Agent littéraire en France : touche pas à mon numérique

Clément Solym - 06.10.2010

Edition - Société - droits - numeriques - edition


Tout le monde a pu y lire ce qu'il voulait, mais le manifeste lancé par le Syndicat national de l'Édition avait clairement pour vocation de cibler l'initiative de l'agent Wylie et décourager ceux qui en France, envisageraient de faire de même.

Petit rappel : Andrew Wylie a de grosses pointures au catalogue. Il décide alors de vendre leurs titres en version ebook, avec une exclusivité accordée à Amazon. Colère noire de l'éditeur qui se fait couper l'herbe sous le pied. Mais malgré ce tour de force, la maison spoliée retrouvera une partie de ses droits sur les ebooks. Sauf que la question est désormais posée... comment appréhender les droits numériques ?

Manifeste (je, il, elle, on)

Le SNE a répondu avec un manifeste affirmant que les droits appartiennent à l'éditeur et que les agents qui auraient des velléités de s'y frotter risqueraient bien de s'y piquer... « Les droits électroniques sont des droits principaux au même titre que les droits de l'édition papier dont l'exploitation revient naturellement à l'éditeur, l'édition numérique empruntant notamment la “valeur ajoutée” du travail éditorial réalisé pour le livre papier. » (notre actualitté)

Bien renseignés, nos confrères du Bookseller posent la question différemment : en quoi l'initiative d'Andrew Wylie a-t-elle pu provoquer une telle secousse ? Après tout, les agents ne sont pas légions en France, les acteurs du numérique, plutôt sous contrôle et les revendeurs en mesure de jouer le rôle d'Amazon, assez peu nombreux...

La véritable angoisse

Depuis juillet, date à laquelle l'agence Wylie a attaqué frontalement l'édition avec sa maison numérique, quatre éditeurs français auraient tout simplement coupé les ponts avec l'agent. Parmi elles, Gallimard, qui, selon les informations de nos confrères, représenteraient 50 % des droits vendus en France par l'agence. « Nous avons été choqués que Wylie ait donné l'exclusivité à Amazon, et considérons que c'est un conflit d'intérêt [...] totalement inacceptable », explique Antoine Gallimard, patron des éditions éponymes et président du SNE.

Olivier Cohen, interrogé, estime pour sa part qu'il était temps que l'édition prenne position sur la question. On connaît cependant les réticences de certaines maisons à traiter avec des agents, qu'Olivier Cohen admet, tout en soulignant que la lettre ouverte, avec appel à pétition, n'avait rien d'une attaque directe. L'idée était simplement de rappeler que les droits numériques doivent rester dans les mains des éditeurs...

Dans certaines circonstances, on aurait appelé cela marquer son territoire. Chacun sa méthode.