Un dimanche à travailler à la Fnac...

Clément Solym - 22.05.2015

Edition - Economie - Alexandre Bompard - Fnac ouverture - dimanche magasins


Amazon sera ravi d'apprendre que le chiffre d'affaires réalisé le dimanche vient de passer de 25 à 30 % de son résultat global. C'est qu'après les chiffres invérifiables avancés par le PDG de FNAC, Alexandre Bompard, les syndicats SUD et FO avancent maintenant de nouvelles statistiques, tout aussi difficiles à mesurer. Surtout qu'Amazon a déjà démenti les chiffres, en affirmant n'avoir jamais rien communiqué de pareil.

 

 

Alexandre Bompard - Prix du Roman Fnac 2014

ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 

 

Les positions d'Alexandre Bompard sur l'ouverture dominicale de ses établissements est connue de tous. Selon la loi Macron, qui n'arrange pas vraiment le PDG, la législation autorisera l'ouverture durant 12 dimanches chaque année, mais n'offre pas la souplesse attendue : impossible de choisir les dimanches d'ouverture. 

 

Selon des représentants syndicaux, cités par l'AFP, le programme d'Alexandre Bompard n'est pas de systématiser l'ouverture dominicale, mais « partout où c'est intéressant et quand il le veut, et ne pas être assujetti à un quelconque diktat politique, c'est vraiment à la carte ». 

 

L'amendement adopté au Sénat n'aurait alors eu pour seule vocation que d'autoriser cette flexibilité, « sans dépendre d'un maire, d'une préfecture », et ainsi de suite. 

 

À l'occasion d'un comité de groupe, le PDG se serait ainsi expliqué devant ses troupes que son intention n'était pas la disponibilité frénétique et constante. « Nous ne sommes pas dupes, on sait très bien que toutes les Fnac de France ne seront pas ouvertes le dimanche. Mais Alexandre Bompard a demandé le plus pour dérégulariser », expliquait Thierry Lizé, représentant FO à ActuaLitté.

 

L'inquiétude des syndicats portait plutôt sur les conditions d'ouverture, en termes d'emplois et de contreparties pour les salariés. « Nous avions demandé, si l'on ouvrait le dimanche, d'augmenter la masse salariale en conséquence, soit 1/7 supplémentaires », précisait-on à ActuaLitté. Mais une fois encore, les compensations ne semblent pas intégrées dans le projet d'ouverture. 

 

Elles seraient, au contraire, liées aux établissements, et découleraient de négociations entre directions et représentants du personnel. « Donc les mesures compensatoires ne seront pas les mêmes pour tout le monde », assure Thierry Lizé, auprès de l'AFP. 

 

La librairie indépendante opposée au principe

 

Rappelons que le Syndicat de la librairie française, SLF, a pour sa part rejeté l'idée d'une généralisation de ces ouvertures. « En effet, l'ouverture dominicale, en dehors des exceptions liées à la présence d'un marché ou d'une zone touristique, n'est pas rentable pour les librairies, commerces à forte intensité de main d'œuvre (deux fois plus d'emplois en librairie que dans les chaînes culturelles, trois fois plus que dans la grande distribution). »

 

Que cette dérogation soit introduite est d'autant plus délicat, notait le SLF, que les sénateurs n'ont proposé aucune définition de ce que pouvaient être les commerces de détail de biens culturels. Et l'on voit poindre à l'horizon le cavalier de l'apocalypse : « La grande distribution qui vend des biens culturels relève-t-elle de cette dérogation ? Les chaînes spécialisées sont-elles également concernées alors qu'elles ne réalisent plus qu'une part minoritaire de leur chiffre d'affaires avec les produits culturels (produits éditoriaux : livres, disques, DVD) », s'interroge le SLF. 

 

Car si les grandes chaînes, spécialisées ou non, obtenaient cette dérogation, c'est l'effet inverse que l'on observerait. « [L] es librairies se retrouveraient désavantagées par rapport à des chaînes qui pourraient ouvrir le dimanche avec un personnel réduit et des charges inférieures. » 

 

Une pétition a également été lancée, à l'attention du PDG de Fnac, pour refuser l'amendement 80, celui tant soutenu, qui ajouterait au 12 dimanche, 40 autres de travail possible. « L'ouverture des commerces culturels tous les dimanches pour concurrencer “Amazon” qui ferait 25 % de son CA sur cette journée n'est pas justifiée. Aux dernières nouvelles, la Fnac a un site, elle aussi ! Une telle dérogation ne se justifie pas sur le plan économique ; elle n'est pas  non plus, une réponse à la concurrence du commerce électronique ! »