Allemagne : La guerre du piratage aura-t-elle lieu ?

Clément Solym - 02.09.2011

Edition - Société - syndicat - editeurs - allemand


À peine né, le marché du livre numérique est déjà condamné par les portes-paroles de l’édition allemande. S’appuyant sur des données contestables, et n’offrant toujours pas d’offre numérique conséquente, ils crient au loup. Pendant ce temps, les américains et les canadiens s’installent.

 
Des chiffres alarmants

Le syndicat des marchands allemands du livre vient de publier un communiqué plutôt virulent, où il dénonce l’absence de protection contre le piratage des ebooks, et de répression contre le piratage. La problèmatique n'est pas étrangère à la France (notre actualitté).

Une étude financée par les secteurs de la musique et du livre allemands sur les modes de consommation avait révélé que 60 % des ebooks lu par les Allemands sont « piratés » (tous les chiffres dans notre actualitté).
 

 

 


Alexander Skipis, directeur général du principal syndicat fédéral (Hauptgeschäftsführer), s’exclame : « Les chiffres pour le jeune marché du livre numérique sont effrayants ! [...] Ce que ça montre, c'est que même une bonne structure d'offre ne protège pas contre le téléchargement illégal. Même s'il y a depuis le début du marché de l'e-book une offre conséquente et connue comme Libreka!, la contrefaçon domine. » 

Un danger national

Pour le syndicat, l’étude montre que l’appel à construire de nouveaux modèles économiques n’est qu’une « manœuvre de distraction » pendant que la contrefaçon sévit.

 

Plus, il souligne que le « gouvernement fédéral ne semble pas reconnaître le danger culturel et économique. Si jamais des règles raisonnables ne sont pas mises en place dans le réseau pour contrôler la circulation des contenus protégés par le droit d'auteur, cela supprimera petit à petit toute viabilité économique pour les créatifs et leurs partenaires les éditeurs. La diversité culturelle de l’Allemagne sombrera inéluctablement. »
 

Mais des chiffres bidonnés

Problème, les chiffres cités par le syndicat sont fondamentalement tronqués, raison pour laquelle il est quasiment impossible de les reprendre bruts. Nous avions déjà hier, en avant première dans la francophonie, publié les résultats de l’étude, en expliquant qu’il fallait les « prendre avec des pincettes », car les travaux utilisés pour leur établissement ont été financés par les industries culturelles qui, avec une complaisante mauvaise foi, mélangent illégal et gratuit.

 

Il est certain que la contrefaçon est déjà répandue dans le numérique pour la musique et les films, et qu’elle est aussi amenée à être répandue pour les livres. Mais en entretenant la confusion entre illégal et gratuit, le syndicat du commerce allemand du livre dessert, selon nous, la crédibilité de son propos.
 

 


Pour reprendre la définition "d’illégal" dans les termes même de l’étude : « Les personnes qui ont répondu avoir téléchargé à partir de logiciel de partage, de site de dépôt de fichier, de sites personnels, de blogs, de forums, de serveurs FTP et de serveurs de newsgroups. » Ce qui est un peu large et induit l'illégalité... de Wikipédia.
 

Des éditeurs bien trop frileux

La déclaration de M. Lipis selon laquelle l’offre légale est bien établie est également erronée. Selon le syndicat même, les deux millions d’ebooks achetés l’année dernière représentent 0,5 % des ventes de livres aux utilisateurs finaux, ce qui n’est pas précisément le signe d’un marché établi.


Libreka! ne propose pour l'instant que 23 300 ebooks et encore, seulement 7000 sans DRM. Quant au canadien Kobo, il vient de signer des partenariats pour porter son catalogue en langue allemande à 80 000 titres, et l’offre ne sera disponible qu’en octobre. 

Aux États-Unis comme en Allemagne, le marché de l’ebook n’en est qu’à ses balbutiements, et n’a pas plus de deux à trois ans. Mais à la différence du marché américain, aucun éditeur allemand majeur ne propose son catalogue en version numérique en vente directe sur son site.

 

Conclusion : Amazon, Apple et Kobo s'implantent

Les déclarations du syndicat des éditeurs allemands semblent surtout être une justification à l’inaction des grandes maisons, alors qu’elles devraient prendre le train en marche (notre actualitté) et ne pas se laisser dépasser par Kobo ou Amazon, ce dernier réalisant 5 millions de ventes de Kindle par trimestre au niveau mondial.