Alerter de tout "contrôle abusif des villes sur les bibliothèques“

La rédaction - 07.11.2015

Edition - Bibliothèques - censure bibliothèques - municipalités villes - politiques tensions


La semaine passée, l’association bibliothèques en Seine-Saint-Denis communiquait une lettre ouverte dénonçant des pratiques de censure et autres menaces pesant sur les établissements. Défendre la vocation pluraliste des lieux de prêt se heurte donc à des pouvoirs locaux, des municipalités, etc. Une semaine plus tard, l’association persiste, cette fois avec différents exemples « d’un contrôle abusif des villes sur les bibliothèques », mais également des débordements constatés. Voici le texte qu'elle nous a fait parvenir

 

Karen Green, CC BY 2.0

 

 

Vous avez été nombreux à réagir et à souhaiter plus de détails suite à la parution de la lettre ouverte de l’association Bibliothèques en Seine-Saint-Denis faisant part de son inquiétude face à des pratiques de certains membres de l’exécutif dans certaines villes du département de Seine-Saint-Denis, mais dans bien d’autres aussi. Pratiques qui entravent le travail des bibliothécaires et vont à l’encontre de la vocation pluraliste des bibliothèques.

 

L’association Bibliothèques en Seine-Saint-Denis par sa position ne peut se permettre de citer les exemples – les bibliothèques de cesdites villes ne souhaitent pas être identifiables – nous n’avons pas le pouvoir de les nommer. Ce simple fait nous apparaît déjà comme un indicateur du climat d’inquiétude dans lequel travaille un certain nombre de professionnels en bibliothèque.

 

Ce que nous souhaitons réaffirmer, quoi qu’il en soit, c’est qu’il arrive en Seine-Saint-Denis et ailleurs (les retours de nombreux professionnels et artistes que les pressions s’exercent un peu partout) :

 

— que des expositions soient en partie amputées parce qu’un ouvrage se rapprochant d’idée politique non partagée par la municipalité en place y figurerait, parce que des textes, créés par exemple en atelier d’écriture avec des artistes, n’auraient pas été visés par la municipalité.

 

À cette occasion, rappelons que les artistes ne sont pas des prestataires de services et qu’il n’est pas concevable que la tutelle puisse valider ou non, comme elle validerait ou non un projet d’équipement, des textes de création.

 

— que des expositions soient complètement annulées par crainte de froisser l’opinion publique sans laisser le public précisément se faire une opinion. On citera par exemple une exposition sur les jeux de genre (qui était le thème de la saison culturelle de la ville) annulée en catastrophe parce qu’une chaîne de texto conduite par Farida Belghoul s’était montée appelant au boycott d’une journée de classe par mois contre l’introduction de la théorie du genre dans les écoles. Quelques classes avaient été fermées et l’exposition sur le genre annulée.

 

Dans cette même ville toujours très attachée à l’égalité homme/femme l’exposition Héros/Héroïnes avait perdu ses « héroïnes », et la parité qui va avec, rappelant trop les trafics qui s’y déroulent.

 

— que des listes d’acquisition soient contrôlées, rappelons que la tutelle est tout à fait en droit de consulter ces listes, les raisons pour lesquelles elle le fait sont en revanche souvent problématiques : attention particulière portée à des maisons d’édition engagées politiquement (nous pensons notamment à La Fabrique ou au Temps des cerises) et ne correspondant pas à la tendance politique majoritaire de la ville.

 

— que des rencontres soient annulées, parfois à la dernière minute, ce qui met l’ensemble de l’équipe dans une situation tout à fait inconfortable, sous des prétextes fallacieux (nous avons pu entendre par exemple qu’une conférence sur les conflits dans le monde avait été annulée parce que l’équipe de la bibliothèque était trop débordée à cette période de l’année quand il s’agissait en fait purement et simplement, à quelques jours des élections départementales, de ne pas prendre de risque électoral.) 

 

— que des bibliothèques soient amenées à pratiquer de l’autocensure de crainte de se voir empêcher de mener telle ou telle action de médiation (rencontre, conférence...)

 

Pour approfondir :

Devoir de réserve : peut-on parler de tout lorsque l’on est fonctionnaire ?

 

 

Tout ceci nous semble symptomatique d’un contrôle abusif des villes sur les bibliothèques, d’une ignorance parfois de son fonctionnement, et du travail mené toute l’année par les équipes, du rôle essentiel de la bibliothèque dans la cité. D’autres services municipaux se voient confrontés à ces pratiques et s’il ne s’agit pas de demander l’émancipation, il est pourtant nécessaire de laisser la possibilité à ces lieux de remplir leur mission.

 

L’association par cette lettre ouverte a considéré important de ne pas baisser la garde et d’appeler chacun à la vigilance. Nous vous remercions d’avoir été attentif à cette alerte, d’avoir réagi, nous restons à votre disposition pour en parler plus avant avec chacun.