Affaire Renaudot : hors-la-loi, Amazon plonge les libraires dans l'illégalité

Nicolas Gary - 11.09.2018

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La polémique autour du prix Renaudot – récompense dont on n’aura finalement jamais autant parlé... – soulève les foules. Plusieurs sujets s’y retrouvent mêlés, jusqu’à former une grosse pelote de nœuds. Et ce, alors que problème est éminemment simple : les librairies se retrouvent dans une situation délirante d’illégalité.


Librairie l'Acacia (Paris)
photo d'illustration - ActuaLitté, CC BY SA 2.0
 

 

Benoît Bougerol, patron de la Maison du livre à Rodez, le détaille clairement : « Le problème n’est pas Amazon, pas plus que l’autoédition. Après tout, quantité de maisons pratiquent ce type de méthode où l’auteur achète ses propres livres et les laisse en dépôt dans les librairies. »

 

Non, la difficulté ne vient pas de là. « À la rigueur, si le logo d’Amazon était présent sur ces ouvrages autopubliés, ce serait gênant que de promouvoir la marque de cette manière. » Mais alors quoi ?

 

De l'exclusivité à l'obligation de service
 

Évoquant le communiqué du Syndicat de la librairie française, diffusé ce matin, le libraire nous précise : « La vraie difficulté, c’est que nous, libraires, ne pouvons pas avoir accès au livre en question. » L’ouvrage, c’est celui de Marco Koskas, Bande de Français : ayant essuyé le refus de plusieurs maisons d’édition, le livre a fini par être commercialisé par l’auteur, et par ses propres moyens, à travers Amazon. 
 

Amazon et le Prix Renaudot :
“Un signal inquiétant pour l’avenir de la création”

 

« Voilà quelques années, Le Monde et Le Figaro avaient monté leurs propres collections de livres, vendus aux lecteurs. À cette époque, le SLF avait réagi, non pas sur le principe de cette collection. Nous demandions simplement que ces ouvrages puissent être vendus en librairie, aux conditions normales », continue Benoît Bougerol.

 

Et désormais, tout est effectif : les collections des deux quotidiens sont en vente en librairie. 

 

Or, contrairement à n’importe quel autre fournisseur, Amazon ne permet pas à un professionnel du livre d’acheter à des conditions professionnelles. «  Avec Amazon il y a l'exclusivité sur Amazon : il ne vend pas aux libraires…  Alors comment peut-on faire ? Si un client nous obligeait à commander ce livre, il faudrait alors ouvrir un compte de particulier, et l’acheter, pour lui fournir. »

 

La loi de 81, chahutée
 

Obliger ? La loi sur le prix unique du livre de 1981 stipule, Article 1 : « Tout détaillant doit offrir le service gratuit de commande à l’unité. » Et cela, que le livre soit autopublié ou non, qu’importe. Les libraires se retrouveraient pris à la gorge ? Guillaume Husson, délégué général du SLF relativise : « Oui, la loi oblige le libraire, mais si cela venait à être porté devant le juge, il ne serait pas difficile de démontrer la quasi-impossibilité à commander l’ouvrage. »

 

Bien entendu, la possibilité de l’acheter en tant que particulier est possible – mais le libraire vendrait alors sans aucune marge. « Le problème économique est réel. L’absence de référencement dans les bases de données expose déjà à des difficultés réelles », confirme Guillaume Husson. « Et plus encore, il y a l’aspect politique. Comment imaginer qu’un libraire fasse le jeu d’Amazon de cette manière ? »

 

Or, un point : l’obligation de service du libraire s’accompagne de conditions commerciales spécifiques – que ne propose pas Amazon si l’on devait passer par un compte de particulier. 

 

« Si quelqu’un n’offre pas à un professionnel d’acheter selon les conditions établies par la loi de 81, comment pourrions-nous faire », interroge Benoît Bougerol. Il faudrait alors qu’Amazon ouvre des comptes, en tant que fournisseur, et puisse octroyer une remise – mettons de 30 %. 

 

Excédés, des libraires boycottent
le prix Renaudot et son livre Amazon

 

« À ce titre, les libraires seraient alors libres de pouvoir fournir le service », conclut-il. Se poserait alors la question d’un achat en compte ferme, ou d’un droit de retour, et des modalités de vente. Soit. Mais un comble tout de même, quand on pense que la loi avait été pensée pour prévenir toute forme d'exclusivité...
 

Et Amazon redevient un criminel

 

Toutefois... nous avons par curiosité tenté l’aventure, et décidé d’acheter le fameux livre sur Amazon. Oui, c’est mal, jetez-nous la pierre, PIerre. Or, sans avoir recours au système Amazon Prime, l’ouvrage nous est vendu sans frais de port – précisément ce que la loi du 8 juillet 2014 interdit. 




 

Cette législation interdisait le cumul des 5 % de remise possible avec la gratuité des frais de port. Amazon avait rapidement trouvé la parade, en proposant l’envoi des ouvrages pour 1 centime d’euro. 

 

Et pourtant, sur cet ouvrage, pas de frais de port. « Que l’on parle de livre vendu en impression à la demande ou d’ouvrages traditionnels, la loi est formelle : la vente de livres sur internet ne peut pas s’opérer sans frais de port », indique Guillaume Husson.

 

Cette histoire n’a donc pas fini de faire des remous...




Commentaires

Amazon peut très bien ne pas appliquer de frais de port, s'il n'accorde pas les 5
Quel cirque ! Et c'est naturel...

Parmi les nombreux commentaires on retiendra que l'anonymat favorise certains délires. Ex. dire (avec les fautes d’orthographe en prime !) qu'un livre non accepté par des éditeurs est forcément « de la daube ». Comment le savoir quand il est retourné (à vos frais) sans avoir été lu ? Ou que l’ouvrage riche d’une vie se fait évaluer voire éliminer par des gamins d 20 ans, étudiants en Inde…



Il me semble que la question de fond se cache dans l’expression : un « bon livre » n’est pas forcément un livre qui se vendra à des milliers d’exemplaires. Idem : un livre qui se vend à des milliers d’exemplaires n‘est pas forcément un bon livre. D’ailleurs, qui put définir ce qu’est un BON » livre ? Toute la différence se tient entre un bon livre et un livre vendable à plusieurs milliers d’exemplaires.



Au final, maintenant que nous avons pu libérer notre parole, le temps ne serait-il pas venu de marquer une pause dans la guerre et de se demander : « Comment nous adapter, - chacun à notre niveau - à une situation nouvelle ? ».

Entre personnes de bonne volonté, on doit pouvoir y arriver : il y a de la place pour tout le monde et nous sommes tous capables de trouver la nôtre. En fonction de nos possibles et de nos objectifs. Certain(e)s auteur(e)s ne cherchent ni la gloire ni le prix Machin chouette : ils veulent juste la reconnaissance de leur travail, d’où la justification de petites structures « différentes » (à tous les points de vue !) des mastodontes. La seule règle en effet serait que les prix de vente, soient tous identiques y compris pour la pieuvre… Qui oserait reprocher à un écrivain sans relation (je veux dire « sans piston car cessons de nous voler la face !!!) d’aller se faire publier chez Amazon qui, en plus, lui garantit les ventes…

Eh bien, je vais vous l’avouer, moi qui vous cause…pour ma 25ème parution, et à reculons mais parce que je suis lasse d’attendre, je m’en vais voir comment « ça » fonctionne… Et comme j’assume toujours mes responsabilités, je signe ces lignes de mon nom : Michelle Lemaire.
"Qui oserait reprocher à un écrivain sans relation (je veux dire « sans piston car cessons de nous voler la face !!!) d’aller se faire publier chez Amazon qui, en plus, lui garantit les ventes…"

Vraiment ? Allez donc lire les précédents articles d'Actualitté sur cette polémique, notamment l'interview de l'auteur en question, et vous verrez que cet auteur est loin d'être sans piston wink
Comme annoncé, je viens d'aller voir...

Je vous suggère de vous rendre sur

https://kdp.amazon.com/fr_FR/help/topic/G200635650

et vous comprendrez : qui oserait ne pas succomber ?

D'autant plus que le réseau de vente est immense...
Amazon n'a pas de réseau de vente et ne diffuse pas les livres auprès des libraires. Si vous voulez vendre votre livre à la fois sur Amazon et dans toutes les librairies,testez plutôt :



http://www.leseditionsdunet.com/authentication.php?back=steps.php
Bravo Michelle! Ce que vous dites est très touchant et pertinent.

Envoyer un manuscrit à un éditeur "classique" c'est aussi s'exposer au pillage de votre oeuvre.

Bien des auteurs dans leurs écuries sont en mal d'inspiration. Ils sont talonnés par leurs maisons pour sortir un nouveau bouquin, et là, le livre arrivé par la poste ou par mail d'un auteur inconnu, quelle bonne aubaine! D'autant qu'en France, une procédure pour plagiat coûte une fortune. Il faut s'adresser à des avocats spécialisés. Beaumarchais doit se retourner dans sa tombe, mais c'est ainsi, malheureusement.

Pour contrer le copinage existant chez les éditeurs classiques, les auteurs s'achemineront de plus en plus vers l'auto édition. Il existe bel et bien un marché parallèle pour ces ouvrages. Amazon et autres l'ont compris.

Et chacun de défendre son clocher, mais dans l'histoire c'est encore l'Auteur qui sera le dindon de la farce. Le prix Renaudot ira à un auteur du sérail parisien, et tout rentrera dans l'ordre... jusqu'à ce qu'ils comprennent que: Sans Auteurs, pas de Livre!
"Edilivre" jamais cité dans ces commentaires. Pourquoi ? Il s'agit bien d'auto-éditeurs et les libraires qui vendent leurs productions ont 30
Hm. Mais pourquoi personne n'approche Amazon en direct, en tant que fournisseur, avec une demande d'ouvrir un tel compte?

Sérieusement, je trouve le débat - en dehors de la polimique - assez productif, aussi pour mettre en lumière les changements dans ce métier, et pour identifier enfin, et de facon réaliste, comment réagir de facon professionelle (et non pas émotionelle).
Téléphoner à Amazon, Quelle blague !!! Il faudrait déjà avoir le numéro. Essayez de le trouver et vous verrez que c'est impossible d'appeler Amazon.
Téléphoner à Amazon: Je suppose que l'association des libraires aura ce numéro. Si non, je suis volontaire de le procurer - par Amazon Allemagne (étant basé en Autriche, et non pas en France.)

Travaillant sur ce genre des developments de marchés dans le contexte international, je suis effectivement certain que c'est des débats que nous devons mener à bien.
Mme Lemaire,



Je vous trouve très catégorique quand vous affirmez que les éditeurs ne lisent pas les manuscrits qu'ils reçoivent. Comment le savez-vous ?



Vous reprenez également cette fameuse distinction entre les gros éditeurs parisiens qui auraient oublié depuis longtemps les fondements de leur métier et les structures à taille plus humaine qui seraient seules garantes de la diversité et du renouveau.



Plusieurs points :



- Les grosses maisons d'édition reçoivent des dizaines de manuscrits par jour et ne peuvent pas tout éditer. Elles doivent faire un tri, des choix. Des choix qui collent avec leur politique éditoriale, leur image de marque et des critères certes subjectifs (la qualité du texte) mais nécessaires. Combien de maisons d'édition J.K. Rowling a sollicité avant d'être publiée ?

On râle que les éditeurs publient trop et n'importe quoi (pas forcément à tord, c'est vrai) mais on râle aussi quand ils font du tri. Bande de Français, va !



- Les structures à taille plus humaine font également ce travail de sélection, surtout quand elles publient à compte d'éditeur. Car vous semblez oublier qu'éditer un livre représente un risque financier que toutes les structures ne peuvent pas assumer. Et que l'intérêt des best-sellers que certains méprisent tellement est de fournir la trésorerie qui financera des titres plus ambitieux, plus pointus et qui se vendront peut-être moins.



- Rappelez-moi combien de jeunes auteurs ont été découverts et lancés par des gros éditeurs qui ont donc pris un risque pour défendre des textes en lesquels ils croyaient ? Qui a été le premier à publier la toute jeune Françoise Sagan ? Combien de premiers romans sont parus cette année ? Combien de nouvelles plumes d'aujourd'hui seront consacrées demain ?



Je suis d'accord avec vous : cette histoire a le mérite de lancer un débat intéressant sur l'évolution du monde du livre. Mais avant d'envisager une évolution, il faudrait peut-être maîtriser les bases actuelles et accepter qu'un refus d'un éditeur n'est pas un témoignage de mépris ni une sentence de mort pour un texte. C'est juste un refus.

Et si vous voulez seulement la diffusion et la reconnaissance de votre travail (sachant qu'il serait également bien aimable de votre part de reconnaître le travail des autres), il existe des plateformes de publication gratuites comme Wattpad.



Cordialement.
REPONSE A MARIE



Bon… je prends un coup sur la tête… ce n’est pas grave.

Je ne dis pas « les » éditeurs ne lisent pas les manuscrits, je dis que certains ne les ouvrent même pas. Et j’en ai la preuve. Tout ce que vous dites pour défendre leur cause, je le sais, nous le savons tous. Quant à reconnaître le travail des autres, non seulement c’est mon habitude mais c’est aussi ma règle de vie. Entre nous, je ne vous pas le rapport avec mon point de vue exprimé dans le commentaire qui a déclenché votre réaction... un brin excessive par rapport à mon propos. NB : je constate d’ailleurs avec un petit sourire que votre défense des éditeurs pour intéressante qu’elle soit ne répond à aucun des faits que j’ai cités !



Quand un éditeur à qui vous n’avez envoyé aucun manuscrit, vous envoie la lettre standard, - toujours anonyme – disant que votre manuscrit n’entre pas dans sa ligne éditoriale, que penser ?



Quand, il y a une trentaine d’années, encore journaliste, (et sans ordinateur !), avec un collègue, nous nous sommes amusés à envoyer chez un éditeur un livre qu’il avait publié deux ans plus tôt… Nous n’avons changé que les lieux, les noms de personnages et leur profession. Et… nous avons reçu la même réponse « ne rentre pas dans notre ligne éditoriale »… Je vous évite les blagues qui ont fait le tour de la salle de rédaction…



Ce n’est tout de même pas moi qui ai inventé l’expression « industrie du livre » ?

Je compatis avec vous sur les difficultés du métier d’éditeur… Et je vais vous dire quelque chose : prenez contact avec des éditeurs québécois : vous pourrez tout de suite comparer : respect, courtoisie, délai, tout est mis en œuvre pour manifester de l’intérêt à l’auteur.



Quant à Françoise Sagan, c’était il y a combien de temps ? !



Par ailleurs, il se trouve qu’en plus d’être écrivain, je suis aussi critique littéraire pour un important groupe de presse : je peux vous garantir que parfois, je ne sais comment exprimer ce que je pense d’un ouvrage. Publié chez un ou des éditeurs renommés : je ne parle même pas des copiés/collés à peine déguisés.



Voyez-vous, je pense que c’est tout un système qui est devenu obsolète.

Au lieu de s’acharner sur Amazon et sur certains @ tout droit sortis du niveau réactionnel, mon seul désir était de proposer une piste.

Optons pour le niveau relationnel et posons-nous la seule question qui vaille :

Comment en sommes-nous arrivés là ? Que pouvons-nous faire pour sortir de ce marasme ? On pourrait peut-être se rapprocher d’autres pays pour savoir comment ils gèrent cette situation ?

Je parlais de gens de bonne volonté prêts à se mettre autour de la table et à proposer des pistes, pas de combattants aussi acharnés qu’égocentriques : à quoi servent les guerres ? La tolérance et la bienveillance ne serait-elles pas plus créatives ?



Et le pire dans tout cela, ce qui me rend malade, c’est que…Devinez à qui rend le plus grand service toute cette polémique : à celui que nous condamnons ! Quelle pub pour Amazon !!!



Résultat : alors que j’ai toujours lutté contre la pieuvre, depuis ce matin, je me pose vraiment la question : et si j’essayais ?
REPONSE A LILY

Merci infiniment... Je vous invite à lire ma réponse à Marie, vous aurez sans doute le sourire... Amicalement.
Sorry j'en reviens à mon e-mail antérieur qui n'est pas sorti complet. Si des éditeurs comme "Edilivre" etc qui sont auto-éditeurs et réservent 30% aux librairies, gratuité du dépôt, du retour y parviennent, comment est-ce que la Législation française ou européenne n'impose pas une telle attitude à "Amazon" ?

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