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Affaire Matzneff : une enquête ouverte pour viols sur mineur

Camille Cado - 03.01.2020

Edition - Société - Gabriel Matzneff pédophilie - Le consentement Vanessa Springora - Gabriel Matzneff réponse


Réseaux sociaux, médias, le cas Gabriel Matzneff a été relayé de toute part. Jusqu’à présent, seul l’auteur, ouvertement accusé de relations avec des mineurs, s’était muré dans le silence. À la sortie du livre de Vanessa Springora, Le Consentement, ce jeudi 2 janvier, il a décidé pour la première fois de prendre la parole, alors que le parquet de Paris annonce aujourd'hui l'ouverture d'une enquête pour « viols sur mineur de 15 ans ».
Excepté de courts SMS, Gabriel Matzneff n’avait jamais réellement commenté la déferlante en cours, préférant crier à l’injustice et évoquer « la beauté de l’amour qu’[ils] vécu[rent], Vanessa et [lui] ». Ce jeudi 2 janvier, date de parution de l’ouvrage, l’auteur âgé aujourd’hui de 83 ans décide de lui adresser un long message, tentant de défaire l’image de monstre qui lui colle désormais à la peau. 
 

Non, rien de rien...


« Je ne mérite pas l’affreux portrait que [...] tu publies de moi. [...] Non, ce n’est pas moi, ce n’est pas ce que nous avons ensemble vécu, et tu le sais » évoque-t-il dans une lettre publiée par l’Express. Vanessa Springora « trace de moi un portrait dénigreur, hostile, viré au noir, destiné à me nuire, à me détruire, où, utilisant un pesant vocabulaire psychanalytique, elle tente de faire de moi un pervers, un manipulateur, un prédateur, un salaud » dénonce-t-il. 

Il affirme également qu’il ne lira pas l’ouvrage, pointant qu'il lui ferait « trop de mal » et que son « but est de me précipiter dans le chaudron maudit où ces derniers temps furent jetés le photographe [David] Hamilton, les cinéastes Woody Allen et Roman Polanski ».

L’auteur, récompensé par le prix Renaudot essai en 2013 préfère se contenter de « ses adorables souvenirs », de « ses photos » ou encore des « dizaines de lettres d’amour fou » que Vanessa lui a écrites, confie-t-il avant de reproduire un courier que l’autrice lui aurait envoyé en 1988 en guise de rupture.

Pour Vanessa Springora, cette correspondance — qui avait déjà été publié par Gabriel Matzneff en 1997 dans un recueil de lettres de rupture, précise France TV — « fait partie de sa manipulation ».

Si elle avoue s’être interdit de regarder ce qui se passait sur les réseaux sociaux, elle affirme aux tribunes du Parisien qu’« il a toujours fait un usage public des lettres que je lui ai écrites entre 13 et 15 ans dans ses livres, ce n’est pas une nouveauté pour moi [...] Il a toujours suscité des lettres de jeunes adolescentes pour les avoir comme preuves, plus tard. Preuves de mon consentement, de mon amour ».

Mais, rappelle-t-elle, « mon amour n’est pas en question [...] Je crois que j’ai été très honnête dans ce livre : c’est quelqu’un dont je suis tombée passionnément amoureuse et j’ai mis du temps à comprendre que son amour à lui avait quelque chose de malade ».
 

Hypocrisie, aveuglement : “Pourquoi n’a-t-on rien fait ?”


Ajoutant qu’« une histoire d’amour entre une jeune fille de 14 ans et un homme de 50 ans, ça peut arriver, pourquoi pas » explique-t-elle, cette relation était très différente d’une idylle romantique. « Le problème c’est le caractère systématique et pathologique de son attirance pour les adolescents. Et le mal qu’il fait. »

« Ces jours-ci, je reçois des messages de jeunes filles de toutes parts, et notamment plusieurs qui ont croisé sa route. Elles pouvaient avoir 16 ans, elles ont éprouvé la même chose. Même au-delà de la majorité sexuelle », précise-t-elle. 

Dans cette interview, publiée le 1er janvier, l’autrice aujourd’hui âgée de 47 ans dénonce le mutisme collectif qu’il y a eu autour du comportement pourtant ouvertement revendiqué de l’écrivain.

« Ce n’était pourtant pas très difficile de savoir qui était Matzneff à l’époque. [...] Il y a eu un dysfonctionnement de toutes les institutions : scolaire, policière, hospitalière… C’est ça qui est sidérant face à un militant de la cause pédophile qui a publié des textes en ce sens et qui s’en glorifie », qualifiant quelques passages des Moins de seize ans de « terrifiants ».

« De toute façon, la loi aurait pu et dû s’en mêler. C’est important que la loi s’exprime dans la construction de l’adolescent. [...] Avec Matzneff, on est dans une pathologie que l’on a maquillée sous les atours de la littérature. Ce n’est pas excusable, aller coucher avec des enfants à l’autre bout du monde, et s’en glorifier dans ses livres. C’est cet aveuglement-là qu’il faut interroger collectivement : pourquoi n’a-t-on rien fait, pendant toutes ces années ? »

« C’est l’hypocrisie de toute une époque qui doit être remise en question » continue-t-elle,  dénonçant alors le silence des Éditions Gallimard, mais aussi de Léo Scheer qui a republié en 2005 Les Moins de seize ans. Sans oublier les journalistes qui ne se sont pas interrogés sur « le bien-fondé » de l'attribution du Renaudot à Gabriel Matzneff. Rappelant, assez terriblement que « la vie d’une adolescente anonyme n’est rien face au statut d’un écrivain ».
 

“Un prix maladroit” attribué par “compassion”


Sur le sujet, Frédéric Beigbeder, reconnait que l’attribution du prix à l’écrivain Gabriel Matzneff pour Séraphin, c’est la fin « était maladroit[e] ». Dans un article récemment publié sur Le Point, celui qui faisait alors partie du jury en 2013 avoue que « ce recueil d’articles sur la politique internationale, sur Schopenhauer, Kadhafi, etc. nous avait paru brillant ». 

« C’est clair qu’il n’aurait jamais eu le prix pour un de ses journaux intimes », reprend-il, avant de préciser que le jury avait « voulu aussi faire preuve de compassion » à l’égard de l’auteur. « Ce n’était en aucun cas la consécration d’un monstre pédophile. »
 
S’il assure être « sans ambiguïté dans le camp de Vanessa Springora », Frédéric Beigbeder avait récemment affirmé vouloir rester ami de celui qu’il jugeait pourtant « indéfendable ». « Parce que j’ai peur qu’il se suicide et que je n’ai pas envie de m’acharner sur un homme déjà cloué au pilori » avait-il expliqué. 

Pour rappel, en 2014, certaines associations comme Innocence en danger ou La Mouette avaient milité en vain pour le retrait du prix. 
 

Une enquête ouverte pour “viols sur mineur de 15 ans”


La récente publication du livre de Vanessa Springora pourra sans doute faire changer les choses. Surtout depuis que le parquet de Paris a annoncé avoir ouvert ce vendredi 3 janvier une enquête pour « viols sur mineur de 15 ans ».

« Au-delà des faits décrits par Vanessa Springora dans son livre, les investigations, confiées à l’Office Central de Répression des Violences faites aux Personnes (OCRVP), s’attacheront à identifier toutes autres victimes éventuelles ayant pu subir des infractions de même nature sur le territoire national ou à l’étranger », précise le procureur de la République dans un communiqué.

Affaire à suivre. 


Commentaires
Que le Parquet ouvre une enquête dans ces conditions - 30 ans plus tard - est tout de même le comble de l'hypocrisie! Il ferait mieux, ce Parquet aux investigations quelques peu tardives, d'ouvrir une enquête sur lui-même, ou sur ses propres responsables des années 90, (qui ont l'âge de Matzneff) et qui dans pouvaient et devaient s'auto-saisir à l'époque! Et rappelons ici que l’écrivain Nicolas Genka, à la même époque, crevait de faim depuis des années suite à l'interdiction prononcée contre lui par Marcellin (!) sans que personne ne bouge... Malgré une ré-édition en 2005 par "Exils" son ouvrage "Jeanne la pudeur" dans les années 60 et publié par Julliard (tiens) cette interdiction ne sera jamais levée. Il s'agit pourtant d'un roman sombre et funèbre, d'une réelle qualité littéraire saluée à l'époque par toute la critique, et dont l'auteur qui montre toute l'horreur d'un viol d'enfant, était aux antipodes de la pédophilie.
" La récente publication du livre de Vanessa Springora pourra sans doute faire changer les choses." et espérons-le,annoncer au grand jour, les noms d'autres pédocriminels de la même époque, connus pour leurs perversions criminelles mais jamais inquiétés... à ce jour. Certains , d'ailleurs, sont connus, les initiales étant : J L, D C-B,F M, etc. et autres signataires de la pétition inouïe du Monde et de Libération en 1977. Que ces criminels soient punis au nom de toutes leurs petites victimes !!
Il y a de nombreux commentaires, de prises de position . Cependant, la démocratie voudrait il me semble que l'on retransmette plus souvent l'opinion de Jean RISTAT et du rédac-chef du dernier numéro (électronique) des "LETTRES FRANçAISES".
Personne ne se pose de question à propos de la "Mauvaise Vie" de Frédéric Miterrand ?
en effet il y a eu un petit peu du bruit au moment de la publication, que si c'est mal de prostituer des mineurs en asie, que patatin, que patatan, finalement cela n'a servi qu'a lui faire de la pub pour qu'il vend plus.



C'est pas mal, comme plan: on séduit et on exploite sexuellement des mineurs, on le raconte dans un livre pour se faire du pognon, on touche même des allocations plus tard et, en plus, un tas de personnes vont nous défendre et au pire demander de 'séparer l'homme de son oeuvre' si jamais notre ouvrage fait sur le dos des victimes est menacé de restrictions.
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