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Alain Weill veut vendre aux éditeurs de la publicité pour les livres sur BFM

Nicolas Gary - 12.05.2017

Edition - Economie - publicité livres télévision - Alain Weill SFR - SFR Médias publicité


En injectant plus d’un milliard d’euros pour devenir le diffuseur de matchs de foot, SFR a frappé fort. L’intérêt pour la Ligue et Champions et la Ligue Europa de la part de l’opérateur méritait bien qu’Alain Weill, directeur général de SFR Médias, prenne la parole. Et parle de publicité...


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ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 

 

Après avoir récupéré le championnat anglais, SFR frappe fort, de nouveau. Alain Weill préside depuis 2005 NextRadioTV – qui compte dans son giron RMC et BFM Business, en matière de radio, mais également BFM TV et Groupe 01, société spécialisée dans les nouvelles technologies. C’est sur L’instant M de France Inter qu’Alain Weill est venu apporter des précisions sur sa stratégie. 

 

Évoquant le devenir des médias, et la concurrence avec Europe 1, que RMC vient récemment de doubler d’une courte tête, le grand patron parle, très à l’aise. « Notre place, il va falloir la défendre, il va falloir travailler, trouver des idées », explique-t-il. Or, parmi ces idées, il y a les revenus publicitaires, que l’on pourrait élargir...

 

Avec l’annonce d’un rapprochement entre Vivendi et Havas, souhaité par Vincent Bolloré – en tant que premier actionnaire des deux troupes. Vivendi propose au groupe Bolloré de racheter sa participation dans Havas, qui est de 56,69 %. En clair, un média – télé, cinéma et Web pour Canal + – deviendrait propriétaire d’un groupe publicitaire – le conflit d’intérêts n’est pas loin. 

 

Pour Alain Weill, la question publicitaire doit justement être aujourd’hui repensée. Rappelant que ce rapprochement n’est pas une surprise et que les liens sont très forts entre les deux groupes, ce mariage de raison était attendu. « J’imagine que [les médias] ne sont pas mal traités », par Havas Medias, spécialiste de l’achat publicitaire.

 

« Aujourd’hui, la relation est encore plus forte, donc il faut être vigilant », insiste Alain Weill. Et de noter que dans d’autres pays, ce type de transaction rapprochant un média et une agence pub est interdit. « Chez nous, c’est possible, les règles sont moins claires, donc il faut que tout le monde soit prudent, vigilant. Et le groupe Bolloré le premier, parce que c’est sa réputation auprès de ses clients qui serait mise en cause, s’il ne respectait pas un nombre de règles déontologiques. »

 

Plus de publicité à la télévison, notamment pour les livres
 

Mais c’est du côté du président Emmanuel Macron qu’Alain Weill attend le plus. Notamment en matière de réglementation – que les bandes-annonces de films puissent par exemple être diffusées sur les chaînes du groupe, sous la forme d’encarts publicitaires.

 

« Ce que j’attends du nouveau président de la République, c’est de la fraîcheur, que l’on ouvre un peu les fenêtres, qu’il y ait un peu d’air frais qui rentre. C’est vrai qu’il y a des règles dans notre pays, on ne sait même plus pourquoi elles existent. » En l’occurrence, le cinéma n’a pas le droit de faire de publicité à la télévision – à l’origine pour protéger les petits studios de production. Et empêcher dans le même temps que les grosses machines de guerre hollywoodiennes n’inondent de leurs productions les antennes.

 

Une question de régulation, pour apporter un équilibre entre petits producteurs et blockbusters – les premiers n’ayant pas les moyens de s’offrir des campagnes publicitaires à la télévision. « Sauf que la situation financière a totalement changé : cette règle, on peut imaginer qu’elle était acceptable à l’époque où il n’y avait que TF1 et M6 », contredit Alain Weill.

 

Les temps ont changé : « Aujourd’hui, il y a des chaînes, comme BFM TV, qui proposent des campagnes de pub : quelques jours sur BFM TV pour promouvoir un film, c’est moins de 50.000 €. N’importe quel petit film ou producteur peut avoir accès à la télévision. »

 

Et dans ce cas, modifier la réglementation concernant les livres ? « Mais bien sûr, parce que le monde a changé », lance Alain Weill. « Pour que des éditeurs plus petits puissent faire des opérations. On veut toujours créer des règles pour protéger les petits, et finalement, les petits, en France, se portent moins bien que dans les autres pays. »

 

Ce débat, relancé par Nicolas Sarkozy quand il était président de la République, comptera-t-il parmi les enjeux du quinquennat d’Emmanuel Macron ? La législation actuelle dit qu’une publicité pour des livres ne peut se retrouver que sur les chaînes de la TNT, du câble ou du satellite. Nos canaux hertziens classiques sont interdits de vente aux éditeurs. Pour TF1, France 2 ou 3, Canal et M6, le livre est donc hors d’atteinte.

 

Cet état de fait avait été instauré par le décret du 7 octobre 2003, rendant la promotion à la télévision d’éditions littéraires à partir du 1er janvier 2004 interdite. Ainsi, « l’ouverture est partielle pour le livre puisque limitée aux chaînes thématiques ». 

 

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