Afrique du Sud : l'édition aux prises avec le gouvernement

Antoine Oury - 04.05.2015

Edition - International - Afrique du Sud - édition éditeurs - Mpuka Radinka


L'Union internationale des éditeurs (UIE, IPA en VO) a demandé au directeur exécutif de l'Association des éditeurs d'Afrique du Sud, Mpuka Radinka, de réaliser un premier bilan du marché pour l'année 2014. Les résultats sont plutôt encourageants, avec une consolidation de l'industrie, mais des fragilités demeurent, notamment dans le secteur de la littérature adulte. Et les dernières mesures gouvernementales, qui portent sur l'éducation, inquiètent.

 


Cape Town / South africa

Cape Town (guillaume inconito, CC BY 2.0)

 

 

Le panorama de l'édition sud-africaine s'organise dans un contexte un peu chaotique, alors que le rand (1 € équivalent à 13 R) a été considérablement dévalué en 2013 et 2014. Le directeur exécutif de la Publishers » Association of South Africa (PASA), qui rassemble quelque 150 maisons, se dit satisfait du bilan provisoire de l'année 2014, mais cite celui de 2013, avec une croissance de 16,6 % du chiffre d'affaires, ventes papier et numérique confondues.

 

Néanmoins, « il existe de fortes disparités au sein du marché », relève Mpuka Radinka : si l'édition pédagogique est toujours le pilier de l'industrie sud-africaine et affiche une croissance de 26 %, les revenus de l'édition commerciale chutent de 2,6 %, et ceux de l'édition académique de 5 %, pour l'année 2013. L'édition jeunesse s'en tire bien, avec une croissance de 9,4 %, mais le marché adulte est particulièrement en peine : avec — 19 %, la chute est violente.

 

Dès le mois de novembre 2014, l'Association des éditeurs d'Afrique du Sud, avec le soutien de l'IPA, alarmait la communauté internationale d'une mesure gouvernementale en préparation. Jusqu'à présent, 8 manuels scolaires par matière et par niveau pouvaient bénéficier du label de l'État, mais la ministre de l'Éducation primaire, Angie Motshekga, a reçu une proposition qui pourrait réduire ce nombre à un seul et unique manuel, par matière et niveau.

 

Visiblement, cette proposition est toujours d'actualité, et Mpuka Radinka le rappelle : porter atteinte au secteur de l'éducation pédagogique pourrait fragiliser l'industrie de l'édition du pays. « Les éditeurs pédagogiques comptent pour 66 % du chiffre d'affaires de l'industrie de l'édition sud-africaine », souligne-t-il.

 

L'édition académique se débat également avec les institutions du pays : « Les établissements d'éducation supérieure n'achètent pas les manuels, car ils les trouvent trop chers, même si la raison derrière ce prix est l'import », déplore Mpuka Radinka, qui en appelle au gouvernement pour réduire le coût des ouvrages à l'achat.

 

De la même manière, une collaboration entre l'industrie de l'édition et le ministère de l'Éducation doit être finalisée en 2016 autour de l'acquisition de matériels pédagogiques numériques par les établissements scolaires. La part de marché du livre numérique reste encore faible, à 0,8 %, largement constituée par le matériel pédagogique.