Allemagne : le prix unique du livre, une entrave à la concurrence

Antoine Oury - 30.05.2018

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En Allemagne, la Commission des Monopoles, sorte d'équivalent de l'Autorité de la Concurrence, a rendu un rapport au gouvernement fédéral et au parlement qui porte sur le prix unique du livre. Ce dernier, mis en place en Allemagne dès 1887 puis entré dans la loi au début des années 2000, y est considéré comme une « intervention sérieuse sur le marché » qui porterait atteinte à la libre concurrence. 


Foire du Livre de Francfort 2017
(photo d'illustration, ActuaLitté, CC BY SA 2.0)
 

« Die Buchpreisbindung in einem sich ändernden Marktumfeld » : le titre du rapport (« Le prix unique du livre dans un marché en pleine évolution » en français ) a donné quelques sueurs froides au Börsenverein, l'association des éditeurs et des libraires allemands. Ce document rédigé par la Commission des monopoles évoque le prix unique du livre, jugeant qu'il constitue une intervention injustifiée sur le marché du livre. Les effets de ce prix unique seraient « ambivalents et peu explicites », juge la Commission.

 

La Commission, consultée par le gouvernement fédéral sur les questions économiques relatives à la libre concurrence, est bien sûr opposée à toutes les formes de régulation des marchés. À ses yeux, le livre ne trouverait pas grâce : son prix unique ne se justifie pas. Ce dernier est issu d'une longue tradition, en Allemagne, puisque son principe est appliqué depuis la fin du XIXe siècle.

 

Il était entré dans la loi, pour les livres imprimés, au début des années 2000, puis en 2016 pour les livres numériques.

 

Dans un communiqué, l'Association des éditeurs et des libraires allemands déplore évidemment le point de vue exprimé par la Commission des monopoles. « Le marché du livre allemand, le deuxième plus important du monde, est un modèle de qualité et de diversité. Le mérite en revient aux prix fixes des livres. En effet, il favorise non seulement un réseau de librairies qui rend le livre accessible à un large public et constitue un maillage culturel, mais garantit également une offre de livres large et variée », souligne Alexander Skipis, directeur général du Börsenverein.

 

« Dans l'ensemble, le maintien du prix des livres préserve et promeut le livre comme un patrimoine culturel, sans restreindre indûment la concurrence, ni pour les revendeurs nationaux ni pour les revendeurs étrangers. Nous l'avons déjà expliqué en détail à la Commission des monopoles », complète-t-il.

 

Le Börsenverein conteste par ailleurs l'analyse de la Commission, qui s'appuie sur la libéralisation des prix des livres en Suisse : l'association assure que les effets sur la santé financière des éditeurs alémaniques ont été atténués par le prix unique en Allemagne justement, où ils réalisent 80 % de leur chiffre d'affaires. Selon l'association, la disparition du prix unique en Suisse a bien fait chuter le nombre de librairies dans le pays.

 

Le prix des livres en outre-mer sera désormais
fixé par arrêtés ministériels

 

L'association a commandé deux rapports scientifiques pour contrer celui de la Commission : cela dit, le rapport de cette dernière n'aura peut-être pas d'effet sur la position du gouvernement fédéral, plutôt favorable au prix unique du livre.

 

L'intérêt de la Commission des monopoles s'est fait sentir après un jugement négatif de la Cour de justice de l'Union européenne sur la fixation des prix en vigueur en Allemagne sur le marché des médicaments. « L'achat de médicaments sur ordonnance n'est pas comparable à celui des livres », a affirmé Alexander Skipis.

via Buchreport




Commentaires
@ Thierry CARON, il me semble que le la loi PU permet les soldes : pour cause de destockage et/ou fins de séries, les bouquins en stocks depuis plus de 6 mois et édités/importés depuis plus de 2 ans sont seuls éligibles aux soldes.



Mais les librairies ne gardent jamais de stock donc dans les faits y a jamais de soldes.



Je comprends bien le problème (surtout pour les auteurs) mais toucher un autre public serait une bonne chose (au lieu du pilon).



Il m'est arrivé de commander sur un site éditeur avec carte de fidélité et -10% sur toutes mes commandes (c'est appréciable / dommage les FDP gomme un peu l’avantage).
Pas franchement un adepte du PU, il faudrait permettre des promotions comme pour les DVD (2 achetés 3eme offert, ou 100€ dépensés 50€ de remise etc...)
@Thoral Rul : Je comprends votre point de vue, si vous considérez le problème sous un seul angle : "si le prix n'était pas fixé autoritairement, la concurrence pourrait jouer et je paierais moins cher" Bien que je ne sois pas un partisan du "blocage des prix" (souvenirs des années 70 !), le fait est que la concurrence dans de nombreux secteurs a conduit à rechercher sans arrêt le prix le plus bas, concentré les acteurs, et a eu pour effet la désindustrialisation totale de notre pays. En pratique, on paye très peu cher des produits mais qui sont fabriqués à l'étranger, c'est à dire au prix du chômage chez nous, et souvent au prix d'une perte de qualité et de maîtrise du savoir faire. En tant que consommateur de livre (qu'on me pardonne le terme !) vous n'avez aucun intérêt à ce que ce type de situation s'installe : Le Prix Unique du livre, c'est le maintien de la diversité, une rémunération qui reste majoritairement en France, des interlocuteurs variés. Partout où le prix du livre n'est pas réglementé, les libraires disparaissent, le contenu éditorial s'amenuise, toute la chaîne du livre s'appauvrit. Les économies sur le prix seront de toute façon faibles : Je suis de ceux qui pensent justement..que le prix des livres n'est pas assez élevé en France ! Les auteurs (à quelques célébrités près) sont mal payés, les libraires ont des faibles marges. La baisse du prix serait au prix de la réduction drastique du nombre de titres, et des ventes de masse sur une distribution appauvrie culturellement. Faire des économies d'échelle ne serait possible que par la concentration des acteurs, qui pourraient estimer que la France n'est pas un eldorado pour installer leur siège social. Ce scénario n'est pas fantasmagorique, il suffit de regarder dans votre appartement de où viennent tous les objets qui y sont (sauf s'ils viennent de vos grands parents bien sûr !), qui les a fabriqués, qui a été payé pour le faire, et où ont été payés les impôts. Un 360° salutaire dans votre salon qui vous fera accepter avec le sourire le prix que vous allez payer votre bouquin chez votre libraire si accueillant ! Bonnes lectures et continuons d'échanger ! Votre avis est de toute façon important aussi..parce que vous êtes précieux, vous faites ce qui est le mieux pour la chaîne du livre : vous lisez !!!!
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