Allemagne : Amazon critique le prix des ebooks, sans citer Orwell

Antoine Oury - 16.08.2014

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Le groupe Hachette n'est pas le seul à être plongé dans des négociations difficiles avec le revendeur Amazon : en Allemagne, Bonnier, un des grands groupes du pays, est confronté aux mêmes exigences de la part du marchand. Depuis quelques mois, le site fait monter la pression en augmentant les délais de livraison, ou en empêchant les précommandes sur les titres de l'éditeur. Et critique les prix appliqués aux livres numériques.

 

 

Shipments from Amazon

(Carl Malamud, CC BY 2.0)

 


Outre-Atlantique, près de 900 auteurs avaient pris leur plume pour rédiger une lettre au marchand, publiée sur une pleine double page dans le New York Times. Ils y déploraient l'utilisation des livres et des auteurs à des fins purement commerciales, ainsi que l'usage de techniques monopolistiques dans le monde du livre.

 

Amazon avait répondu, en faisant appel à toute l'équipe du service Kindle, qui expliquait que les livres numériques étaient trop chers. « Nous n'abandonnerons jamais notre lutte pour un prix abordable pratiqué pour les ebooks. Nous savons que rendre les livres moins chers est bon pour la culture du livre. Nous aimerions votre aide. S'il vous plaît, écrivez à Hachette, et mettez-nous en copie » pouvait-on lire.

 

À cette occasion, les équipes de communication d'Amazon ont commis un fameux faux pas, en convoquant George Orwell comme contempteur du format poche, et comparant son point de vue à la situation contemporaine du livre numérique. Seulement, la citation était tronquée, et tout le monde est tombé sur le râble du cybermarchand, y compris les héritiers d'Orwell.

 

En Allemagne, où Amazon est entré dans un conflit similaire avec le groupe Bonnier, des auteurs, dont Ingrid Noll, Günter Wallraff, Fred Breinersdorfer ou le Nobel de littérature Elfriede Jelinek, ont rédigé une lettre à peu près similaire, invitant le marchand à cesser immédiatement ses pressions. Amazon réplique, avec un quasi copier-coller de sa lettre américaine... Sans la citation d'Orwell, évidemment.

 

« Les livres numériques peuvent et doivent être moins chers que les livres papier », peut-on lire, « et cela doit aussi s'appliquer sur le prix auquel les libraires achètent les ouvrages à l'éditeur. » L'argument a de quoi convaincre, même s'il est porté par Amazon, afin de prendre la main dans les négociations. Christian Schumacher-Gebler, le PDG de Bonnier, avait réagi en expliquant que les conditions tarifaires exigées par Amazon « condamneraient les activités des éditeurs respectables ».