“Alcool plutôt que lecture” : Le Maire rééxaminera le cas des libraires dans 15 jours

Clément Solym - 30.10.2020

Edition - Economie - sénat soutien libraires - Maxime Chattam librairies - Emmanuel Macron confinement


Les sénateurs et sénatrices avaient voté contre le confinement instauré par Emmanuel Macron. L’assentiment de l’Assemblée nationale, quelques heures plus tôt, suffisait cependant pour replonger le pays dans l’assignation collective à résidence — allégée et passablement incohérente. Sur ce dernier point, le Sénat se mobilise… pour obtenir une ouverture des librairies.


 

Des teinturiers, des bureaux de tabac, des cavistes ouverts… mais des librairies fermées, personne ne comprend. D’ailleurs, le romancier Maxime Chattam n’a pas manqué le coche. « Donc si je comprends bien, le gouvernement laisse mon caviste ouvert pendant le #CONFINEMENT2 mais pas mon libraire ? L’alcool plutôt que la lecture. Le symbole est fort. #AvinésIncultes », indique-t-il sur Twitter.

Et de poursuivre : « Et ne vous méprenez pas : à titre personnel mon roman ne compte pas, j’ai la chance de pouvoir vivre sans son existence. Mais combien d’auteurs vont tout perdre ? […] Alors oui, bien sûr, il y a plus grave que l’économie des auteurs, des artistes, ils sont une goutte d’eau dans le marasme actuel, tout le monde prend cher, mais ils existent, et rien n’est prévu pour eux. »

Son dernier roman vient de sortir, mais il insiste : « Et je le redis pour les idiots-haters, je suis un privilégié qui ne fait pas partie de ces oubliés, mais c’est justement le moment de se servir de ma position pour interpeler. »
 

Aider les libraires, Sénat-urel


Et voici que la Chambre dévoile une tribune de soutien, preuve que les messages diffusés par le Syndicat national de la librairie commencent à porter leurs fruits. Alors que le SLF avait plaidé pour une fermeture catégorique lors du Confinement-1, la position est totalement revue et corrigée pour Confinement-2. 

D’ailleurs, la librairie Bulle au Mans a décidé d’entrer en résistance, et son fondateur, Samuel Chaveau, confirmait ses projets ce matin. « Je vous annonce que je resterai ouvert dorénavant. […] J’ai même pas réfléchi en termes d’amende à ce que je risque, moi je continue, pas de problème. » Une ouverture, malgré l’interdiction en vigueur — les libraires ne figurent pas dans la liste des commerces indispensables.

Et pour les soutenir, près de 70 sénateurs dégainent un texte, porté par Laure Darcos — qui a précédemment occupé des fonctions au sein du groupe Hachette Livre. 

« Lors de l’instauration du couvre-feu, j’étais de ceux qui avaient plaidé pour que les salles de spectacle et les cinémas puissent continuer à accueillir leur public en soirée, car ils respectaient les mesures sanitaires et de distanciation. Cela n’a pas été entendu. Alors, ne prenez pas de décision lourde de conséquences pour le livre et les librairies », écrit-elle désormais au président de la République.

Et de souligner que si lors du Confinement-1, les libraires avaient su faire preuve d’adaptation, malgré les consignes de leur syndicat, ils sont pleinement en mesure de maintenir une activité dans le respect des règles sanitaires.
 

Des ventes cruciales en cette période


« Ne les abandonnons pas, Monsieur le Président ! Sans ce réseau éminemment précieux des 3200 librairies, la France ne serait pas ce pays qui rayonne, diffuse le savoir, promeut l’intelligence et invite au débat », conclut le texte, publié dans Le Figaro.

Près d’un quart des livres vendus en France sont achetés durant la période qui précède Noël, rappelait le Syndicat national de l’édition. Avec les seuls commandes et retraits pour prolonger leur activité, la concurrence sera rude — plus encore quand des enseignes comme Fnac ont obtenu l’autorisation de maintenir leur activité.
 

Rééxamen dans 15 jours


Mais les messages sont manifestement parvenus jusqu’à Bercy. Invité de France inter ce matin, Bruno Le Maire s’est montré compréhensif, et annonce que des mesures nouvelles verront le jour, d’ici quinze jours. Dans une quinzaine, donc, « nous regarderons où nous en sommes pour tous les commerces, pas uniquement les libraires, et nous verrons s’il est possible d’adapter les dispositifs », a-t-il souligné.

Comme le décret permet ouvertement le click and collect, le ministre de l’Économie insiste sur la nécessité d’un respect des restrictions. « Je veux dire à tous les Français : achetez des livres chez vos libraires et achetez des produits chez vos commerces de proximité, plutôt que d’aller commander ailleurs. Cela soutiendra le commerce de proximité. »

Pour autant, il lui est impossible d’encourager la population à ne plus commander sur Amazon. Dans les prochains temps, la numérisation des commerces devra être réfléchie, pour simplifier le commerce en ligne. Mais le ministre est apaisant : « ll n’est pas question que la culture soit la grande sacrifiée. La culture est évidemment dans le champ des mesures de soutien. Dès que ce sera possible, nous verrons si on peut adapter le dispositif. »

En attendant, conclut-il, rester chez soi pour travailler sera la règle, « le reste c’est l’exception ». 
 


On pourra également se replonger dans l'interview de Joann Sfar sur France Inter, où, une fois de plus, celui qui se présente comme « juste un dessinateur », fait preuve d'une lucidité et d'une justesse fantastiques.

 

mise à jour 30/10 - 18 h :


Le Syndicat de la Librairie française vient d’obtenir du ministre de l’Économie, Bruno Le Maire, la fermeture des rayons livre de la Fnac et de la grande distribution. Avec d’autres mesures à venir.


crédit photo : Deedster CC 0


Commentaires
Je n'ai jamais eu recours à Amazon, je l'interdis à mon mari...qui se retournait sur la FNAC où je n'ai pas mis les pieds depuis Darty. Je me demande ce que fait le Furet du Nord qui a avalé Decitre et s'étend partout en France et en Belgique tout en affirment être une librairie indépendante.

Depuis qu'ils existent, je boycotte les réseaux sociaux (sauf ceux dédiés à la lecture) mais je ne suis pas assez compétente pour éviter Google et Microsoft. Donc dans les Gafam, il m'en reste 2, c'est trop!
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