Agent littéraire vend peau de l'auteur, sans même avoir à le tuer

Nicolas Gary - 15.02.2014

Edition - Economie - édition à compte d'auteur - autopublication - agents littéraires


L'argent n'a pas d'odeur, c'est connu. Et les agents littéraires sont tous des pourris, c'est aussi notoire. En tout cas, pour Nicola Solomon, directrice générale de la Britannique Société des auteurs, apprendre que des agents offrent des informations sur les éditeurs, contre une rémunération fournie par les auteurs potentiels, ça vous a des relents de royaume bien putrescent. Une polémique qui est partie d'un courrier dont les gloses n'ont pas fini de faire couler de l'encre. 

 

 

publishing failure

swanksalot, CC BY SA 2.0

 

 

L'agence Futerman, Rose and Associates a fait parvenir à un auteur une lettre signée de Guy Rose, l'un des fondateurs, donc. On y trouve deux solutions de publication : l'une par l'intermédiaire d'une société qui pour 950 £ se charge de la commercialisation Kindle. L'autre, par un éditeur qui demande 4500 £ pour la commercialisation, remboursables, dès lors que les 2000 exemplaires seront atteints. 

 

Ces pistes n'entrent manifestement pas en violation avec le code déontologique de l'Association of Authors' Agents, mais font tout de même jaser. Guy Rose s'en est tout de même défendu : personne dans son agence ne tente d'escroquer les auteurs, en les faisant payer pour avoir des informations, quelles qu'elles soient. Et Sam Edenborough, président de l'AAA renchérit : les modalités de travail entre agent et auteurs sont contractualisées, mais respectueuses. 

 

Si auparavant, l'idée qu'un auteur paye pour voir son livre fabriqué pouvait encore avoir du sens, le spectre actuel des offres permet de ne pas tomber dans cet écueil. Et les alternatives sont effectivement nombreuses. 

 

Mais pour la SoA, on trouve encore « beaucoup de gens qui approchent des agents sont vulnérables, non informés et ont besoin de conseils ». Quand on est soucieux de publier un manuscrit, on en vient assez rapidement à se laisser mener par le bout du nez - et croire que des arrangements comme payer pour avoir des informations, fait partie des habituelles règles de fonctionnement. 

 

Heureusement, les agents n'agissent pas encore comme des avocats, et de faire payer les consultations.

 

Reste que la directrice exhorte les auteurs à demander aux agents si, quand ils renvoient vers tel ou tel service payant, ces derniers n'ont pas un intérêt commercial, ou un lien avec l'entreprise. Mais surtout, de parvenir à définir avec l'agent quels sont les services liés à l'autoédition dont ils peuvent avoir réellement besoin. « Dans tous les cas, je vous conseille vivement de ne pas laisser de place à un agent dans un processus d'autopublication », assure Salomon.

 

Vanity des Vanity et tout est Vanity (publisher)

 

Tout ce discours devrait être mis en parallèle avec les propos récents de Hugh Howey, sur l'évolution de l'autopublication, et la révolution qui est en cours. Le romancier expliquait que les éditeurs « ont besoin de commencer à traiter l'écrivain et le lecteur mieux que cela, sinon ils ne survivront pas ». Mais, si son approche concernait les éditeurs, et le manque de conscience devant le phénomène éditorial, et les mutations liées à la commercialisation numérique, nul doute qu'il serait tout aussi pertinent sur la question des agents peu scrupuleux. Ainsi, on pourrait copier l'idée et assurer que les agents « ont besoin de commencer à traiter l'écrivain mieux que cela, sinon ils ne survivront pas ». 

 

Outre-Manche, et outre-Atlantique, on parle des ‘vanity press' ou ‘vanity publisher', pour désigner les sociétés qui font payer les auteurs - ce que l'on appelle maladroitement, en France, la publication à compte d'auteur. L'auteur va acheter l'impression d'une centaine d'exemplaires, quelques services de mise en page, et dans le meilleur des cas, un peu de relecture. Mais l'ensemble sera facturé pour un montant absolument scandaleux - et les prestataires sur ce créneau sont connus et légion. 

 

À la différence près que, contrairement à un véritable contrat d'édition, l'auteur conserve bien entendu ses droits. Mais outre la vingtaine d'exemplaires que peut recevoir le signataire d'un pareil accord, les livres ne lui appartiennent pas, et en somme, il offre à cette société le luxe de faire encore plus d'argent sur son dos. C'est bien là ce que ne comprennent pas encore certains des acteurs français - suivre mon regard, il y mène tout droit. En passant par les modèles d'Amazon, Kindle Direct Publishing, personne ne paye quoi que ce soit pour que le livre soit commercialisé en version numérique ET papier, grâce à l'impression à la demande.

 

Ce que cette fumeuse histoire révèle, c'est qu'une fois de plus on voit le monde changer, mais que certains rapaces n'ont pas envie que le magot leur échappe. Et que, dans le même temps, toutes les évolutions, celles qui vont dans le bon sens, sont encore loin d'être assimilées.