Allemagne : les faux carnets d'Adolf Hitler confiés Archives nationales

Clément Solym - 29.04.2013

Edition - Société - carnets - Hitler - Archives nationales


L'histoire est déjà entrée dans les annales de l'escroquerie, avec une dimension épique incontestable. En 1983, le magazine Stern avait acquis, pour la rondelette somme de 9,3 millions de marks (soit 4,7 millions € à l'époque), 62 carnets qui auraient appartenu à Hitler. On sait aujourd'hui que c'étaient des faux, réalisés par un certain Konrad Kujau, faussaire qui écopa d'une peine de prison pour cette arnaque. 

 

 

Hitler Diaries

Steve Bowbrick (CC BY 2.0)

 

 

Et voilà que ces faux carnets reviennent sur le devant de la scène alors que le magazine Stern les a confiés aux Archives fédérales allemandes, respectant le délai de 30 ans, avant que les documents puissent être accessibles au public. Dans un communiqué, le rédacteur en chef de Stern explique ce choix : « Ces carnets font partie de l'histoire de Stern. Nous ne voulons pas nous en débarrasser, mais en faire un usage raisonné, et par-dessus tout, objectif. »

 

De là, l'idée de les confier aux Archives, situées à Koblenz. Pourtant, on se souvient peut-être difficilement que l'incident était devenu l'un des plus grands scandales médiatiques de l'après-guerre. Si depuis, de l'eau a coulé sous les ponts, le journaliste Gerd Heidemann, qui travaillait pour Stern alors, avait présenté ces écrits comme rédigés entre 1932 et 1945 par le Führer. Avec le faussaire, il avait été condamné à quatre années de prison pour cette imposture.

 

Cela dit, Gerd Heimann n'avait pas simplement pris part à cette imposture historique : il avait également vu son passé fouillé et retourné. On avait ainsi démontré qu'il avait joué le rôle d'agent double, recruté par la Stasi en 1953. Et entre 1981 et 1983, il aurait encore été un élément actif, alors que le scandale des faux carnets avait éclaté en 1983. L'achat des documents au faussaire lui avait coûté à l'époque 1,7 million de marks. 

 

D'autres parties de ces carnets sont actuellement détenues par des institutions comme la Fondation Cartier de Paris ou la Maison de l'Histoire à Bonn, et ne seront pas affectées par la décision de Sterne, bien entendu. Aujourd'hui, dans les casiers des Archives nationales, ces faux carnets seront plus à l'abri, assure Michael Hollman, président des Archives. « Ils seront entre de bonnes mains aux archives », assure-t-il.

 

« Ces documents sont d'une grande importance pour l'histoire ancienne et l'histoire de la presse. Tout ce que vous lisez dans les journaux qui ne sera plus que de l'info froide le lendemain, nous le préservons pour l'éternité », ajoute une porte-parole.