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Affaire Tariq Ramadan : Joann Sfar ne sait pas “qui a encore envie de lire Mediapart”

Antoine Oury - 14.11.2017

Edition - Société - Joann Sfar Tariq Ramadan - Tariq Ramadan Mediapart - Edwy Plenel Joann Sfar


Les plaintes pour agressions sexuelles déposées contre l'islamologue et théologien suisse Tariq Ramadan ont éclaboussé le journal Mediapart et son directeur de la publication Edwy Plenel, accusé de complaisance vis-à-vis de l'intellectuel. Après la une de Charlie Hebdo qui moque le silence présumé de Mediapart et de Plenel, Mediapart a publié ce 13 novembre une tribune de soutien signée par un certain nombre de personnalités - ce qui n'a pas vraiment plu à Joann Sfar.


Edwy Plenel en 2016 (ActuaLitté, CC BY SA 2.0)
 

 

Petit rappel des faits : fin octobre, l'islamologue et théologien Tariq Ramadan est accusé par deux femmes d'agressions sexuelles, des faits qui se seraient déroulés en 2009 et en 2012. Deux plaintes ont été déposées et une enquête préliminaire du parquet de Paris a été ouverte. Dans la foulée des accusations portées contre Ramadan, le directeur de la publication du site Mediapart, Edwy Plenel, a été mis en cause pour sa « complaisance » vis-à-vis de l'accusé, sur la base de participations à des débats avec lui.

 

Sur Mediapart, un des cofondateurs de Mediapart avec Edwy Plenel, François Bonnet, revient sur ces participations à des discussions et sur les accusations portées à l'encontre du directeur de la publication : « Edwy Plenel n’a participé qu’à deux débats en présence de Tariq Ramadan, l’un fin 2014, l’autre début 2015, donc il y a trois ans. Ce sont les seules fois où il l’a rencontré », assure François Bonnet.

 

Le journal Charlie Hebdo, dans son édition du 8 novembre 2017, a moqué le directeur de la publication en titrant : « Mediapart révèle : on ne savait pas », en référence aux nombreuses affaires dévoilées par le journal. Quatre portraits d'Edwy Plenel, façon singes de la sagesse, sous-entendent qu'il a consciemment évité de révéler les agissements de Tariq Ramadan.

 

Ce dimanche 12 novembre, Mediapart a répondu en publiant une tribune de soutien, « En défense de Mediapart et d’Edwy Plenel », signée par un peu plus d'une centaine de personnalités. « Tout doit avoir le droit de se dire, de s’écrire et de se représenter, et cela doit être dit et répété, particulièrement pour Charlie Hebdo. Nous avons aussi le droit d'écrire que la Une de Charlie de cette semaine est diffamatoire, et haineuse », indiquent les signataires de cette tribune. On retrouve notamment parmi eux Jean-Claude Carrière, Carmen Castillo, Dan Franck, Leslie Kaplan ou encore Farouk Mardam Bey.

 

Ce qui a fait réagir Joann Sfar, ce serait la date de publication de cette tribune, ainsi que le nombre de signataires affiché : « C'est de la folie ! Médiapart choisit le jour de la commémoration des 130 morts du 13 Novembre pour faire signer 130 "personnalités"...contre Charlie Hebdo ! Charlie Hebdo qui reçoit sans discontinuer des menaces de mort depuis sa une sur Tariq Ramadan ! Charlie Hebdo dont le crime serait ce coup-ci d'avoir osé rigoler sur Edwy Plenel. Je ne sais pas qui a encore envie de lire Médiapart dans ces conditions. »
 


 

Sauf que le dessinateur s'emporte un peu : l'article de Mediapart a été publié le 12 novembre, et non le lendemain, date de commémoration des attentats du 13 novembre 2015, qui firent 130 morts et 413 blessés. Cela dit, Edwy Plenel a certes bien indiqué sur Twitter un nombre approchant les 130 personnalités, et la version en cache de l'article affiche bien 130 personnalités dans le chapeau — un chiffre malheureux, certes, changé depuis pour 150, le nombre des signataires évoluant également —, mais pas sûr que la symbolique recherchée par Mediapart ait été celle des victimes des attentats...