Amazon assasin, Google books meurtrier et Arnaud Nourry (Hachette) au centre

Clément Solym - 17.11.2009

Edition - Société - Arnaud - Nourry - Amazon


« Comment Hachette-Livre devient une maison d'édition internationale et prépare aux États-Unis le passage au numérique ? » Ah, ça, l'intitulé faisait saliver dans la rédaction, autant que la perspective d'un petit déjeuner au théâtre de l'Odéon, pour cette conférence co-organisée avec l'INA.

 

 


Et la présence d'Arnaud Nourry, PDG de Hachette-Livre ne gâchait rien, parce qu'on avait plein de questions à poser.

Ne pas mordre la main qui te Nourry (mouarf !)

Oui, mais voilà : en période de pandémie mondiale, on a interdiction de sortir de la rédaction. Depuis 30 jours, on vit en autarcie avec une bouteille d'eau par personne et des biscuits secs, pour limiter les contacts avec l'extérieur. Ça, du stock (sans mauvais jeu de mots), on en a...

Ainsi la conférence, ben, on en a eu quelques échos par téléphone... et la première chose qui en ressort, c'est que pour Arnaud Nourry, les deux actuels problèmes de l'édition mondiale sont Google, avec ses livres gratuits (parce que libres droits ?) et Amazon, qui pratique le tarif de 9,99 $ pour les livres numériques. Mieux vaut faire confiance à Numilog, c'est évident...

Des prix bas, très bas, trop bas, on ne suit pas

Sûr de son effet, Arnaud y va de son petit compliment à l'égard de l'ebook, affirmant que les ventes sont passées de 0,5 % du marché à 3 % en « quelques mois ». C'est là encore la faute à Amazon, qui vend à prix cassés des ouvrages numériques, alors qu'ils valent « 24 $ en librairie ».

Mais... le livre numérique ne doit-il pas coûter moins cher, même chez Hachette ? Qu'à cela ne tienne, on n'est plus à un paradoxe près. Et évidemment, alors que Lattès publie le prochain Dan Brown, l'éditeur s'inquiète de la situation du livre outre-Atlantique, attendu qu'un prix cassé comme c'est le cas pour le livre conduit à une situation catastrophique.

De l'ebook au prix du poche ? Impensable

« 9,99 dollars, c'est le prix du poche, c'est donc plusieurs mois plus tard », assure-t-il, alors pas question d'envisager, même une seconde que les livres de la maison seront bradés, quand bien même le prix unique n'existe pas (encore, mais la faute à qui ?) sur l'ebook. Et pourtant, personne n'achètera d'ebooks à un prix supérieur à celui du poche, M. Nourry...

D'ailleurs, pourquoi chez nous, Hachette « ne sent pas encore de frémissement » dans le domaine numérique ? Ce n'est pas sa faute à l'éditeur, qui propose un catalogue de 15.000 titres. « Les Américains y croient beaucoup. » Sauf qu'Arnaud Nourry, lui, il trouve les lecteurs ebook « moches », alors forcément, il ne doit pas être le seul.

Vive le papier et que Dieu nous garde du numérique, pourrait-on entendre. Oui, mais avec des tarifs prohibitifs sur l'ebook sur les livres numériques, il est certain que jamais le marché ne décollera.

Garder la main sur les prix et l'offre, à tout prix

Pour exemple, encore une fois, Tentation de Stephenie Meyer coûte 17,10 € en papier sur le site Fnac. En version numérique, sur le même site, 16,10 €. De qui se moque-t-on ? Et encore, on est sympa, on fait de la pub pour les produits Hachette... Il faut bien consolider le groupe face à Google et Amazon.

Dire que les lecteurs ebook ne sont pas encore technologiquement convaincants, cela pourrait se comprendre pour n'importe qui en a eu dans les mains. Dire qu'ils sont moches, d'une c'est ne pas avoir eu l'Opus de Bookeen dans les mains, de deux, c'est dénigrer des produits pour de mauvaises raisons. De trois, et c'est un comble, c'est le meilleur moyen, avec l'offre ebook peu attractive, de garder la main sur le marché du papier.

Google, l'ennemi, à scalper à la Hachette

Quant à l'affaire Google books et la numérisation des ouvrages sous droit de Hachette, on est dans l'agacement : « Combien ont-ils numérisé de titres Hachette. 50.000 ? 500.000. On ne sait pas. Ils ne veulent pas donner la liste ». Même si on leur demande gentiment ?

En outre, l'accord nouveau passé entre les associations professionnelles et Google ne seraient qu'un « échec », dans lequel Hachette a probablement raté le coche. Un résultat qui le déçoit, alors même que la filiale anglaise est concernée par l'accord (réservé aux pays anglophones ou presque).

Le risque, selon lui, est que Google parvienne à offrir jusqu'à des ouvrages sous droit gratuitement en consultation, contre un paiement généré par la publicité, pourquoi pas, auquel cas, les éditeurs seront définitivement dans la panade.

 

 




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