Alexandre Soljenitsyne, prophète colérique ou homme incompris

Clément Solym - 06.01.2010

Edition - Société - Soljenitsine - prophète - colerique


Ignat Soljenitsine est le second fils d'Alexandre, et s'il n'est pas évidemment de se fier au jugement d'un enfant pour mesurer la valeur ou le caractère de ses parents, ce dernier vient de livrer dans une interview au Times un portrait de son père, généreux, humain et tolérant.

Nous sommes bien loin du tableau de cet homme, le dissident colérique, qui semble rester dans les mémoires, explique-t-il. Le romancier était bien loin de cette image manichéenne d'un homme voyant le monde comme noir ou blanc. « Il a rejeté catégoriquement et constamment ceux qui ont cherché à réduire son art ou ce qu'il était à une équation politique », précise Ignat.

C'est qu'une édition complète de l'autre de Soljenitsine vient de sortir outre-Atlantique, une première en anglais, et pour l'accompagner, c'est donc au fils, d'ordinaire pianiste et chef d'orchestre, de raconter la vie de son père. Toujours ce dernier l'aura encouragé à apprendre l'anglais, comme ils vivaient aux États-Unis, sans se soucier des intérêts de son géniteur, ni de ses croyances.

« Si cela semble en contradiction avec l'image que l'on en a en Occident, je suis ici pour témoigner que cette image est en grande partie inexacte. Il y a une confusion entre mon père qui prend son travail au sérieux et lui qui se prendrait au sérieux. C'était un homme d'une grande humilité. »

Bien sûr, si l'on s'est forgé cette idée d'un être « amer, comme un prophète en colère », c'est en partie de la faute du romancier. En 1978, il s'en est pris à l'Occident dans un discours fait à Harvard. « Son ton politique strident n'était pas compatible avec le discours occidental typique », explique Ignat. Ensuite, les gens ont découvert cet homme barbu et puis la relation s'est faite rapidement dans l'esprit de chacun. « Les gens n'ont pas compris le monde dont il était issu. »

Quant à cette solitude de l'écriture où Alexandre s'était réfugié, c'était pour mieux pour travailler, au calme, sans distractions. Car La roue rouge lui prenait chaque minute de son temps, et impossible dans ce cadre de se consacrer à rencontrer ou se mêler avec la foule. « Cette solitude n'avait rien à voir avec une question de 'je ne veux pas être vu'. Je le dis avec certitude. »