Allemagne : 200 universités poursuivent leur bras de fer avec Elsevier

Antoine Oury - 19.12.2017

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Avec la fin d'année vient la négociation des contrats universitaires, pour l'éditeur académique et scientifique Elsevier. Et les revendications qui vont avec : en Allemagne, près de 200 universités vont perdre leur accès aux publications de ce géant de l'édition, après leur refus des conditions proposées. Le consortium des universités réclame un prix réduit pour l'accès aux revues d'Elsevier, ainsi qu'une transition plus rapide vers l'accès ouvert aux articles scientifiques.


Frankfurt Book Fair - Elsevier
(ActuaLitté, CC BY SA 2.0)
 


En juillet dernier, quelque 60 organisations universitaires allemandes n'avaient pas renouvelé leurs abonnements aux revues publiées par Elsevier, et le mouvement s'est intensifié, alors que les négociations avec ce géant de l'édition — 4,313 milliards € de chiffre d'affaires pour la première moitié de 2017, avec des bénéfices attendus de 1,1 milliard € — patinent.

 

Le mouvement allemand est lancé depuis 2015, avec des hauts et des bas dans les relations avec Elsevier. « Le souci principal, c'est qu'une grande partie des études scientifiques est financée par de l'argent public, l'écriture et le contrôle des publications sont assurés par des pairs scientifiques [et] l'achat des journaux scientifiques est aussi réglé par de l'argent public », résumait Christian Thomsen, président de l'université technique de Berlin, en juillet dernier. On reproche donc à Elsevier de se servir plusieurs fois, et d'imposer des tarifs trop élevés.

 

Les universités allemandes réclament en conséquence un prix d'abonnement moins important, mais aussi une véritable promotion de l'open access, ou accès ouvert, qui entend rendre immédiatement et gratuitement accessibles des articles scientifiques sur des recherches financées par l'argent public. « Dans ce domaine [l'open access], Elsevier se classe deuxième ou troisième éditeur pour l'open access gold, et leader en ce qui concerne l'open access green », nous précisait en octobre dernier Michiel Kolman, vice-président des relations internationales avec les universités pour Elsevier.

 

Sauf que les conditions proposées par Elsevier sont trop restrictives aux yeux d'une partie de la communauté des chercheurs : l'open access gold nécessite un paiement supplémentaire - entre 500 et 5000 $, selon les estimations, tandis que l'open access green n'autorise l'accès libre qu'après un certain laps de temps. Pour les scientifiques, ces conditions commerciales limitent l'accès aux résultats de la recherche et freinent cette dernière.

 

« Il ne fait aucun doute que ce que réclament les universités allemandes représente l'avenir de la publication scientifique », tranche Paul Ayris, chargé des services des bibliothèques à l'University College London. Du côté des collègues étrangers, la résistance allemande à Elsevier est particulièrement observée, car d'autres pays pourraient bien s'engouffrer dans la brèche ouverte.

 

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Dans les exigences des universités d'Allemagne, on trouve notamment l'accès intégral, en ligne, à 2500 revues publiées par Elsevier pour un abonnement au coût divisé par deux, ainsi que la possibilité pour les chercheurs affiliés à des institutions allemandes de proposer leur article en accès ouvert sans coût supplémentaire.

 

L'Allemagne n'est pas seule dans son combat : en septembre dernier, rapporte Nature, un consortium finlandais a signé avec Elsevier un protocole d'entente qui fait apparaître quelques clauses prévues dans un futur contrat national. Selon certaines sources, on retrouverait les prix réduits et l'accès ouvert...

Hannfried von Hindenburg, porte-parole pour Elsevier, assure que « 100 % d'open access gold » reste l'objectif du groupe, mais souligne que le coût de l'abonnement et de l'open access pour un consortium national « peut être assez élevé dans des pays comme l'Allemagne, où les résultats de la recherche sont particulièrement diffusés ».




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