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Agression sexuelle : l'affaire Weinstein déborde sur Jeff Bezos et Amazon

Nicolas Gary - 13.10.2017

Edition - International - agression sexuelle Weinstein - Hachette Book Weinstein - Amazon Bezos Weinstein


Hollywood est désormais à feu et à sang : une trentaine d’actrices – on n’en comptait qu’une dizaine en fin de semaine passée – se sont dévoilées. Toutes accusent et pointent le producteur Harvey Weinstein, à différents niveaux : agression sexuelle, harcèlement et viol. Après l’implication du groupe Hachette, via une filiale créée avec la société Weinstein, c’est désormais Amazon Studio qui se retrouve sous les projecteurs.

 

Arrival
Andy Melton, CC BY SA 2.0

 

L’actrice Rose McGowan fait partie des victimes déclarées d’Harvey Weinstein : ce 12 octobre, via Twitter, elle a raconté le comportement du producteur, tout en interpellant le PDG d’Amazon Jeff Bezos. « J’ai dit au directeur de votre studio que HW m’avait violée », explique-t-elle.

 

Et de poursuivre : « Je l’ai dit, et répété. Il a répondu que ce n’était pas prouvé. J’ai dit que j’en étais la preuve. » Et de continuer en soulignant que de cette manière Amazon avait fini par remporter « un Oscar écœurant », tout en « finançant des violeurs ». Crise de panique chez Amazon, d’autant plus que l’actrice avait déjà évoqué ce viol, l’an passé, sans oser avouer le nom de son agresseur. Notons que le compte Twitter de l’actrice a été fermé après ses révélations...

 

Harvey Weinstein est accusé par nombre d’actrices d’avoir utilisé sa position, particulièrement puissante, pour intimider, harceler, manipuler, et tenter d’abuser de nombreuses femmes au cours des dizaines d’années passées. En tant que fondateur de Miramax, et de la Weinstein Company, l’homme disposait d’une influence considérable sur Hollywood.

 

Pour l’heure, ni Bezos qui ne doit pas en mener large plus que les porte-paroles d’Amazon, n’ont encore fait de réponses officielles. Cependant, lorsque les premières révélations avaient éclaté, Craig Bergman, vice-président de la communication chez Amazon Entertainement, avait répondu le 10 octobre : « Nous passons en revue le projet que nous avons avec Weinstein Co. » Autrement dit, une réaction ne devrait pas tarder.

 

Hachette Book Group coupe les ponts
 

Un autre groupe a fini par rapidement examiner ses positions et ses liens avec Weinstein, c’est Hachette Book Group, la filiale américaine. En effet, HBG avait passé un accord simple : Perseus Books, filiale du groupe, réalisait des coéditions avec The Weinstein Company, avec une dizaine de parutions annuellement. 

 

Considérant les accusations portées contre Harvey Weinstein, et conformément à ce qu’il avait annoncé, HBG a décidé de résilier ses accords unilatéralement. « Hachette Book Group a mis un terme à la filiale Weinstein Books, avec application immédiate », assure l’entreprise française. 

 

La journaliste américaine Mika Brzezinski, publiée à travers cet accord de coédition, et qui avait déjà fait part de son indignation, en a rajouté durant son émission, Morning Joe. Et ce, alors qu’on venait d’apprendre le licenciement d’Harvey Weinstein. « Je veux être assurée que cette entreprise [Hachette] n’accepte pas les abus sexuels ni le harcèlement. Et je veux une conversation avec eux avant de continuer notre collaboration, parce que c’est un premier pas. » Un contrat pour trois livres la liait à la maison.

 

Les publications prévues pour 2018 – une dizaine en tout – seront reprises sous la marque Hachette Books. Un changement définitif, pour tous les livres qui sont à venir. « Compte tenu des récents développements, nous pensons que le changement de nom est dans le meilleur intérêt de nos auteurs », assure un porte-parole. Sollicité ce 11 octobre, le groupe Hachette n’avait pas retourné notre appel. 

 

Affaire Harvey Weinstein : Hachette “examinera les options à venir”

 

Originellement, Weinstein Books s’appelait Miramax Books, cofondé en 2001 par Harvey et son frère Bob. Ils publiaient alors des ouvrages de fiction et de non-fiction. Ce qui en fait un point plus scandaleux encore pour les auteures, résume la comédienne LIliza Shlesinger, qui a publié Girl Logic, c’est que la maison faisait justement preuve d’un fort engagement. 

 

« Weinstein Books est une filiale entièrement pilotée par des femmes, qui ont, sincèrement, publié de nombreux livres sur l’autonomisation, écrits par des femmes fortes. Je ne peux pas, à la lumière de ce qui est dévoilé, dénigrer une compagnie de femmes qui m’ont soutenue », ajoute-t-elle sur Instagram. 

 

Maintenant de nouveaux regards tombent sur Weinstein : à quoi lui servait cette filiale, et certaines des auteures publiées feront-elles des révélations identiques à celles des comédiennes ? Une partie du catalogue provenait de personnalités du monde audiovisuel...

 

via Guardian, Hollywood Reporter