Afrique du Sud : Les Noirs ne lisent pas, point barre

Clément Solym - 14.09.2010

Edition - Société - lecture - afrique - sud


L'Afrique du Sud, grandement mise à l'honneur durant la Coupe du monde de football, a décidé de profiter de l'occasion pour faire revivre un festival littéraire jusqu'à lors oubliée. Voire abandonné.

Mais dans les colonnes du Sunday Times of South Africa, un journaliste a mis les pieds dans le plat. Sihle Khumalo, métis de peau, soit dit avant que l'on ne le taxe de racisme, la géolocalisation s'y prêterait, fait le point : dans un pays comptant 50 millions de personnes, un livre, pour être considéré comme un best-seller, doit vendre 5000 exemplaires. « Cela ne peut signifier qu'une seule chose : les Sud-Africains - parmi lesquels 90 % sont noirs et environ 95 % d'entre eux Africains - ne lisent absolument pas. »

Musique, film, oui... Des livres ? Bof

Évidemment, la conclusion provoque, choque et suscite l'indignation. Mais le journaliste ne s'arrête pas là : « Allez dans n'importe quel foyer noir et vous trouverez beaucoup plus de cassettes de musique, de CD, de DVD, et dans une poignée d'entre eux, quelques livres généralistes. Cela inclut, par ailleurs, les noirs des banlieues. L'absence de lecture est un truc de noirs, indépendamment du lieu où vous habitez. Il est plus à la mode d'avoir des tonnes de musiques que d'être vraiment chargé de savoir. »

Et d'ajouter que la seule librairie de Soweto, la plus grande de la partie noire de la ville, avait fermé ses portes pour un manque de fréquentation.

L'histoire d'une nation qui ne lirait pas

Comme pour lui donner raison, le journal Sowetan raconte cette légende qui veut qu'un ambassadeur en visite dans une école aurait caché un billet de 100 rands [NdR : soit 10 €] dans un roman pour savoir si on le trouverait. De retour quatre mois plus tard, l'argent n'avait pas quitté le livre. Le livre n'avait pas été ouvert. Damnation...

La question de l'alphabétisation en Afrique du Sud se poserait donc en des termes particulièrement précaires. Et le pays ne semble donc pas particulièrement propice à la mise en place d'un festival littéraire, dans ces conditions. Pourtant, après plus de dix années d'oubli, le week-end dernier, s'est bien tenu ce que l'on peut considérer comme une foire du livre. Avec pour thématique Being here now: South Africans in 2010. Si la moitié des rendez-vous tenaient plus lieu de conférence politique et que les livres n'avaient définitivement pas la place centrale dans cette manifestation.

Avec toujours trois grands thèmes, dont le pays semble ne pas sortir, déplorait l'économiste Moeletsi Mbeki, colonialisme, apartheid et racisme.

Toutes les excuses possibles

Dans son papier, Sihle ajoutait que la lecture n'est pas un besoin fondamental chez les noirs. Aussi longtemps qu'une partie de la population aura comme questions essentielles Où vais-je dormir, comment vais-je manger aujourd'hui, la dernière qui leur viendrait à l'esprit sera bien Que lire ?

En outre, la plupart des ouvrages publiés ne résonnent pas vraiment avec le public. S'il s'agit plus d'une excuse que d'une raison, estime le journaliste, impossible toutefois de la négliger. Et si tant est qu'un ouvrage écrit par un noir, parlant des noirs, vînt sur le marché, les Sud-Africains n'auraient probablement même pas connaissance de son existence...

Pour un Nelson Mandela, combien de fans de foot soufflant dans des vuvuzelas, chose tout de même bien plus simple. Quoique plus fatigante... Pourtant, conclut-il, si le passé de l'Afrique du Sud est loin d'être idéal, il existe cependant une chose à faire pour le rompre : lire des livres.