Alberto Manguel : numérique ou papier, reste la liberté du lecteur

Clément Solym - 21.09.2011

Edition - Société - manguel - livre - numerique


Le premier Simposio Internacional sobre el Libro Electrónico, qui se déroule actuellement au Mexique fait amplement parler de lui. Cette réunion d'acteurs de l'édition venus pour discuter de cet avenir qu'est le livre numérique génère une saine émulation...

La dernière en date, c'est l'intervention d'Alberto Manguel, écrivain et traducteur argentino-canadien, pour qui la technologie doit rester à sa place. « Quand la technologie est imposée par des raisons purement commerciales, par des multinationales qui nous font croire qu'elle est essentielle pour chaque instant de notre vie, nous risquons de devenir l'électronique de bord, et être utilisé par la technologie, et non nous servir, nous, d'elle », redoute-t-il.

À l'occasion de son discours d'inauguration, l'auteur met tout le monde en garde : la technologie et ses commerciaux, sont avant tout là pour se vendre, et si elle n'apporte rien pour améliorer la lecture ou faciliter l'accès aux oeuvres, cette dernière n'est pas utile. Et corollaire, il faut surtout que l'apprentissage traditionnel de la lecture ne s'arrête pas, sous prétexte de livres numériques et de machines pour lire ces fichiers. Attention à ce que vive malgré tout la lecture, toutes les lectures.

Voilà 15 ans, Manguel publiait en effet Una historia de la lectura, et c'est sur son ouvrage qu'il s'est appuyé durant son intervention. Mais ne faudrait-il pas aujourd'hui ajouter un chapitre, concernant le livre numérique dans cet ouvrage ? Selon lui, la technologie électronique change trop vite, raison pour laquelle il n'en avait pas parlé voilà 15 ans déjà. L'article semblerait aujourd'hui particulièrement daté, et amplement dépassé, sans avoir plus de pertinence.

D'un autre côté, une Histoire de la lecture ne peut que s'appuyer sur des faits pris dans une chronologie. On comprend mal pourquoi avoir alors refusé de témoigner de ce qui se faisait.

Dans tous les cas, numérique ou autre, l'expérience de lecture ne doit jamais être altérée, souligne Manguel, citant Jorge Luis Borges. « Il a dit que nous devions lire ce que nous aimons, et ne pas se sentir obligé de finir un livre, ni lire quelque chose qui n'était pas pour nous, de ne pas obéir à l'histoire officielle de la lecture. Ce fut une grande leçon, j'ai découvert avec lui la liberté du lecteur. »

Probablement la plus importante qui soit...

L'augmentation du piratage de livres numériques au Mexique semble dans tous les cas montrer que le public commence à être en demande, et qu'il serait bon, pour la santé de l'industrie, de ne pas tarder à lui proposer l'offre légale dont il pourra profiter. (voir notre actualitté)