Rentrée littéraire : La fashion week des libraires

Agression d'un libraire à Argenteuil : 'Il ne faut jamais céder' (Charb)

Nicolas Gary - 12.07.2013

Edition - Librairies - librairie d'Argentueil - agression - Charlie Hebdo


Argenteuil semble en proie à un étrange mouvement. D'un côté, il y eut cette agression de deux jeunes femmes voilées, voilà un mois. Agressées, parce que voilées, donnant l'occasion aux associations de parler de « montée de l'islamophobie ». De l'autre côté, cette information qui aujourd'hui fait le tour des rédactions : un libraire agressé pour avoir mis en avant le livre de Charb. Et la plainte qu'il a déposée contre des jeunes qui se revendiquaient de l'islam...

 

 

 

 

L'agression du libraire s'est déroulée à 16h ce 10 juillet. Dans les faits, la veille, le libraire avait tout d'abord placé le tome 2 de La vie de Mahomet dans sa vitrine. Une première altercation intervient, et il décide de retirer le livre. Mais après réflexion, l'ouvrage revient à sa place. C'est à ce moment que le groupe frappe avec violence sur la vitrine. Le lendemain, le libraire ouvre, enlève l'ouvrage de la vitrine, mais place la Une de Charlie Hebdo 

 

Livre ou journal, même traitement

 

Selon une source citée par l'AFP, ces jeunes lui auraient « demandé de retirer le numéro de son kiosque, ce qu'il a refusé. Ils l'ont intimidé en frappant sur la vitrine du magasin, mais il n'y a pas eu de coups ». Une demi-dizaine de personnes s'est alors rassemblée devant son magasin, promettant de détruire la vitrine, quand ils ont découvert la fameuse couverture du livre. En outre, se trouvait la Une de la semaine du journal, titrant, avec subtilité, 'Le Coran c'est de la merde, ça n'arrête pas les balles'.  

 

Le libraire poursuit : « L'un des jeunes a alors arraché Charlie de la vitrine, l'a déchiré sur le trottoir. Il est revenu avec deux-trois copains et m'a dit "sale pute, on va te faire la peau. Je fais mon métier et je n'ai pas l'intention d'en changer. » La Une sera arachée de la vitrine et le libraire de la Librairie du Mail, contacte alors la police, qui le fera sortir de sa boutique sous escorte, pour l'amener jusqu'au commissariat. L'établissement a, en parallèle, été placé sous surveillance policière.

 

Lors de la publication du premier tome de La vie de Mahomet, Charb avait expliqué à ActuaLitté : « Si des gens veulent être choqués, ils seront choqués, mais ce n'est pas fait pour choquer », expliquait Stéphane Charbonnier, alias Charb, promet que l'on peut parler sérieusement de l'islam et de Mahomet. « Cette tradition qui veut que Mahomet ne soit pas représenté, c'est juste une tradition. Ce n'est absolument pas écrit dans le Coran », alors pourquoi ne pas lire cet ouvrage, comme on peut le faire avec les histoires de la vie de Jesus. 

 

« On peut rire de l'islam et les musulmans sont prêts à rire d'eux-mêmes aussi. Sauf qu'à les considérer à chaque fois comme des handicapés du rire, on ne fait pas du tout le jeu de l'islam en France, l'islam apaisé, on fait le jeu des extrémistes, en pensant que tous les musulmans vont réagir comme les extrémistes », jure pourtant le directeur de Chalie Hebdo. Et d'ajouter : « Il faut arrêter d'avoir peur, plus on a peur de l'islam, plus l'islam fera peur. » 

 

Najat Vallaud-Belkacem porte-parole du gouvernement était d'ailleurs intervenue, précisant qu'elle n'avait toutefois pas lu le livre : « Moi je crois qu'on est dans un pays où il faut toujours veiller à un juste équilibre entre la liberté d'expression et le respect de l'ordre public, la nécessité de ne pas jeter de l'huile sur le feu. »

 

 

Ce qui m'emmerde, c'est que c'est la partie émergée de l'iceberg.

Par crainte ou idéologie, on sait que des libraires ou des kiosquiers

ne mettent pas le journal ou le livre en vitrine. - Charb

 

 

ActuaLitté a joint Charb par téléphone. « Ce qui m'emmerde, c'est que c'est la partie émergée de l'iceberg. Par crainte ou idéologie, on sait que des libraires ou des kiosquiers ne mettent pas le journal ou le livre en vitrine. Certains libraires nous alertent d'incidents de ce genre, mais combien se taisent ?Ce libraire, avec qui j'ai pu discuter, il revendique sa position et Charlie Hebdo va le soutenir dans son action et sera solidaire de sa plainte, mais je n'en veux pas pour autant à ceux qui ont peur. La peur, cela ne se maîtrise pas. »

 

 

 

 

Et de nous raconter que, voilà un an et demi, un libraire avait vu débarquer dans sa librairie une personne qui s'était emparée des exemplaires de Charlie qui étaient présents, pour les brûler à l'extérieur de la boutique. L'incendiaire avait été arrêté par la suite.

 

« Ce qui est problématique, c'est que les gens s'arrêtent au titre, et même à la moitié du titre », poursuit Charb, en évoquant la Une de Charlie. « On avait connu la même chose, en 2006, quand on avait titré avec Mahomet en larmes disant "C'est dur d'être aimé par des cons". Là encore, en aucun cas les gens ne prennent le temps de lire la suite, ou d'intégrer le texte dans l'ensemble de la Une », déplore-t-il.

 

La Une de cette semaine, représentant un frère musulman troué de balles, avec un Coran qui tente de les stopper n'est pas une provocation. « Ces balles, ce n'est pas nous qui les tirons, ce sont les militaires égyptiens. Écrire ‘Le Coran c'est de la merde', ce n'est pas un slogan, ce n'est pas drôle en soi. Mais regarder la suite, comprendre qu'il s'agit du coup d'Etat des militaires, ça demande un petit effort... J'en ai tout de même ras le bol de faire un journal pédagogique pour débiles mentaux. Nous n'avons jamais cédé sur cette question. Il ne faut jamais céder. »

 

Accusé à de multiples reprises de faire ses Unes sur l'islam avec des titres provocateurs, Charb rétorque: « Ce n'est même pas vrai. Aujourd'hui, les polémiques durent de moins en moins longtemps. Et l'on ne traite pas de l'islam pour faire des ventes, parce qu'à chaque couverture, les pics de vente sont de moins en moins significatifs, et c'est tant mieux. »

 

 Nous ne sommes pas parvenus à contacter le libraire.