Affrontement politico-littéraire : la théorie du genre sévit à Padoue

Nicolas Gary - 12.11.2015

Edition - International - Padoue Italie - théorie genre - livres sexualité


On se souvient que Venise est toujours sous le coup des choix étranges d’un maire décidé à légiférer sur les lectures des enfants. Bien qu’il ait ajouté de l’eau dans son vin, ce dernier n’en a pas moins mis à l’index deux livres, considérés comme insupportables. À Padoue, c’est la même comédie qui est en train de se jouer...

 

Michela Marzano

 

 

La question des livres de genres, distribués dans les écoles italiennes, fait rage une fois de plus. Cette fois, une seule auteure est concernée, Michela Marzano, pour son ouvrage Papà, mamma è gender. Venue présenter son livre au Palazzo Moroni de Padoue, à mi-chemin de Milan et Venise, l’auteure s’est tout bonnement vu refuser l’entrée. 

 

Massimo Bitonci, le maire de Padoue, s’est insurgé de ce que l’on présente des ouvrages qui exposent les enfants à des informations douteuses, clame-t-il. Il a donc interdit que la réunion se tienne dans la salle de l’université, qui dépend de sa ville, au prétexte que l’ouvrage promouvait la théorie du genre. 

 

Initiative désastreuse, estime l’auteure : « C’est encore un autre diktat de Bitonci, qui pue le fascisme », affirme-t-elle, « Un maire ne peut pas se permettre d’empêcher les habitants de profiter des espaces, et cette décision ne lui appartient pas, pas plus qu’à son parti homophobe, raciste et rétrograde. Ce qui se passe depuis des mois dans les villes ressemble de plus en plus à une dictature liberticide, un climat politique et moral consciemment crée par une propagande qui nie la liberté d’expression aux citoyens et étouffe la démocratie ». 

 

Défendre la famille, version parti politique à tendance xénophobe

 

On aura compris que l’auteure n’est pas vraiment en liesse. D’autant que l’enjeu est également politique : Mazano est également députée du Parti démocrate, celui de Matteo Renzi. Auteure, philosophe, et femme politique, elle avait le tiercé gagnant pour déranger le maire qui a tout bonnement « interdit le débat ». 

 

Bitonci se défend pourtant dans la presse, en s’abritant derrière une motion votée par la ville, qui interdit toute promotion de la théorie du genre. Sa mission est de « défendre la famille, pour défendre la communauté », mais sous couvert du droit, la motion elle-même n’en est pas moins contestée.

 

Or, le maire est également membre de la Ligue du Nord, pas spécialement connue pour sa tolérance, à bien des égards. 

 

 

Les soutiens qu’il a donc reçus, on ne s’en étonnera pas, proviennent de sa famille politique, qui salue « le respect de ses engagements, pris durant la campagne électorale ». Comme quoi, il est donc possible de baser son programme sur l’intolérance. La mairie s’est également engagée, dans le cadre du Conseil du 5 octobre dernier, à faire valoir « le rôle de la famille dans l’aspect émotionnel et sexuel ». 

 

Marzano n’en peut plus : « Ils ne savent même pas de quoi ils parlent. J’ai écrit cet essai pour tenter d’expliquer ce qui se trouve derrière la multiplication des études sur le genre. » Et le responsable d’Arcigay, association de défense des homosexuel.l.e.s, Mattia Galdiolo d’enfoncer le clou : « Michela Marzano est une savante de renommée internationale et sa compétence en bioéthique et en philosophie, comme politique, est reconnue. » 

 

Celle qui se prétendait plus ancienne des cités italiennes a-t-elle conservé des mœurs archaïques ?

 

(via Il giornale, Frosinone)