Allemagne : recul de l'industrie du livre de 1,4 % à 9,2 milliards €

Cécile Mazin - 13.06.2016

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Le marché du livre en Allemagne a enregistré pour l’année 2015 un recul des ventes de 1,4 % annonce le Börsenverein, Association des éditeurs et libraires allemands. L’ensemble du secteur affiche cependant une certaine stabilité, en dépit, note-t-on, d’une concurrence massive des nouveaux médias. Les nouveaux modèles économiques proposés par les start-ups semblent d’ailleurs favoriser l’innovation dans le pays.

 

Frankfurt Book Fair - Vorsicht Buch

ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 

 

L’activité globale du secteur de l’édition est résumée par le directeur général du Börsenverein, Alexander Skipis. « Nous vivons dans un pays avant-gardiste en matière de livres. L’industrie de l’édition allemande compte parmi les plus importantes au monde, et demeure exemplaire dans sa structure. Les éditeurs et les libraires ont prouvé leur capacité à transformer les bouleversements de l’industrie en opportunités et trouver de nouvelles voies, ainsi que des investissements efficaces. »

 

La librairie, premier canal allemand de vente de livres

 

En somme, tout va bien. Avec 9,2 milliards € de chiffre d’affaires, le secteur conserverait une certaine stabilité, en dépit d’un recul de 1,4 %. L’activité de vente en ligne affiche par ailleurs une croissance notable pour 2015, sans avoir cependant compensé la diminution des ventes en librairies. En moyenne, le livre était vendu 14,95 € pour l’année passée. 

 

Selon le DG, les librairies physiques ont su faire preuve d’un réel dynamisme, et les maisons, d’une culture de l’innovation. Deux tendances qui permettraient de concurrencer les géants du net. Selon Alexander Skipis, Amazon se trouve d’ailleurs dans une position qui ne répond plus aux besoins des lecteurs. Ces derniers souhaitent disposer d’une plus grande combinaison d’offres et de canaux de vente : internet n’est pas une solution unique.

 

En 2015, la librairie indépendante reste le plus important canal de vente avec 4,43 milliards € réalisé, soit un recul malgré tout de 3,4 % en regard de 2014. A contrario, la vente en ligne augmente pour se placer à 17,4 %, soit 1,6 milliard €. 

 

Le segment de la non-fiction est aujourd’hui celui qui fonctionne le mieux, une tendance déjà observée en 2014, avec une croissance de 1,6 % pour 2015. Les livres de voyage représentent 6,5 % des ventes, soit un léger recul de 0,8 %. La fiction, qui avait perdu 6,7 % en 2014 revient légèrement, mais reste en recul de 1,6 %. La fiction représente tout de même 32,1 % du chiffre d’affaires de l’industrie. 

 

En tout, 76.457 titres ont été publiés, soit une forte augmentation en regard des 73.863 titres de 2014. On le ressent tout particulière dans 

  • Arts et divertissement (2015 : 11 659 ; 2014 : 10,122)
  • Littérature (2015 : 29,685 ; 2014 : 28,654) 
  • Philosophie/Psychologie (2015 : 4222 ; 2014 : 3586)

 

Le nombre de traductions a en revanche baissé de 9962 à 9454 titres sur 2015 – et principalement dans la littérature avec 447 titres de moins en 2015, soit 5400 publications. 

 

Croissance du livre numérique, avec des nuances

 

Le livre numérique, pour sa part, a connu une croissance de 9 %. Même si le prix moyen a diminué de 26 centimes, à 6,82 €, le chiffre d’affaires n’a augmenté que de 4,7 % pour atteindre 4,5 % du marché de la consommation privée. Autrement dit, en-dehors des institutionnels et établissements publics. 

 

En moyenne, les lecteurs ont acheté 7 titres par an, contre 6,4 l’année passée – mais l’on reste à 3,9 millions d’Allemands qui ont acheté des ebooks. La part de la fiction est passée à 86 % des ventes, et le public reste essentiellement féminin – 63 % des clients. Une donnée supérieure à celle du marché du livre tout court, où elles représentent 59 % des lecteurs. 

 

Les plus importants défis pour le Börseverein viendront de la rémunération pour les éditeurs dans le cadre de la copie privée. En effet, une récente décision de la Cour suprême allemande a indiqué que la perception reçue par les maisons pouvait ne pas être en conformité avec la loi.

 

En résulterait alors l’obligation de rembourser un montant perçu de 300 millions €, qui n’était pas vraiment prévu. « La question fondamentale est de savoir si les exceptions au droit d’auteur – comme la copie privée et la reprographie – peuvent être imposées aux éditeurs sans aucune forme de rémunération adéquate en retour », interrogeait la juriste du Börsevenrein.