Ah, ces premières fois : et comment déniaiser monsieur ?

Clément Solym - 07.02.2012

Edition - Les maisons - premières fois - bourgeoisie - deniaiser


La bourgeoisie a, un temps, réglé la question en laissant ses garçons fréquenter l'étage de la domesticité, alors nombreuse, tout en haut sous les toits, là où les bonnes ont leurs chambres, à croire que l'immeuble haussmannien a été conçu à cet effet, et les boulevards taillés pour les charges de cavalerie.


En cas d'accident (signe aussi de réussite, tout est affaire de point de vue), on réexpédiait la malheureuse, engrossée des œuvres d'un monsieur en puissance, au fond de sa province natale, avec dans son baluchon un pécule – et on s'empressait de l'oublier.



Quant au jeune homme, il réintégrait les étages nobles, laissant à ses plus jeunes frères l'accès aux amours ancillaires, et mansardées.


Ça n'est pas très moral. L'excellent roman de Gonçalo M. Tavares, Apprendre à prier à l'ère de la technique, paru chez Viviane Hamy, s'ouvre sur une scène violente, un père emmène son fils dans la chambre d'une bonne, « la plus jeune et la plus jolie de la maison », et lui ordonne : « Maintenant, tu vas la faire, ici, devant moi. » C'est assez cruel. Georges Feydeau parlait de « conquête d'escalier de service ».

 

Façon de joindre l'utile et l'agréable, une autre voie consistait pour le père à mener son fils au bout de la ville, dans une maison signalée d'un fanal rouge. En cas de pénurie de domesticité, de revers de fortune ou de légère perversité, des mères pouvaient préférer jeter leur progéniture mâle dans les bras accueillants d'une de leurs bonnes amies, jugée experte, mais selon quels critères ?

 

Notez que jamais (sauf dans la littérature de second rayon) une de ces mères n'aurait eu l'idée saugrenue d'installer la chambre de sa fille, passé treize ans, à côté de celle du cocher, du concierge ou d'un valet de pied musculeux, histoire de la faire femme. Quant à demander à un vieil ami de la famille d'assurer ce rôle-là, c'était pour le moins fréquent, ça s'appelle le mariage - de Strindberg on relira avec profit Mariés !, très définitif sur le sujet.



Petit éloge de la première fois, Vincent Wackenheim, Folio 2 €

© Folio

 






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