Alaa El Aswany, poursuivi en Égypte, saisit les Nations Unies

Antoine Oury - 09.04.2019

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Alaa El Aswany, écrivain égyptien auteur de L'Immeuble Yacoubian (2002) et plus récemment de J'ai couru vers le Nil, est poursuivi en justice par les autorités, en Égypte, pour des passages de ce dernier livre. Censuré depuis 5 ans dans le pays dirigé par le maréchal al-Sissi, Alaa El Aswany annonce qu'il saisit le rapporteur spécial sur la promotion et la protection de la liberté d’expression de l'Organisation des Nations-Unies.




François Zimeray, Matthias Fekl et Jessica Finelle, avocats, ont saisi ce jour le Rapporteur Spécial sur la promotion et la protection de la liberté d’expression des Nations Unies pour dénoncer le sort réservé au plus célèbre écrivain égyptien, Alaa El Aswany, poursuivi devant un tribunal militaire depuis le 14 mars dernier et censuré depuis 5 ans en Égypte.

Le Procureur militaire égyptien accuse l'écrivain d'avoir « insulté le Président de la République, les forces armées et les institutions judiciaires ». Les accusations du Parquet militaire s’appuient sur le contenu de son dernier ouvrage, J’ai couru vers le Nil, ainsi que sur ses articles publiés dans le journal Deutsche Welle. L'auteur réside aux États-Unis depuis plusieurs années, mais craint pour la sécurité de sa famille et de ses proches, tout en déplorant bien entendu la censure de ses écrits.

Par ailleurs, il « ne peut plus se rendre en Égypte sans être arrêté et déféré devant la justice militaire égyptienne pour avoir exercé sa liberté d'expression et d’opinion », précisent les avocats des cabinets Zimeray & Finelle et KGA Avocats dans un communiqué.
 

Dénoncer la violation d'un droit fondamental


Les avocats François Zimeray, Matthias Fekl et Jessica Finelle ont saisi le Rapporteur Spécial sur la promotion et la protection de la liberté d’expression de l’ONU, basé à Genève, pour dénoncer la violation flagrante d’un droit fondamental, celui de penser de dire et d’écrire, de sa liberté d'expression et d’opinion par les autorités égyptiennes.

François Zimeray, avocat, estime que « les espoirs levés lors du printemps égyptien sont morts, ces poursuites sont comme un sarcophage des libertés ». Selon lui, les poursuites judiciaires engagées à l’encontre d’Alaa al-Aswany ne sont « qu’un moyen déguisé pour intimider l’écrivain et priver le peuple égyptien de cette fenêtre de liberté et de modernité sous la plume d'Alaa al-Aswany ».

En saisissant l'ONU pour alerter sur la situation d'El Aswany, les avocats entendent obtenir la mise en place de sanctions à l'encontre de l'Égypte pour le sort infligé à l'auteur. Selon Matthias Fekl, avocat, « la liberté d’expression est un droit consacré par de nombreuses conventions internationales ratifiées par l’Égypte. Alaa al-Aswany est un écrivain de renommée mondiale et un intellectuel engagé au service des idéaux universels portés lors du printemps égyptien. »
 
« Un écrivain n’est pas un terroriste, il n’est pas un criminel. Je me suis exprimé et je n’ai fait que mon devoir, qu’obéir à ma conscience. Qu’un écrivain soit jugé par un tribunal militaire, c’est quelque chose d’extrêmement grave. Mais j’ajoute que c’est aussi grave quand il s’agit d’un simple individu qui défend les valeurs de la démocratie », avait déclaré Alaa El Aswany au moment de l'annonce des faits pour lesquels il était poursuivi. 

Le dernier roman de Alaa El Aswany, J'ai couru vers le Nil, a été publié en français par Actes Sud, dans une traduction de Gilles Gauthier. Récit de la fameuse révolution enflammée place Tahrir, au Caire, en 2011, son livre a été interdit en Égypte et dans tous les pays arabes à l'exception du Liban, du Maroc et de la Tunisie.

« Le soutien moral est très important pour moi. Je sens que je ne suis pas seul. Mes amis, mes éditeurs, mes camarades écrivains sont là et cela m’apporte du réconfort. Faire savoir ce qui m’arrive peut aussi m’aider. Un écrivain n’est pas un terroriste, il n’est pas un criminel. Je me suis exprimé et je n’ai fait que mon devoir, qu’obéir à ma conscience. Qu’un écrivain soit jugé par un tribunal militaire, c’est quelque chose d’extrêmement grave. Mais j’ajoute que c’est aussi grave quand il s’agit d’un simple individu qui défend les valeurs de la démocratie », ajoutait l’auteur, dans un entretien accordé à l’association Les Nouveaux dissidents.


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