"L'édition en Afrique a besoin d'une forte volonté politique de soutien"

Nicolas Gary - 22.06.2015

Edition - International - Afrilivres éditeurs - marché scolaire - volonté politique


En marge d’une série d'ateliers autour du développement numérique des éditeurs francophones africains, ActuaLitté a rencontré le président de l’association Afrilivres, Abdoulaye Fodé Ndione. Poète et nouvelliste, il s’est engagé dans différents organismes littéraires du Sénégal, mais également à travers Abis Éditions, sa maison. 

 

Abdoulaye Fodé Ndione Afrilivres

Abdoulaye Fodé Ndione - ActuaLitté CC BY SA 2.0

 

 

Fondé avec l’appui de l’Alliance internationale des éditeurs indépendants, Afrilivres est un collectif réunissant 33 éditeurs, à travers 13 pays d’Afrique. L’association a été créée au Sénégal en 2002, et elle tente de répondre aux problématiques des maisons à travers le continent. 

 

C’est au cours du dernier sommet de l’OIF qu’Abdoulaye Fodé Ndione a été élu à la présidence, succédant à Marie-Michèle Razafintsalama, fondatrice de la maison Prediff — jeunes malgaches. 

 

« Comme tous les collectifs littéraires, Afrilivres a pour mission de promouvoir le livre africain, parce que les éditeurs, ici, rencontrent avant tout des problèmes de diffusion. Ils se posent doublement : à travers le continent, mais également vers l’extérieur », précise le président d'Afrilivres.

 

Pour résoudre cet enjeu crucial, l’association sollicite toutes les compétences des éditeurs, autant que les différents partenaires. « Ce sera l’Alliance, dans le développement des capacités, ou l’OIF et plus récemment, avec les organisations régionales africaines, qui ne connaissaient pas nos actions. » Sensibilisées, ces dernières vont désormais s’engager « dans l’aventure du livre africain ».

 

Après un lancement difficile, Afrilivres connaît un regain d’intérêt. « Depuis la présidence de Marie-Michèle [Razafintsalama, NdR], les éditeurs ont compris que nous avions tous besoin d’une corporation, et de nous y retrouver pour apporter des solutions à chacun. » Le recrutement passe avant tout par une confiance à affirmer, auprès des éditeurs qui ne sont pas encore membres. La grande complexité vient avant tout de réunir sous une bannière commune des maisons venant de territoires parfois éloignés de plusieurs milliers de kilomètres – pour ne pas dire des dizaines de milliers.

 

Cependant, tous se retrouvent autour de difficultés communes, la principale restant la diffusion. « Nous fabriquons des ouvrages, et nous ne parvenons pas à les vendre, ou les placer dans des lieux où ils auront la visibilité nécessaire. Nous devons parvenir à porter nos ouvrages par delà nos frontières. Ce que nous avons en commun, ce sont justement ces problèmes communs... »

 

Si l’Afrique ne dispose que d’un lectorat restreint, l’accès aux œuvres n’aide pas à ce que le marché se développe. « Par conséquent, nous avons aussi des difficultés à proposer des ouvrages dans les langues africaines. » Le Sénégal compte parmi les pays précurseurs de programmes tournés vers les langues nationales. « Il y a des vides à combler, mais déjà, en français, beaucoup d’obstacles se posent. »

 

Le marché africain francophone peut se comprendre comme suit : dans chaque pays, deux ou trois grandes maisons, occupent la plus grande place. « Autour, les petites maisons sont plus en danger. Nous avons, pour les défendre, besoin d’une volonté politique propre à chaque pays. Que les gouvernements sachent que le secteur de l’édition doit être soutenu. »

 

Le marché scolaire, nerf de la guerre

 

Au Sénégal, un fonds d’aide a été mis en place, par le gouvernement et à travers le ministère de la Culture. Mais les besoins sont plus larges, et « ce fonds n’aide qu’un peu. En Côte d’Ivoire ou au Niger, les aides passent par le livre scolaire, qui représente un véritable soutien ». Et pour cause : là où la littérature de fiction dépend d’un public privé, le livre scolaire découle de financements gouvernementaux, et d’assurance, pour l’éditeur, de revenus fixés.

 

« Des aides pour développer la littérature générale sont indispensables, pour aider les maisons ; cela découle d’une politique publique forte, et une volonté politique que les pays, qui facilitera la circulation du livre au sein des frontières, et au-delà. J’ai pu moi-même constater qu’à l’occasion d’une exposition sur le Sénégal, à Ouagadougou [Burkina Faso, soit 2300 km, NdR], il ne se trouvait que deux ouvrages. L’un des deux était même un classique de notre littérature sénégalaise. »

 

L’enjeu n’est donc plus celui d’une production nationale, « les éditeurs y ont longuement travaillé, et trouvent des auteurs originaux. Leur difficulté, désormais, c’est de faire connaître ce qu’ils ont réalisé ». 

 

Antoinette Correa, présidente de l’Association des éditeurs sénégalais, l’expliquait justement : l’édition doit lutter contre la captation des marchés « par des lobbies internationaux de l’édition francophone ». Elle évoquait en effet l’énorme importance du marché scolaire, pour les éditeurs locaux. Alors quels sont les moyens à la portée des maisons ? « Dans le domaine scolaire, tout est tellement organisé que n’importe quel éditeur francophone peut venir sur le marché africain. La réponse ne peut alors qu’être politique, à l’image de ce que la Côte d’Ivoire a instauré. Le pays s’est ouvert aux éditeurs étrangers, tout en conservant une part du marché, dédiée aux éditeurs locaux. »

 

On ne mesure pas mieux qu’en Afrique l’importance du segment scolaire pour assurer la pérennité des éditeurs francophones. « Les éditeurs sénégalais se battent, mais nous n’avons pas résolu nos problèmes. Nous ne pouvons pas donner l’exemple. En Côte d’Ivoire, le ministre Maurice Bandaman a fait beaucoup, et le pays est maintenant très en avance. L’édition reste la garante, parce qu’elle est une grande bibliothèque, des valeurs d’un pays – tout en participant au développement du savoir. »


Pour approfondir

Editeur : Cyr
Genre : contes et légendes
Total pages : 216
Traducteur :
ISBN : 9791090497030

Contes du Sénégal

de Marc Koutekissa

L'enfant qui voulait découvrir la vie.

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