Agression sexuelle : 18 femmes dénoncent un proche de l'Académie Nobel

Nicolas Gary - 25.11.2017

Edition - International - Nobel prix littérature - agression sexuelle Nobel - prix nobel agression


Personne ne doutait que tous les secteurs de la société seraient concernés et que seraient exposés des témoignages de femmes sexuellement agressées. En Suède, l’Académie Nobel est sous le feu de l’actualité, après que 18 femmes ont accusé une personnalité centrale de l’organisation. Agression et harcèlement sexuels, de quoi éclabousser la prestigieuse institution. 

 

Nobel Museum
Michael Coghlan, CC BY SA 2.0

 

L’homme en question, directeur artistique d’un club littéraire situé au centre de Stockholm, entretien des liens étroits avec l’Académie qui élit chaque année les prix Nobel. Les différents témoignages de ces femmes pointent des incidents qui sont survenus dans des appartements qui appartiennent directement à l’Académie suédoise. 

 

Pour tenter de maintenir la polémique à distance, le directeur Lars Heikenstein assure que l’homme ne prendra pas, cette année, part au banquet annuel de l’Académie. L’organisation a également décidé de couper toutes relations avec le directeur artistique. Son nom n’a pas été communiqué dans la presse, mais assez rapidement, la personne a été identifiée. Et pour les femmes qui dénoncent ses multiples agressions, ce dernier se verrait « comme le dix-neuvième membre de l’Académie ».
 

Humiliations et comportements dégradants

 

Elles sont ainsi 18 à avoir rapporté le comportement de l’homme, dont l’établissement est une scène légendaire, connue pour ses lectures littéraires, mais également des rencontres universitaires, et des spectacles musicaux — jazz ou classique. L’établissement est par ailleurs financé en immense partie par des fonds publics. 

 

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Son comportement de prédateur sexuel se serait exercé durant plusieurs années, attestent les femmes — entre 1996 et 2017, assurent-elles. Mais dans la sphère culturelle suédoise, on fait état d’événements similaires depuis le début des années 80. 

 

L’une des femmes est Gabriella Håkansson : elle raconte sa rencontre en 2007, lors d’une soirée. En quelques instants, affirme-t-elle, sans qu’il n’y ait eu ni flirt ni incitation, l’homme aura passé sa main dans son entrejambe, cherchant le sexe de l’auteure. Gabriella Håkansson affirme l’avoir giflé et avoir quitté l’endroit : autour d’elle, des commentaires désapprobateurs, mais aucune intervention.

 

Ce récit n’est que trop représentatif d’une attitude par laquelle ce directeur littéraire entendait manifestement faire état de son pouvoir sur les femmes qu’il rencontrait. 

 

Des enseignants de l’école Biskops-Arnö, de Stockholm, alertés de ce que des étudiantes avaient été victimes de l’homme, à l’occasion d’une soirée, se sont montrés scandalisés. « Ceci est inacceptable. Nous considérons qu’il est impossible de poursuivre notre coopération avec le Club, en dépit de cette belle soirée », écrivent-ils.

 

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L'Académie Nobel très embarrassée
 

L’homme avait alors nié, mais à la lumière de la campagne #metoo, par laquelle des milliers de femmes sur les réseaux sociaux ont fait part d’une expérience d’agression sexuelle, l’affaire a pris un nouveau tour. Cependant, aucune des 18 femmes n’a signalé à la police les actes de ce directeur : elles avancent des raisons diverses, mais la honte reste largement avancée.

 

En dépit des demandes, l’homme a refusé de répondre aux demandes de la presse suédoise, mais Lars Heikenstein, directeur de la fondation Nobel, évoque « une situation terrible ». Bien entendu, poursuit-il, tout le monde doit comprendre « que cette personne n’a pas son mot à dire sur le choix du lauréat qui reçoit le Nobel de littérature ». Cependant, « quand une institution qui élit les Nobel se trouve dans une telle situation, il y a un risque que cela affecte négativement le Prix Nobel ». 

 

Sara Danius, secrétaire perpétuelle de l’Académie, souligne dans une déclaration : « Au cours d’une réunion, il a été dévoilé aux membres de l’Académie que des femmes de membres, leurs filles, et du personnel de la chancellerie de l’Académie ont été éprouvées et soumises à une intimité indésirable et un mauvais traitement de ce directeur artistique. Ces déplorables expériences n’auraient pas du avoir lieu, et n’auront plus lieu, en ce qui concerne cette personne. »

 

via DN