Affaire Neyret : un commissaire digère mal sa garde à vue

Julien Helmlinger - 16.04.2013

Edition - International - Christophe Gavat - Michel Neyret - Police


L'ex haut-fonctionnaire de la police judiciaire de Grenoble, Christophe Gavat, est sorti de son silence pour s'exprimer face aux micros de l'AFP. Mis en examen dans le cadre de l'affaire de corruption policière impliquant l'ancien commissaire lyonnais Michel Neyret, il dénonce désormais une enquête « à charge ».  Le flic, qui a très mal supporté de se retrouver de l'autre côté des barreaux lors de sa garde à vue, a publié cette semaine 96 heures, un livre dans lequel il raconte avec véhémence son expérience aux prises avec la police des polices.

 

 

 

 

 

Le titre 96 heures, qui correspond à la durée de sa garde à vue, raconte comment le « ciel est tombé sur la tête » du fonctionnaire de police, à partir du jour où il a pris connaissance de sa convocation à l'Inspection générale des services (IGS) dans le cadre de l'affaire Neyret.

 

Tandis que son « ami » Michel Neyret était encore le numéro 2 de la police judiciaire lyonnaise, quatre flics ont été mêlés au scandale de cette affaire de corruption et de trafic d'influence. Christophe Gavat a quant à lui été placé en garde à vue quatre jours durant, avant d'être mis en examen, notamment pour trafic de stupéfiants, une enquête lui reprochant d'avoir détourné de la drogue pour un indicateur, et association de malfaiteurs.

 

L'homme affirme avoir brûlé cette drogue qu'on lui reproche d'avoir trafiquée, qu'on se serait trompé en analysant les écoutes téléphoniques dans le cadre de l'investigation. Selon lui l'IGS aurait vérifié ce fait, mais n'en aurait pas encore tenu compte. Il dénonce une enquête qu'il estime avoir été un grand n'importe quoi. Il s'insurge : « Vous vous rendez compte ? Une telle mise en examen, sur la foi d'écoutes, rien d'autre. »

 

Quand le commissaire a le droit de garder le silence

 

Pour un homme qui comme l'auteur le confie, a choisi de faire carrière dans la police « pour aider les autres et par goût de l'action », se retrouver du mauvais côté des barreaux en garde à vue n'est pas banal, mais néanmoins une bonne leçon de métier. Accompagné dans sa cellule par le sentiment que ses 25 années de services ont été « rayées d'un trait » et qu'il se retrouve à son tour à tenir le rôle de celui que l'on considère comme « voyou ».

 

Une mauvaise expérience qui aura fait réfléchir Christophe Gavat, et notamment sur les méthodes employées par la police lors des gardes à vue. Il est à noter que la France fait partie des pays condamnés par la Cour européenne des droits de l'homme, au motif de non-respect des droits des mis en cause dans le cas d'une garde à vue. Et le flic évoque cet « énorme pouvoir » qu'il a exercé et parfois avec zèle « sous la pression de la course aux chiffres », car il fallait avoir « avoir de bons indicateurs de réussite ».

 

Depuis la cellule de garde à vue et vers les salles obscures

 

Si il estime toujours que Michel Neyret était un grand chef, et que l'affaire finira par se décanter à la lumière des faits, il regrette de s'être « retrouvé dans la position du coupable, sans salaire », pendant un temps avant de retrouver un poste. Il a choisi d'écrire sa mésaventure sur le ton de l'humour, mais cette histoire l'a  « dégoûté du système ». Il a le sentiment d'avoir été condamné avant son jugement.

 

Une histoire vraie comme il en est pour inspirer le cinéma, comme semble en témoigner l'intérêt manifesté par le réalisateur et ancien flic Olivier Marchal. Les droits de son livre ont d'ores et déjà été acquis pour un téléfilm dont l'auteur sera le co-scénariste.

 

A sa demande, l'ancien fonctionnaire de police s'est fait muter après avoir vécu son bagne, et exerce désormais au sein de la police aux frontières (Paf) de Cayenne. Celui qui compte mener une réflexion sur la garde à vue depuis l'extérieur déplore : « La machine judiciaire est terrible, on a fait une enquête sociale sur moi ! Même si je suis blanchi il y aura toujours quelqu'un pour dire : C'est le gars de l'affaire Neyret. [...] Autant partir. »