Amazon aurait profité d'une grande clémence du gouvernement américain

Nicolas Gary - 12.09.2014

Edition - International - Jeff Bezos - Barack Obama - administration américaine


Amazon aurait-il bénéficié de largesses de la part du gouvernement fédéral américain ? Alors que le procès contre Apple se poursuit, et que le ministère de la Justice ne compte pas lâcher si facilement le morceau, le pouvoir fédéral est mis en cause. Dans un édito du Wall Street Journal, plusieurs jolies questions sont posées sur les actuels combats menés par l'administration Obama, qui aurait plus que sa part de responsabilité.

 

 

 

 

Selon les conclusions de l'éditorialiste, la chasse aux prix bas d'Amazon ne viserait pas le bénéfice du consommateur, mais simplement l'exclusion des autres concurrents. Depuis bientôt un an, Hachette est en négociation avec Amazon, et une fois de plus, le problème tourne autour du prix de vente des livres numériques. Une situation qui découle du contrat passé entre Apple et les éditeurs, avant le lancement de l'iPad, et dont les conséquences n'ont pas fini de se manifester dans le monde de l'édition.

 

Or, ces négociations ressemblent à celles qui étaient conduites en 2009 : à cette époque, comme aujourd'hui, les éditeurs considéraient qu'Amazon était en mesure de dévaluer leurs produits, en pratiquant des prix de vente public trop bas. Cinq ans plus tard, l'opinion n'a pas changé, et la politique du 9,99 $ est toujours en vigueur chez Jeff Bezos. 

 

Pour mémoire, le contrat passé entre les éditeurs et Apple permettait une fixation du prix de vente par les maisons, auquel s'ajoutaient 30 % de commission pour Apple. Heureux de cette solution, les groupes éditoriaux ont généralisé le contrat, et l'ont imposé aux autres revendeurs – tous, à l'exception d'Amazon, l'ont savouré, puisqu'il mettait un terme à la concurrence tarifaire. Une sorte de loi Lang, mais contractuelle, en somme.

 

Si l'on remonte à février 2010, un avocat de la firme avait diffusé un livre blanc auprès de la division antitrust de la Commission fédérale du commerce et de la Justice. Ce dernier portait sur un recours collectif, face à des éditeurs qui souhaitaient contrôler le prix de vente des ebooks. Un argument que le ministère de la Justice a immédiatement récupéré, pour motiver sa plainte contre Apple et les éditeurs. 

 

Il faut garder à l'esprit que, durant cette même période, Amazon explorait une solution de contrat similaire, et le 24 janvier 2010, tous les dirigeants de la firme avaient été réunis pour en discuter avec Jeff Bezos. Tous ces faits ont été dévoilés durant le procès mettant Apple en accusation. Or, quand la juge Denise Cote décidera de condamner Apple – les éditeurs avaient opté pour un règlement à l'amiable – la voie royale était ouverte à Amazon. 

 

Si les groupes éditoriaux ont toujours nié avoir commis quoi que ce soit de malhonnête, les nouvelles négociations montrent bien que la situation n'a rien de réglé. Hachette était le premier de la liste, HarperCollins sera le suivant (et appartient au même groupe que le Wall Street Journal, News Corp). 

 

Dans tout cela, quelle est l'intervention du gouvernement fédéral ? En réalité, il n'est pas direct : d'un côté, des éditeurs, sociétés à but lucratif, ont la mission de financer la création et sa publication. Et si le pouvoir exécutif et le judiciaire américain ont prêté plus que l'oreille aux doléances d'Amazon, on ne cessera de se demander quelle était la finalité. Amazon, avant le contrat d'agence, était monopolistique, sur un marché débutant. Durant la période, les règles de la concurrence ont été modifiées, et chaque vendeur a pu tirer son épingle du jeu – même si Amazon disposait d'une solide avance.

 

Mais depuis, les parts de marché sont rapidement revenues chez Bezos, et le procès est parti en appel. Sauf que la présence d'Obama, venu saluer la réussite d'Amazon, directement dans l'un de ses entrepôts, en juillet dernier, n'avait pas manqué de soulever des inquiétudes. Entendre de la bouche de Barack Obama que « Amazon est un excellent exemple », laissait planer quelques doutes quant à la compréhension de la machine de guerre qu'est cette société.