrit, poussé par la honte et la colère contre les miens, et parce que je vis dans ce pays, dans cette terre. J’y ai dit ma pensée et mon analyse sur un aspect que l’on ne peut cacher sous prétexte de “charité culturelle”. Je suis écrivain et je n’écris pas des thèses d’universitaires. C’est une émotion aussi.

 

Quelle suite la justice algérienne donnera-t-elle à cette affaire ?  L’avocat de Kamel Daoud a fait savoir que l’affaire sera transférée au parquet général d’Alger et de nouveau jugée.