Alain Buyse, l’engagé de la sérigraphie

Auteur invité - 12.07.2019

Edition - Société - Alain Buyse - engagé sérigraphie - travail éditorial


Ah ça non, sa disparition, le 6 mai 2018, n’est pas passée inaperçue. Et l’adieu organisé au crématorium d’Herlies, près de Lille, chamboula les consciences. La famille, les proches, les amis artistes, les compagnons d’aventure : même émoi face à la plénitude d’une vie soudain rompue. D’une intervention à l’autre, en cette fin de matinée, on retrouva le blagueur, le rebelle, le philosophe, l’artisan, l’artiste, le citoyen engagé...
 


via Facebook

 

Le taiseux si prêt à s’enflammer. Chaque mot bien choisi : comme si Alain veillait sur la dignité de son propre départ, assumé. La tristesse était grande, mais la résolution prenait le relais. Alain Buyse, 1952-2018 : une telle vie ne nous pousse-t-elle pas à l’exigence, à la créativité, au développement de nouveaux courants contre les aliénations et les hypocrisies ? J’avais retrouvé Alain à la fin de l’année 2016, pour un article à publier dans Eulalie.
 

Toujours aussi vivant. Debout au cœur de son antre, dans l’odeur d’encre, environné des traces d’un travail aux dimensions multiples, mais tenant à sa ligne de conduite comme à la prunelle de ses yeux : « Je travaille avec l’artiste dans l’atelier, je m’imprègne de lui afin que ce soit lui qui vive par l’œuvre imprimée. »


L’originalité radicale de la création, la multiplicité de sa diffusion : rue des Vieux-Murs, au cœur du Lille ancien, le sérigraphe restait obstinément fidèle à son engagement, depuis 1983. Affiches, estampes, livres d’artistes : un foisonnement continu, sous le signe de l’expansion créative et de l’extrême rigueur technique. J’avais retrouvé l’homme réservé qui s’était tant donné. Malicieux, méticuleux, secrètement enfiévré.


D’où est né ce foisonnement continu ? Il me l’avait raconté, sans fioritures. Originaire de Bar-le-Duc, il atterrit à Arras puis Lille. D’abord captivé par la photogravure, il s’oriente vers la sérigraphie et fait des rencontres décisives : le peintre Pierre Olivier lui fait confiance, le plasticien Gérard Duchêne le relie à d’autres artistes, le conservateur Pierre Chaigneau, du musée de Villeneuve-d’Ascq, lui passe commande...




 

Buyse maîtrise parfaitement la reproduction d’images à travers l’écran de nylon. Il entre dans la multiplication des œuvres. Gette, Guerbadot, Grisor, Dezeuze, Viallat, Villéglé, Baxter, Barry, Nemours, Butor, Noël, Dodeigne, Silbermann... Éloquente liste des édités ! Aux livres s’ajoutent les créations sérigraphiques ou la réalisation de la revue Pièces : dix numéros, autant de démonstrations inventives. Transmettre son savoir, faire rayonner sa technique : Alain Buyse organise des expositions, imagine la Nuit de l’estampe et lance les ateliers d’éditions populaires.
 

Plus centré sur l’estampe et son impact immédiat (il célèbre le Taller de Gràfica Popular du Mexique), l’infatigable AB rêve de faire travailler les dessinateurs du Canard Enchaîné pour une édition du centenaire. Le projet n’ayant pas abouti, il se réconforte avec un catalogue sur l’invention des Shadoks et l’Apocalypse vue par Dürer. Infatigable, irréductible.


Et voilà ce que je veux dire, tout compte fait, ici-même : quelque chose d’universel survit à sa disparition.
 

Bruno Vouters

 


Commentaires

Pas de commentaires

Poster un commentaire

 

grin LOL cheese smile wink smirk rolleyes confused surprised big surprise tongue laugh tongue rolleye tongue wink raspberry blank stare long face ohh grrr gulp oh oh downer red face sick shut eye hmmm mad angry zipper kiss shock cool smile cool smirk cool grin cool hmm cool mad cool cheese vampire snake exclaim question

Vous répondez au commentaire de

Cliquez ici pour ne plus répondre à ce commentaire

* Laisser vide pour ne pas reçevoir de notification par email de nouveaux commentaires.