Afghanistan : un étudiant installe des bibliothèques dans les villages reculés

Joséphine Leroy - 14.04.2016

Edition - International - afghanistan bibliothèque - culture association organisation


Matiulla Wesa, étudiant de 22 ans originaire de Kandahar, en Afghanistan, est à l’origine du projet. Il achève sa licence de sciences politiques. Adolescent, il a crée Pen Path, une organisation bénévole qui travaille, à terme, à rouvrir les écoles fermées, principalement situées dans des zones de conflit. Mais avant d’y parvenir, le jeune étudiant a pris l’initiative d’ouvrir des bibliothèques dans des zones reculées, là où les conflits se déroulent le plus souvent. Car Pen Path se tourne avant tout vers les populations pauvres, victimes collatérales de la violence des conflits. 

 

ANSF and ISAF Help Local School Ease Overcrowding

 (DVIDSHUB / CC BY 2.0)

 

 

Les populations en question, exclues du monde culturel, n’ont pas la chance d’accéder aux livres. C’est pour réparer cette injustice et donner un moyen aux populations de sortir de la guerre que le jeune Matiulla Wesa a crée la bibliothèque de Panjwai. 

 

Une population exclue, un accès à la culture bouché 

 

Panjwai, qui se trouve dans la province de Kandahâr, a été le lieu de nombreux conflits. Dans les années 1990, les talibans l’ont choisi comme fief. Depuis, dans le pays, les conflits entre les talibans, le gouvernement afghan et les troupes américaines ont rendu précaires les conditions de vie des populations résidant dans ce type de villages. Le district de Panjwai est directement touché par la guerre. 

 

La corruption généralisée a aussi affecté le village. La plupart des écoles répertoriées sur les budgets publics ne fonctionnent pas et sont même parfois inexistantes : ce sont des « écoles fantômes ». Elles permettent à l’administration de s’enrichir sans délivrer de service. « Le problème, c’est que les efforts ont trop été concentrés sur les villes », analyse Matiualla Wesa. « Nous devons revenir au village. Si la bibliothèque se trouvait en ville, nous aurions 100 visites par jour. À mon avis, les 5 visites au village valent bien plus que les 100 en ville », poursuit-il.

 

Le village plutôt que la ville 

 

La bibliothèque de Panjwai, qui se situe dans le sud de l’Afghanistan, a été ouverte en juillet. En un mois, elle avait reçu 24 visiteurs, selon Muhammad Nasim Haidary, qui gère la bibliothèque et dont la famille est propriétaire de la maison devenue bibliothèque. La nouvelle bibliothèque met à disposition 1.600 livres et magazines.  

 

Tout n’est pas rose pour autant. Un jour, deux lectrices ont interpellé les femmes de la famille Haidary provoquant une légère polémique : rendre public un nom féminin est généralement mal vu dans la société afghane. La règle implique que les femmes qui empruntent des livres n’ont pas le droit de s’inscrire dans le registre, ce qui complique évidemment la gestion des prêts de la bibliothèque. Même si les femmes choisissent un pseudonyme, il est très difficile pour Muhammad Haidary de se souvenir de l’identité de chacune. 

 

Cette année, Pen Path a fait l’objet d’une campagne nationale sur les réseaux sociaux, dans le but de collecter les ouvrages nécessaires à l’approvisionnement de bibliothèques installées dans des provinces reculées. Matiulia Wesa a récolté 20.000 livres via les réseaux sociaux. Il a avant tout misé sur une communication soignée, prenant en compte la soif de reconnaissance sociale de certains afghans. Pour chaque don d’argent, une image et un mot de remerciement sont adressés au contributeur. 

 

7 bibliothèques ont été créées en tout. Matiualla Wesa prévoit d’en ouvrir davantage. Il souhaite mobiliser plus de bénévoles à travers le pays. 

 

(via The New York Times