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Affaires Fillon : le patron de La Revue des Deux mondes mis en examen

Victor De Sepausy - 14.05.2017

Edition - Justice - La Revue des Deux Mondes - Marc Ladreit de Lacharrière - Penelope Fillon affaires


Après dix heures passées dans les bureaux du pôle financier, l’homme d’affaires Marc Ladreit de Lacharrière a été mis en examen. Propriétaire de La Revue des Deux Mondes, il était auditionné dans le cadre de l’affaire de l’emploi soupçonné d’être fictif, de Pénélope Fillon, dans sa rédaction. L’élection présidentielle achevée, le circuit judiciaire reprend son cours.


un vol pour la France
Jeanne Menjoulet, CC BY 2.0
 


Dans le cadre de l’enquête qui porte sur les différents emplois fictifs qui auraient servi de couverture à Penelope Fillon, le magazine littéraire était en première ligne. Après que le couple Fillon a été largement placé sous le feu des projecteurs, voici que Marc Ladreit de Lacharrière a été mis en examen, dévoile le JDD.

 

Critique littéraire de luxe
 

Les révélations du Canard enchaîné fin janvier avaient dévoilé que l’épouse du candidat Les Républicains aurait perçu quelque 100 000 € bruts, pour un poste de conseillère littéraire. Un salaire inimaginable dans ce secteur — ou dans la presse en général — et d’autant plus étonnant que le directeur de la Revue à l’époque assurait n’avoir jamais été en contact avec l’intéressée.

 

Entre mai 2012 et décembre 2013, la compagne de François Fillon avait perçu cette rémunération mirobolante, pour ne produire finalement que deux notes de lectures qui furent publiées dans La Revue des Deux Mondes. Des notes parues sous pseudonyme qui plus est, et finalement assez brèves. 

 

Par la suite, la défense du couple Fillon avait affirmé que Penelope fut également employée comme conseil stratégique, apportant une réflexion destinée à l’évolution du journal. « La revue voyait son chiffre d’affaires baisser chaque année. J’ai donc demandé à quelques amis et personnalités de réfléchir à son devenir, notamment en l’ouvrant vers l’étranger. Penelope Fillon était de ceux-là », avait même expliqué à l'époque Marc Ladreit de Lacharrière — proche de François Fillon. 
 

Les notes de lecture de Penelope Fillon : 3474 caractères et une faute

 

Lors de son audition, ce 12 mai, l’homme d’affaires aura tenté de justifier l’emploi de Penelope Fillon, et « ses explications, à peu de chose près les mêmes que celles qu’il avait tenues devant les policiers dans le cadre de l’enquête préliminaire, n’ont pas fait changer d’avis les trois juges d’instruction », apprend-on. Il aura par conséquent été mis en examen pour abus de biens sociaux.
 

Des versions qui diffèrent...


Âgé de 76 ans, Marc Ladreit de Lacharrière s’est même confié auprès des juges en soulignant, lors de son audition : « J’ai trouvé le choix des ouvrages pour les notes très pertinent, la rédaction un peu moins, mais enfin cela pouvait être publié dans la revue. » Des appréciations que les juges auront certainement goûtées…
 

Le problème vient de ce que les déclarations faites en janvier par le patron étaient fort différentes de celles entendues par les juges la semaine passée. En effet, fin janvier, l’homme d’affaires assurait n’avoir eu connaissance de l’emploi de Penelope Fillon qu’à travers les révélations du Canard. Aux juges, durant l’audition du 12 mai, il affirmait : « François Fillon m’a approché en février, mars ou avril 2012 pour me dire que son épouse cherchait une activité et si j’avais une idée d’emploi ou si je pouvais l’introduire auprès de groupes extérieurs », a-t-il expliqué aux juges.

 

Et d’ajouter : « Penelope Fillon est une femme intelligente, qui a des diplômes d’études supérieures, d’origine anglaise, et je me suis dit que, peut-être, serait-elle utile pour la rédaction de la revue »

 

Les premières conclusions des juges tendent à considérer que le métier attribué à Penelope Fillon serait « un emploi de complaisance ». Rappelons également que début février, une dizaine de fiches de lecture avait été redécouverte « par miracle », tentant d’attester que l’emploi de Penelope Fillon, provoquant une fois de plus l’étonnement de l’ancien directeur, Michel Crépu.

 


 

Outre ce dossier, le patron de la Revue a dû s’expliquer sur un prêt de 50 000 € concédé à François Fillon, et que ce dernier avait confessé à la justice. Outre les émoluments pour ses chroniques littéraires, Penelope Fillon a touché au total un montant de 680 000 € qui couvrent un emploi à l’Assemblée nationale. 

 

À ce jour, l’enquête portant sur les époux Fillon a été plus largement ouverte, pour « escroquerie aggravée, faux et usage de faux ».