Afrique du Sud : la 'loi du secret' ne fait pas taire les écrivains

Clément Solym - 08.06.2012

Edition - International - JM Coetzee - Nadine Gordimer - loi du secret


Par un geste qualifié d'« érosion sans justification du droit à l'information en Afrique du Sud » par la Fondation Nelson Mandela, le Congrès national africain (ANC) a promulgué le « Secrecy Bill », une loi qui punit jusqu'à 25 années de prison un journaliste en possession, ou qui révélerait, des secrets d'État.

 

JM Coetzee, auteur de Michael K, sa vie, son temps ou Disgrâce, accessoirement Prix Nobel de Littérature et double lauréat du Booker Prize, né à Cape Town, s'est exprimé par email et a vivement condamné la décision du Congrès national africain : « Le projet de loi est ouvertement destiné à rendre la vie difficile pour les journalistes d'investigation obstinés, et plus généralement à sauver des bureaucrates incompétents ou corrompus de révélations embarrassantes. »

 

Censorship

 

Dès le 23 novembre, date à laquelle la loi devait être présentée à l'Assemblée nationale, les opposants à la loi s'étaient manifestés. Parmi eux, le Club national de la presse et son président Yusuf Abramjee, qui déclarait : « Nous appelons le gouvernement à assurer qu' à ce stade avancé du processus, il portera des modifications à cette loi, dont une clause sur la défense de l'intérêt public. » La présentation de la loi a finalement été reportée au mois de juin, sans que son aspect liberticide ne soit pour autant remis en cause.

 

Nadine Gordimer, dont les ouvrages furent censurés pendant l'apartheid, s'est également engagée dans le combat contre l'adoption du « secrecy bill » : « Trois de mes livres furent bannis. Ce qui se passe n'est rien d'autre qu'un retour à la censure de l'apartheid, sous une nouvelle forme. »

 

Elle craint, tout comme Nic Dawes, l'éditeur du Guardian et de South Africa's Mail, que l'adoption de la loi revienne à dire aux autres régimes africains : « Regardez, ils le font même en Afrique du Sud, donc il n'y a aucune raison qu'on ne le fasse pas ici. » C'est alors la liberté d'expression du continent tout entier qui serait menacée.


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